Self-Défense & philosophie

Le shorinji kempo n'est pas l'art martial le plus connu de ceux que l'on peut pratiquer en Principauté. Cinq des membres du Monaco Shorinji Kempo se sont d'ailleurs rendus au championnat du monde, en Californie, l'été dernier.

Les sports de combats et autres arts martiaux sont nombreux. Certains plus connus que d'autres. Tous originaires de différents pays, notamment d'Asie.  Mais s'il en est un qui peut se placer comme précurseur, c'est le shorinji kempo. Répertorié comme un art martial japonais, ses origines seraient un peu plus complexes, comme l'explique Franck Baldet, le directeur technique du Monaco Shorinji Kempo. "Il semble utiliser des techniques venant d'ailleurs alors que c'est l'inverse. Il y avait un art martial très complet originaire d'Inde, qui est passé en Chine puis au Japon, et avait toutes les techniques possibles, avec un seul but, ne pas perdre." Ne pas perdre, tel est en effet le but du shorinji kempo, qui se veut être un art de self-défense.

Zen

Comme cela est souvent le cas dans les arts martiaux, le shorinji kempo comporte deux voies. L'aspect physique, porté sur le combat et une portée philosophique. C'est d'ailleurs cette dernière qui semble être la plus importante. Et dans le cas du shorinji kempo, c'est le bouddhisme zen qui en trace le courant. De quoi renforcer un peu plus l'origine même de la discipline. Issu d'Inde, passé par la Chine pour arriver ensuite au Japon, cet art martial semble prendre la même voie que celle empruntée il y a plusieurs siècles par un moine indien. 

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Même si cela relève de la légende, tout semble concorder. Et la portée philosophique du shorinji kempo gagne ainsi en force dans la pratique. "C'est une discipline qui aide à se défendre physiquement et mentalement. Notre philosophie a des origines bouddhistes, à savoir le kongo-zen, qui pourrait se traduire par "vivons ici et maintenant, soyons nous-mêmes", une sorte de Carpe Diem. Cela permet de se développer en tant que personne tout autant qu'en tant que combattant", détaille Franck Baldet, qui est également président de la Fédération Française de shorinji kempo.

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Self-défense

Bien que la portée philosophique soit importante, l'aspect combat l'est lui aussi. "C'est un art martial de self-défense et le but est de ne pas perdre. C'est le seul objectif. En cas d'agression, mais de manière générale dans la vie. Son but est de ne pas perdre, de ne pas se laisser avoir, toujours rester maître de soi, de la situation." Si certaines disciplines sont extrêmement codifiées quant à leurs mouvements et aux coups portés, le shorinji kempo jouit en ce sens d'une certaine liberté. "Sur le plan technique, nous avons des coups de pied, de poing, des chutes, des immobilisations, du combat au sol. Tous les coups sont permis. C'est de la self-défense. 

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À partir du moment où on est agressé, on a le droit de se défendre pour ne pas perdre", détaille celui qui est aujourd'hui 7e dan de la discipline et plus haut gradé européen. Ancien pratiquant de karaté shotokan, Franck Baldet assure une partie des cours au sein du club monégasque. Où, à raison de deux séances par semaine, la dizaine de licenciés vient suivre ses enseignements ou ceux du professeur. Avec pour certains, l'ambition de prendre part aux compétitions.

Une histoire de duo

A la différence des autres arts martiaux qui mettent deux combattants en opposition, le shorinji kempo tend plutôt vers la comédie, en quelque sorte. "Il n'y a pas de compétition en un contre un, ça pourrait causer des dégâts. Et un type pourrait prendre la grosse tête, ce qui irait à l'encontre de la philosophie bouddhiste. Donc lors des championnats de France, d'Europe ou du monde, ce sont des combats chorégraphiés", détaille Franck Baldet. 

