La nuit des champions

Pour la troisième fois, les Monte-Carlo Fighting Masters ont eu lieu en Principauté. Une soirée au cours de laquelle neuf combats se sont déroulés pour autant de ceintures mondiales distribuées.

On nous avait promis un show d'envergure, sur et en dehors du ring. Les Monte-Carlo Fighting Masters, troisièmes du nom, ont tenu la dragée haute aux deux précédentes éditions. Il faut dire qu'avec neuf combats pour autant de ceintures mondiales en jeu, le plateau de combattants réunis faisait saliver d'avance tous les amateurs et observateurs de la boxe pieds-poings. 

Dix-huit boxeurs étaient réunis dans l'enceinte de la salle Gaston Médecin pour dix nationalités (France, Italie, Biélorussie, Bulgarie, Russie, Serbie, Suède, Allemagne, Belgique et Kirghizstan). Tous avaient déjà obtenu un titre ou plus de champion du monde dans leurs disciplines, ce qui laissait augurer du grand spectacle entre les cordes. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que le public présent a été servi lors de ce gala de K-1 Rules et full-contact. 

Ouverture en grandes pompes

Deux jours durant, l'effervescence est montée crescendo autour de ces IIIes Monte-Carlo Figthing Masters. De la conférence de presse donnée dans l'atrium du Casino à la pesée, effectuée le jeudi soir sur la terrasse du Café de Paris, les boxeurs ont eu le temps de se présenter et de jouer avec le public. Et à mesure que l'heure de l'évènement se rapprochait, le monde se faisait de plus en plus présent aux abords du stade Louis-II. Quelques vigiles à l'entrée veillaient à ce que chacun ait son billet et n'introduise aucun objet interdit dans l'enceinte sportive monégasque. 

Vu leur gabarit, ils auraient tout aussi bien pu monter sur le ring ! Une dernière cigarette, un coup de fil au retardataire qui doit arriver avec les places et tout ce petit monde se dirige gentiment vers les tribunes ou les espaces situés autour du ring. A l'intérieur, la lumière est tamisée et il y a encore plus de mouvements dans les gradins que sur le ring. Mais l'agitation qui gagne les spectateurs à mesure que le début des hostilités se rapproche est palpable. Comme souvent dans ce genre de manifestations à grande échelle, le timing à respecter est quasi-impossible à tenir et le premier combat devra donc commencer avec quelques minutes de retard. 

Gala Riv 7074   Copie

Qu'importe, il y a de quoi faire avant de voir Grégory Grossi monter sur le ring. Tout d'un coup, AC/DC résonne dans la salle et c'est un homme en costume bi-colore qui s'avance sur "Highway to Hell". Le ton est donné, la soirée sera rock'nroll, et c'est tant mieux. Un homme robot vêtu de leds apparaît lui aussi, mimant des tirs avec un blaster que la Saga Wars et ses Stormtroopers n'auraient pas renié. C'est alors que l'assistance, qui aurait mérité d'être plus nombreuse compte tenu du plateau présent, s'est emballée pour la première fois. L'arrivée des "ring-girls", brandissant les différentes ceintures qui allaient être remises aux vainqueurs, a suscité une vive émotion auprès de la gent masculine présente en masse dans les gradins de l'habituel jardin de l'AS Monaco Basket. 

Il était alors temps pour Claude Pouget, directeur de la manifestation, de rejoindre le ring afin de lancer les combats, non sans avoir procédé préalablement à la remise de deux chèques de 8 000 euros aux associations Peace and Sport et Amitié sans frontières internationale. Car les IIIes Monte-Carlo Fighting Masters avaient une portée caritative, 5 % des recettes étant reversés à ces associations. 

Les Niçois au tapis

Après les présentations et remerciements d'usage, le gala pouvait commencer. Et pour ouvrir le bal, c'est le local de l'étape, Grégory Grossi, qui faisait son apparition. Le "Sphynx", comme il est surnommé, était opposé à Gabriele "Le Magnifique" Casella. Dotés d'un palmarès assez équivalent, les deux hommes ont livré une très belle bataille sur le ring. Bataille dont Casella a rapidement pris le contrôle, acculant Grossi dans les cordes, notamment lors de la deuxième reprise. Le Niçois passa d'ailleurs tout près du K-O à ce moment-là et le gong arriva à point nommé pour lui permettre de reprendre ses esprits. Malgré un public largement acquis à sa cause, Grossi n'arrivait pas ou peu à faire la différence et était assez fortement dominé par l'Italien. Seule la 4e reprise pouvait donner de l'espoir à ses soutiens, mais la messe était dite et le 5e round allait confirmer cela. Avec un gros travail fourni au niveau des jambes de Grossi, Casella confirmait sa domination et était logiquement déclaré vainqueur. 

