Les filles reviennent en force

A l'image de ce que l'on peut voir au niveau national et mondial, le judo féminin revient en force au Judo Club de Monaco. Après quelques années de disette, une nouvelle équipe féminine va représenter le club cette année.

Il faut les voir, ces petites demoiselles, dans leur kimono immaculé. Ceinture blanche, jaune ou orange à la taille, les sourires sont de sortie. Les randori (exercices de combat) sont légion sur le tapis du dojo du Judo Club de Monaco (JCM) en ce vendredi soir. Les plus grandes jouent le jeu, faisant travailler les benjamines. On s'essaie au balayage et à différentes prises sous l'œil attentif des coaches. Quelques minutes plus tard, seules les judokates confirmées restent sur l'aire de combat. L'intensité y est tout autre. La concentration se lit sur les visages, où la détermination a pris la place des sourires, même si certains subsistent. "Depuis une dizaine d'années, on voit beaucoup plus de filles venir au judo de manière générale et Monaco n'échappe pas à la règle", glisse François Bick, l'un des coaches du JCM. Car oui, le judo n'est pas qu'un sport d'hommes.

Un regain féminin dans le judo

"Le judo est un sport d'hommes." Un poncif qui a la vie dure et que les faits pourraient presque confirmer. Et pourtant. Si l'on jette un œil aux chiffres, les femmes représentent 30 % du nombre total de licenciés de judo et jujitsu. Un écart significatif, certes, mais qui traduit aussi un engouement pour le judo chez ces dames. "Dans les petites catégories d'âge, on atteint presque la parité. Mais passé l'adolescence, le nombre de filles diminue par rapport aux garçons qui restent plus présents", glisse le coach du JCM. Si les garçons s'accrochent plus facilement, c'est aussi et souvent lié aux résultats des premières compétitions et à un certain attrait pour l'opposition. 

Erika Tanaka Csm 2019 Judo New 18

"Les garçons, dès le départ, si ça leur plaît, qu'ils aiment la bagarre, ils ont tendance à vite s'y mettre et se projeter vers l'avenir", détaille François Bick. "Aimer la bagarre." Une maxime que l'on entend souvent au judo. Et qui est également présente dans les paroles de ces dames. "Ma mère devait m'emmener au foot, mais à la place j'ai atterri au judo et j'ai tout de suite adoré. Surtout le côté bagarre, petite, qui m'a plu immédiatement. J'ai aussi fait du karaté, mais je ne faisais que les entraînements de combat", se souvient Sara Allag, la doyenne du groupe féminin de compétition. "Quand j'ai débuté, c'est parce que mon frère en faisait déjà. Puis j'ai accroché et j'ai continué. Je me suis rapidement rendu compte que j'aimais bien me battre en réalité", glisse de son côté Florine Soula, championne de France l'an dernier.

Art de vivre

Souvent plus appliquées, plus attentives que les garçons, ces dames (ou demoiselles), ne laissent donc pas leur part aux chiens lorsqu'il s'agit de randori. Car, les cours étant mixtes, il est régulier, voire quasi systématique, que les oppositions se fassent avec des garçons lors des entraînements. "Elles sont souvent au moins aussi bagarreuses qu'eux et c'est un plus pour elles de s'entraîner avec les garçons puisque le niveau d'opposition est plus important, notamment d'un point de vue physique", précise François Bick. Tirer avec les garçons à l'entraînement, un point qui ne dérange pas ces demoiselles, comme en témoignent Rania Drid et Florine Soula. 

Erika Tanaka Csm 2019 Judo New 20

"On peut s'appuyer sur leur force et leur judo est différent de celui des filles, surtout dans notre catégorie (-63 kg), et on arrive à trouver plus de prises avec les garçons". Un format d'entraînement qui contribue aussi à se forger un caractère, comme l'explique Lisa Mebarki, ancienne judokate de 1e division qui a récemment fait son retour sur les tapis au JCM. "Sans ce sport, je ne serais pas là où j'en suis. Ça m'a beaucoup apporté dans la construction de ma personne, avec toutes ces valeurs de respect, de modestie, de dépassement de soi, et ça m'a apporté aussi de la confiance en moi, de la force." Même chose pour Sara Allag, pour qui le judo "a été formateur pour ma vie, ça m'a permis de me construire, d'avoir des objectifs, des valeurs et une certaine discipline."

Retour à la compétition

Le dépassement de soi et la force de caractère, deux qualités qui seront nécessaires pour atteindre les objectifs fixés cette année. Car, pour la première fois depuis plusieurs années, le JCM va présenter une équipe féminine en compétition, cela grâce à l'arrivée des plus jeunes ces dernières années. "Être à plusieurs, ça stimule forcément, d'autant qu'on a une bonne cohésion de groupe et ça m'a donné envie de lancer une équipe féminine Monaco", glisse Sara. 

Erika Tanaka Csm 2019 Judo New 14

"C'est vrai que c'est plus agréable car on se sent un peu moins seule, à l'entraînement comme en compétition, et ça fait beaucoup", glisse Florine Soula, championne de France l'an dernier, rapidement rejointe par Rania et Carulina, la petite dernière du groupe, pour qui "être dans une équipe de filles donne aussi plus d'envie." Une envie qui pourrait bien les emmener loin cette année, avec un premier objectif national, la qualification aux championnats de France de 2e division. Avant de regarder vers les prochains Jeux des Petits Etats d'Europe, au Monténégro. Et pourquoi pas les gagner ? Ce serait, à coup sûr, une belle manière de ramener le judo féminin monégasque au premier plan.

Publié le

Vous aimez cet article, partagez-le :

   
Photos

Le groupe compétition féminin

Sara Allag (32 ans, -52 kg), Sophia Allag (25 ans, -57 kg), Lisa Mebarki (32 ans, -52 / -57 kg), Rania Drid (19 ans, -63 kg), Carulina Grimigni (16 ans, -63 / -70 kg) et Florine Soula (19 ans, -63 kg).