Jérôme Le Banner, “On veut revivre le voyage de l’Alabama”

Alors que Johann Duhaupas faisait son retour sur les rings vendredi soir à Monaco, Jérôme Le Banner était dans le coin, pour donner des conseils à son ami. L’occasion d’échanger avec ce monument de la boxe pieds-poings, multiple champion du monde de kick-boxing et de muay-thaï.

Quel est votre ressenti sur ce combat (remporté par le Français par décision unanime) ?

C’est un combat de rentrée, face à un boxeur très difficile. C’est un mec qui a du métier, il était venu là pour faire des rounds donc c’est avec ce genre d'adversaire que tu progresses. C’est le genre de boxeur qui ne te fait pas briller parce qu’il fausse la boxe, c’est comme une partie d’échec. Pour ceux qui regardent c’est un peu ennuyant mais ce sont des matchs qui amènent de l’expérience.

On vous a vu très actif dans le coin du ring pendant le combat de Johann, prêt à monter face au Brésilien...

Johann c’est un ami, cela fait 15 ans qu’on se connaît, donc c’est beaucoup plus effrayant que quand c’est soi-même…

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Johann disait qu’il ne voulait pas de quelqu’un qui tombe. Vous êtes plutôt satisfait ?

Là, pour le coup, on a été servi. Mais c’est ce qu’il fallait afin se préparer pour plus tard, être grand dans un autre match, un autre contexte.

Pour accrocher une ceinture mondiale ?

Ah oui complètement. Nous voulons revivre le voyage de l’Alabama, la Georgie c’est top (Duhaupas a perdu, en septembre dernier, pour le titre de champion du monde WBC, face à l'Américain Deontay Wilder, invaincu en 36 combats, à Birmingham, en Alabama) .

S’il reprend Deontay Wilder (contre qui il a perdu sur arrêt de l’arbitre à la 11e reprise, dans un combat pour le titre WBC en septembre dernier) aussi ?

Pour préparer le combat face à Deontay Wilder, on s’était peu entraîné. En France, il n’y a pas de poids lourds, il n’y avait que moi. Pour boxer à ce niveau, il faut aller à Brooklyn, à Dumbo, là où je préparais mes combats. Là-bas, ça respire, ça mange, ça dort en fonction de la boxe. Ça cogne et puis les Américains ne vivent que pour ce sport. Quand tu rentres dans la salle, il y a 4 rings. Et c’est là où sont passés des boxeurs comme Mohamed Ali et tous les grands champions.

Votre objectif c’est de le conseiller, de le suivre jusqu’au bout ?

Oui bien-sûr, et puis je ne peux faire que ça, je ne suis pas du tout entraîneur. Je le conseille, je lui évite de faire les mêmes erreurs que moi et j’essaie toujours d’en apprendre un petit peu plus sur les préparations physiques, les techniques d’entraînement, etc. Je veux qu’il prenne du plaisir. Ce n’est pas la destination qui est importante mais le voyage. Les rencontres, les déceptions, les pleurs. Il est un peu comme moi, il est sentimental. J’ai une société qui roule toute seule donc ça me permet de le suivre, je suis content.

Vous êtes donc toujours aussi proche de votre passion ?

Oui, mais différemment. Maintenant, je le fais vraiment dans un aspect plus ludique. Par exemple, quand je pars en voyage, je ne prends pas de sac avec des gants de boxe qui laissent une odeur de cuir dans tout l’hôtel.

Vous prenez en charge quelques jeunes boxeurs aussi ?

Non, je pense que certains sont très bons pour ça. Moi j’ai arrêté il n’y a pas très longtemps… Si on me propose de faire un combat, je repartirai. Je n’ai pas encore le feu sacré pour donner le relais, je ne le ferais pas bien. Quand quelqu’un m’appelle et veut me voir, il vient chez moi, j’ai une salle et là je peux effectuer quelques réglages avec lui. Dans ces conditions, cela me plaît, mais former quelqu’un, non, pas pour tout de suite.

Quel regard vous portez sur votre carrière ?

Aucun (rires).

Combien de titres de champion du monde avez-vous obtenus ?

Je ne sais pas du tout... Il faudrait demander à ma femme. J’ai un grenier avec plein de trucs mais je ne sais pas combien. Pour moi, il n’y a qu’une ceinture, celle qu’on met autour du pantalon (rires), le reste on s’en fiche. Chez moi je n’ai pas de photos. Depuis que j’ai joué dans quelques films (Babylon A.D, Scorpion), j’ai peur de regarder mon nombril, je n’aime pas cela. Je ne veux pas devenir comme ces gens que je n’aime pas.

Quel combat vous a le plus marqué dans votre carrière ?

Il y en a plein. Paris Bercy, à l’époque, c’était la consécration.
Après, quand j’ai perdu à une minute de la fin devant 80 000 spectateurs dans le dôme de Tokyo ça fait quelque chose. Mais bon... No regrets.

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