Il faut donc un binôme pour prendre part aux compétitions de shorinji kempo et passer devant un jury durant 1 minute 30 à 2 minutes. Les compétiteurs sont ainsi notés aussi bien sur le plan technique que sur le volet esthétique. "D'un point de vue spectacle, c'est presque parfait puisque tout est répété, on peut y aller en famille, on sait qu'il n'y aura ni sang ni blessés", glisse le directeur technique, sourire en coin.

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Road to the USA

Et en matière de compétition, les Monégasques ont récemment traversé l'Atlantique pour prendre part aux championnats du monde qui avaient lieu en Californie, à San Mateo."Nous avons appris notre participation début avril, lors des championnats de France", précise Jérôme Giusti, pratiquant assidu et "sampaï" (assistant du professeur) du Monaco Shorinji Kempo. 

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Deux duos allaient donc prendre la direction du "Taïkaï" mondial, Jérôme Giusti, et  son binôme, Thierry Patucca, ainsi que Stéphane Gastaldy et Junichi Muraki. "On a répété sans cesse, on a pu disposer de la salle à des créneaux inhabituels, on a assuré en partie les cours et on se réservait une demi-heure en fin de séance pour répéter nos gammes", explique Jérôme Giusti. De quoi leur permettre de mettre au point leur chorégraphie, car leurs adversaires s'annonçaient coriaces.

Changements de dernière minute

Arrivés en décalé, les quatre compétiteurs de la Principauté ont pu chacun vivre les choses de leur côté avant de se retrouver sur le lieu de la compétition. Et de filer un coup de main pour la mise en place des aires de combat. "Thierry est arrivé l'avant-veille et moi j'étais sur place 10 jours avant, donc on s'est retrouvé sur les lieux. Stéphane était déjà là et avait fait quelques entraînements avec le club de San Mateo et ils lui avaient dit qu'ils cherchaient quelques bonnes âmes pour les aider. On était une petite vingtaine", se rappelle Jérôme. 

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La mauvaise surprise est cependant venue du partenaire de Jérôme. Alors que Stéphane et Junichi n'ont pu participer, ce dernier n'étant pas assez remis de sa blessure au genou, l'autre duo a bien failli ne pas pouvoir s'aligner non plus. Victime d'une déchirure au psoas une dizaine de jours avant de partir, Thierry Patucca a décidé de serrer les dents pour maintenir sa participation. 

Mais cela a demandé quelques ajustements de dernière minute. "Il ne pouvait pas mettre de coups de pied haut. Donc la veille du championnat, on était devant la salle, en short, dans le gazon, à refaire notre combat en modifiant toutes les parties ou Thierry mettait des coups de pieds haut. Je pense qu'on a dû faire peur à quelques personnes (rires)."

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L'heure de vérité

Placés dans la catégorie des 1er et 2e dan, Thierry et Jérôme ont, malgré tout, réussi une performance des plus honorables. Alors que leurs adversaires étaient majoritairement japonais et assez jeunes, ils ont accroché la 7e place. 

"On était en confiance parce qu'on avait bien répété. Le problème, c'est que j'avais une appréhension sur une chute que je devais faire qui s'est finalement très bien passée. On a confondu un mouvement à un moment donné, mais on n'était pas mécontent", détaille Jérôme Giusti. De son côté, Franck Baldet ressort surtout du positif de la prestation de ses deux élèves. 

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"Ils se sont très bien débrouillés. Dans leur catégorie, au Japon, les 1er et 2e dan ont de 17 à 20 ans maximum. Ils sautent partout et Thierry et Jérôme ont 40 ans, sont européens, pèsent 2 fois le poids des Japonais. La notation est sur 10 et ils ont obtenu 8,2/10. Avec cette note ils étaient 7es et se retrouver au milieu de Japonais de 20 ans, pour moi, c'est très très bien. Il leur a manqué un peu de vitesse d'exécution et de fluidité pour aller plus haut." 

De quoi envisager les prochaines compétitions avec ambition. Avec en point de mire les championnats d'Europe dans deux ans, qui pourraient se tenir en Allemagne, et les championnats du monde dans 4 ans qui auront lieu au Japon. 

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