Gala Riv 6352   Copie

Si la capitale azuréenne voulait voir revenir un de ses combattants auréolé d'un nouveau titre de champion du monde, cela devait donc passer par Jérôme Ardissone. Absent des aires de combat depuis un an, le boxeur de poche (1,69m) s'était préparé pendant plusieurs mois en vue de ce retour sous les projecteurs. Opposé au Russe Alexey Trifonov, le fils d'Edmond avait fort à faire. Plus petit, il disposait d'une allonge moins importante et se devait donc de réussir à approcher son adversaire pour lui faire mal. C'est d'ailleurs tout le problème que le jeune homme a eu tout au long du combat. Incapable de rentrer réellement dans la partie, il a été maintenu à distance par Trifonov plusieurs rounds durant. Pour preuve, le premier vrai coup porté par Ardissone et qui atteignit sa cible n'arriva qu'à la 9e reprise… 

Gala Riv 6682   Copie

Trop peu pour espérer quoi que ce soit, mais assez pour laisser un sentiment de frustration chez le garçon qui semblait bien décider à remonter rapidement sur un ring après sa défaite aux points. Entre les deux Azuréens, c'est Cédric Tousch qui s'était présenté pour en découdre avec le Bulgare Aleksandar Petrov. Deux beaux bébés d'1,90m chez les -80 kg. Si les frappes étaient lourdes (on n'aurait pas aimé être au milieu), les deux boxeurs étaient sur leurs gardes et assuraient une bonne défense face aux attaques subies. Frappant fort de la jambe gauche, Tousch a contrôlé le combat du début à la fin pour s'adjuger une victoire logique et glaner sa première ceinture mondiale WAKO PRO. 

Abandon 

Après ces trois premiers combats, la salle était donc chauffée à blanc pour l'arrivée de Dylan Salvador. Originaire de la région lyonnaise, Salvador avait déjà accroché quelques gros morceaux de la discipline à son tableau de chasse. Et face à un adversaire plus vieux (29 ans contre 23) et plus expérimenté (145 combats pour le Kirghize, 55 pour le Français), il ne s'est pas démonté au moment de débuter l'affrontement. Très conquérant d'entrée de jeu, le membre du Team NAS-R K a montré qu'il en voulait. 

Gala Riv 6783   Copie

En multipliant les frappes à l'intérieur de la cuisse de son adversaire, mais aussi en enchaînant les touches sur le haut du corps, Salvador a rapidement pris le dessus. Les spectateurs ne s'y trompaient d'ailleurs pas, les soutiens du "Frenchy" surpassant vocalement ceux du Kirghize. En maintenant son travail de sape sur la jambe de Fedoseev, Salvador se rapprochait peu à peu de la victoire finale. Une victoire qui allait intervenir plus rapidement que prévu. Dans la 4e reprise, après s'être retrouvé deux fois au sol, Fedoseev a finalement abandonné, ne pouvant plus user de sa jambe, celle-là même sur laquelle Salvador avait insisté tout le combat. Et vu le bleu qui était déjà installé solidement, on se doute que le Kirghize devait déguster. 

La frappe au féminin

C'était ensuite au tour d'Anissa Meksen et Therese Gunnarson de monter sur le ring. Surnommée la "Buakaw Française", la multiple championne du monde de savate et muay thaï faisait face à une Suédoise relativement expérimentée. Mais le "Gun", comme elle est appelée dans le milieu a rapidement été enrayé par la Tricolore. Lui assénant un coup de pied au visage dès l'entame du combat, la Nancéienne n'a pas fait dans la dentelle. Rapide, puissante, elle a multiplié les touches lors de la première reprise. 

Gala Riv 6961   Copie

Dès le troisième round, on sentait Gunnarson faiblir dans une opposition à sens unique. Rarement inquiétée, Meksen faisait montre d'une détermination sans faille et contrôlait son combat. Si la fatigue pointait le bout de son nez à l'aube du dernier round, c'est bien la Scandinave qui était comptée dans la cinquième. Finalement victorieuse aux points, Anissa Meksen avait montré au public que son palmarès n'était pas usurpé. Et a envoyé un message fort à la concurrence dans ce qui a été un des plus beaux combats de la soirée.

L'heure du show

Il veut être acteur dans la vie quotidienne, car il est passionné de comédie et de scène. Egalement humoriste, Cédric Doumbé n'en reste pas moins un excellent boxeur. Ljubo Jalovi, son adversaire, a d'ailleurs pu le vérifier le 24 juin dernier. Tout comme il a pu voir que le Français avait le sens du spectacle ancré au plus profond de lui. Pas de round d'observation entre les deux hommes qui font tous deux un séjour au sol dans la première reprise. Mais c'est bien Doumbé qui prend les choses en main, comme lors de la deuxième reprise lorsqu'il assène un coup assez lourd à Jalovi. 

