Légendes d'été

Jeremy Berardi et Benjamin Scariot sont tous deux licenciés au Judo Club de Monaco. Et cet été, ils se sont tous deux lancés un défi. Défi qu'ils ont brillamment relevé, chacun de leur côté.

Certaines aventures découlent d'un pari, d'un désir lointain. D'autres résultent de discussions ou de prises de conscience. Dans le cas de défis physiques, c'est souvent l'envie de se tester, de repousser ses limites qui en est l'origine. Pour Benjamin et Jeremy, il y a un peu de tout ça. "Je regardais pas mal de vidéos de Mike Horn, l'aventurier de l'extrême, à un moment donné et je me suis dit que j'aimerais bien faire des choses comme ça, à mon niveau bien sûr", confie Benjamin. "Je devais monter en Savoie, à Ugines, à 15 km d'Albertville et je n'avais pas envie de faire de voiture. Et en même temps, je cherchais un petit défi à relever, j'avais envie de me pousser, de me faire mal et voire si j'arriverais à faire quelque chose de plus long.

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Pensant cela infaisable, Benjamin s'est donc donné trois jours pour rejoindre la Savoie. De son côté, Jeremy, qui vit près du départ du GR5, un sentier pédestre allant jusqu'aux Pays-Bas, a toujours eu l'envie de le faire avec ses amis d'enfance. Mais, alors que cela prenait forme, ses copains n'ont pas souhaité le suivre. Qu'importe, celui qui est diplômé en journalisme s'est lancé. Et a décidé de donner une portée écologique à son trek (voir encadré). Un peu plus de 450 km à vélo pour l'un, plus de 2 600 à pied pour l'autre. Chacun s'est préparé à sa manière. Au moins au niveau de l'équipement. Car d'un point de vue sportif, Benjamin ne roule pas souvent à vélo quand Jeremy est plus du genre à prendre les escalators qu'un escalier. 

Préparation

Niveau préparation, une fois n'est pas coutume, Jeremy a été le plus studieux. "Physiquement, je n'ai rien fait de spécial. Par contre, pour ce qui est équipement, j'avais pris tout le nécessaire. Même si j'avais un peu trop de choses au départ - je me suis délesté au fur et à mesure - j'avais avec moi une petite pharmacie, de la nourriture, un réchaud, une gamelle, un duvet, un oreiller, un drap en soie, une cape de pluie, etc. Mais ce n'était pas du tout optimisé (rires)", explique Jeremy, qui a marché tout le long de son périple avec un sac de 16 kg sur le dos, et tout le nécessaire pour camper et dormir à la belle étoile. 

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Tout l'inverse de Benjamin, qui est, lui, parti un peu la fleur au fusil. "J'avais deux grosses bouteilles d'eau et un sac avec mes vêtements vu que j'allais passer deux semaines là-haut. Mais je me suis parfois retrouvé à devoir faire quelques kilomètres de plus parce que je ne m'étais pas vraiment organisé pour dormir et je tombais parfois devant un hôtel ou une auberge fermés." Et contrairement à son collègue, Jeremy avait tout prévu, jusqu'au chargeur solaire pour maintenir ses appareils électroniques en vie. D'autant qu'il valait pour mieux lui ne pas tomber en rade de batterie, son tracé se trouvant sur son téléphone. De plus, le jeune homme originaire de Falicon a aussi mis en place une page Facebook pour le suivre et y a publié tous les jours photos et vidéos pour ses abonnés. Malgré cela, son téléphone est tombé en panne à quelques jours de l'arrivée. Au moment où le périple devenait difficile à continuer.

Des garçons dans le dur

Car ce genre d'aventure vous pousse un homme dans ses retranchements. Aussi bien au niveau physique que mental. Ce que ne contrediront pas nos deux judokas, plus habitués à lutter contre un adversaire qui ne porte pas les mêmes traits qu'eux. Si Benjamin a eu du mal, notamment à cause d'une tendinite au genou, qui s'est déclarée à l'issue du premier jour, "c'est à cause du vélo, il est à mon frère et il mesure 10 cm de plus que moi, du coup ce n'était pas adapté à ma taille", Jeremy est passé par des moments compliqués. "Dans les Alpes, ce sont des cols, on marche, c'est surtout physique. Mais quand on commence à avoir le temps de penser, surtout sur les portions de plat, c'est difficile. On cogite beaucoup, sur ce qu'on a fait avant, les erreurs commises…

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Mais l'un comme l'autre se sont accrochés. Même si cela n'a pas toujours été simple. "Sur les longues portions de plat, avec le vent de face et le mal de genou, ce n'était vraiment pas agréable", se souvient Benjamin. Aussi difficile que cela pouvait être, ils ont puisé en eux pour aller au bout. De leur périple, comme d'eux-même. "Je me suis dit que je n'avais pas trop le choix. Pendant le Tour de France, les mecs le font pendant 21 jours d'affilée, donc je pouvais le faire pendant 3 jours. Et comme je l'avais annoncé à tout le monde au judo, à ma famille, je ne me voyais pas arrêter en cours de route", explique Benjamin.

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"Je suis tombé sur une phrase écrite en montagne, "la solitude permet de rencontrer la meilleure personne qu'on ne connaît pas : soi-même.Et c'est vrai que j'ai appris à me connaître. Mais la solitude n'est pas facile à vivre et j'ai reçu beaucoup de messages de soutien, ce qui m'a aidé. Tout comme les personnes que j'ai pu rencontrer sur mon long chemin vers Amsterdam, ceux qui m'ont accueilli chez eux, ceux avec qui j'ai un peu marché. J'ai vraiment fait des rencontres exceptionnelles", se remémore Jeremy.  Si Benjamin a tenu son pari sur les trois jours, Jeremy en a mis 84 pour rallier Amsterdam. Une belle manière de montrer, chacun à leur façon, qu'avec un peu (beaucoup) de volonté, tout est possible dans notre monde.

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L'écologie au cœur de l'effort

"J'avais fait une petite randonnée près de chez moi et j'ai trouvé pas mal de déchets. Je me suis donc dit que je pourrais en ramasser sur mon chemin." tout au long du GR5, Jeremy a donc ramassé des déchets. Mégots de cigarettes, bouteilles et emballages plastiques, il y en avait pour tous les goûts. Après 15 départements, 5 régions et 5 pays traversés, le judoka a collecté quelque 6 kilos de déchets qu’il a pu jeter au fur et à mesure de ses pérégrinations.