Gala Riv 7132   Copie

Dans ce combat très plaisant à regarder, Doumbé n'hésite jamais à faire le show, riant souvent et poussant son opposant à en faire de même. Assez paradoxal tant les deux avaient envie de l'emporter. Lors du quatrième round, le Français enchaîne une série de coups de poing qui fait mal au Serbe. Marquant plus de points que Jalovi, Doumbé a logiquement remporté son premier titre en WAKO PRO. Et à le voir sur le ring, s'il est aussi à l'aise sur scène, son avenir dans la comédie est tout tracé. Mais en attendant, nul doute qu'il a encore des choses à faire en pieds-poings.

Du K-1 à la sauce thaï

Plus la soirée avançait, plus les combats devenaient alléchants. Et avec l'arrivée de Youssef Boughanem, c'est un vent de fraîcheur thaïlandaise qui s'apprêtait à souffler. Le jeune homme de 26 ans a effectué une grande partie de sa formation et de sa carrière dans cette contrée d'Asie et son style de combat s'en ressent grandement. Face à lui, Armen Petrosyan, petit frère de Giorgio, l'une des grandes stars de la boxe pieds-poings. "Le Docteur", comme il est surnommé, était d'ailleurs présent dans le coin de son cadet. 

Gala Riv 7267   Copie

Un soutien de poids qui n'a malheureusement pas suffi pour l'Italien d'origine arménienne. Mobile, Boughanem n'a pas laissé grand chose à son adversaire, même si ce dernier a opposé une belle résistance. Fait cocasse, lors de la troisième reprise, Boughanem envoie une droite à Petrosyan juste après le gong. Immédiatement, il lui fait un bisou sur la joue en guise d'excuse. Ce petit geste a été l'un des nombreux exemples du bel esprit qui régnait sur la manifestation. Mais cela n'a pas empêché les deux hommes de se livrer une vraie bataille. Bataille finalement remportée par le Belge qui ajoute une ligne supplémentaire à son palmarès. 

Le "Bûcheron" face au "Predator"

C'était l'un des combats les plus attendus de la manifestation. Yohan Lidon, qui est sans doute l'un des meilleurs ambassadeurs du pieds-poings en France et jouit d'une belle cote de popularité, affrontait Datsi Datsiev, un guerrier russe plus expérimenté et plus jeune ! Mais Lidon avait à cœur d'accrocher un nouveau titre à un palmarès déjà bien fourni. Si le combat n'a réellement débuté qu'à partir du 3e round, le Russe n'y allant pas franchement et tournant autour de Lidon, le Français a ensuite passé la seconde.

Gala Riv 7331   Copie

Fort sur ses appuis, multipliant les bons enchaînements et vigilant en défense, celui qui est garde-forestier au quotidien a fait son retard de points pour passer progressivement devant jusqu'à distancer légèrement son adversaire. Plus fort, plus en forme à l'aube de la dernière reprise, Lidon a réussi à maintenir son avantage aux points pour être déclaré vainqueur sur décision arbitrale. 

Le K-O au bout de la nuit

Minuit était passée et Cendrillon n'avait pas perdu son carrosse. A mesure que la nuit avançait, le combat de clôture se rapprochait lui aussi. D'un côté, Enriko Kehl, 24 ans. De l'autre, Chingiz Allazov, 23 ans. Et très vite, le ton est donné. Lors de la première reprise, "Chinga" envoie un coup de pied au visage d'entrée de jeu. On se dit alors que ce combat pourrait très vite tourner à la correction pour l'Allemand. Usé à l'issue du premier round, Kehl réussissait à se reprendre au fil du combat mais encaissait énormément de coups. 

Gala Riv 7470   Copie

Son corps en portait d'ailleurs rapidement les marques puisque de nombreux bleus apparaissaient au fil des minutes et son visage rougissait à mesure que les coups passaient. Mais sa belle résistance et quelques frappes réussies lui permettaient de se maintenir en vie dans ce combat. Accusant un trop gros retard de points, seul le K-O pouvait l'amener à la victoire. Cependant, à trop se découvrir, on laisse des opportunités à l'adversaire pour placer des coups. Et Allazov, qui facturait 181 victoires en 189 combats avant l'évènement, n'a pas manqué l'occasion de lui faire mal. Sur une petite ouverture, il lui envoyait un crochet dans la mâchoire qui séchait littéralement l'Allemand. Le premier K-O de la soirée arrivait finalement en fin de 4e reprise du dernier combat. De quoi clôturer la soirée sur une bonne note. 

Publié le

Vous aimez cet article, partagez-le :

   
Photos