Dans la ligne de mire

Le tir de précision et la Carabine de Monaco attirent de plus en plus de jeunes. Une discipline qui leur apprend beaucoup, notamment sur la maîtrise de soi. En Principauté, quelques jeunes pratiquants s'affirment et prennent part à des compétitions, comme au RIAC en décembre dernier.

Dès lors que l'on entre dans les locaux de la Carabine de Monaco et de la Fédération Monégasque de Tir (qui abrite également en son sein la 1ere Compagnie de Tir à l'Arc), c'est une atmosphère un peu particulière qui y règne. Un calme et une forme de sérénité entourent l'endroit. A notre arrivée, Christian Zabaldano, président de la fédération et du club et Fabienne Pasetti, entraîneur et ancienne athlète de haut niveau, nous accueillent pour une visite des lieux. Et surtout pour éclairer nos lanternes en matière de tir. 

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Car si cela a l'air simple au premier coup d'œil, il suffit de se pencher un peu plus sur cette discipline pour se rendre compte qu'une multitude de petites choses font que votre plomb fera mouche… ou non. "Le tir, c'est simple, mais ce n'est pas facile pour autant", précise d'ailleurs très vite Fabienne Pasetti, six olympiades au compteur (carabine à 10 mètres en 1988, 1992, 1996, 2000, 2004 et 2008). Désormais responsable des entraînements, l'ancienne représentante monégasque sur des épreuves de tir de précision aux Jeux Olympiques aiguise les talents des membres du club et les accompagne en compétition.

Déplacements et compétitions 

Car à la Carabine de Monaco, le groupe compétition est assez important. Dernièrement, c'est au Luxembourg qu'une délégation de sept tireurs et deux accompagnants s'est rendue pour prendre part au RIAC, l'une des plus vieilles compétitions en la matière. "Il y avait cette année 240 tireurs venus de tous les pays. C'est une belle compétition qui met les tireurs à rude épreuve", précise d'emblée Christian Zabaldano. Et il faut dire que les participants en avaient pour leurs plombs puisqu'ils devaient disputer trois matches en trois jours. Se rendant en moyenne sur deux événements de ce genre dans l'année, les membres de la Carabine de Monaco en profitent également pour régler certaines choses, comme l'explique Fabienne Pasetti. "C'est une compétition de travail. On met différentes choses en place sur les 3 matches et généralement, il y en a toujours un qui se passe mieux que les autres. On est obligé d'en tester afin de voir ce que cela donne sur des moyennes, pour regarder l'aspect comportemental." 

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Et malgré ces réglages, les podiums ont aussi été au rendez-vous pour le club de la Principauté lors d'éditions précédentes. Ces mises au point, essentielles dans un sport comme le tir de précision, sont de petites choses que le néophyte ne percevra pas forcément. "On joue sur des timings de tir différents, des petites modifications posturales, par exemple, on serre un peu plus la crosse pour qu'elle rentre dans l'épaule. L'idée est de voir ce que ça donne sous pression. On peut donner des instructions pour des arrêts stratégiques. Ça peut être une visée courte, ensuite un timing différent, tous les 6 plombs, on pose l'arme, on respire, on recommence sur les mêmes schémas. Je vois quand ils tirent à 14, 8 ou 10 heures, ça change pas mal de choses. On regarde les groupements de tir, c'est un peu notre autopsie à nous", détaille Fabienne Pasetti. C'est aussi sur ce genre de moments que certains jeunes sont emmenés pour qu'ils s'aguerrissent au haut niveau. Si Maxime Bouet est un habitué de tout ça, puisqu'il était notamment de la partie en Islande (Jeux des Petits Etats d'Europe) il y a deux ans, la jeune Julie Giuffra, 17 ans, vivait son premier RIAC. Et elle s'en est plutôt bien tirée, ne ratant la finale que de peu (11e). Un point important pour le président et sa coach, eux qui font beaucoup pour les jeunes.

Le tir, un sport aussi pour les jeunes

Avec Maxime et Julie au RIAC, la Carabine de Monaco avait emmené deux de ses jeunes éléments. La partie émergée de l'iceberg en somme. Car au club, ils sont de plus en plus nombreux à venir s'initier aux arts du tir de précision. Acceptés dès l'âge de 13 ans révolus, ils y suivent les enseignements de Fabienne Pasetti, notamment pour la partie tir à la carabine. "On ne peut pas les prendre plus jeunes parce que cela nécessiterait des installations et moniteurs supplémentaires", explique Christian Zabaldano. "On les considère comme jeunes jusqu'à 18-19 ans, voire un peu plus pour certains, parce que le tir est un sport de maturité", complète Fabienne Pasetti. 

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S'ils ne détiennent pas forcément d'arme au départ, une simple autorisation parentale suffit, accompagnée d'un certificat médical, comme pour toute activité sportive, afin de s'inscrire. "Ils tirent avec des armes à air comprimé qui sont généralement celles du club. Quand ils commencent à être bons, on les équipe au fur et à mesure, notamment pour les carabiniers", explique la coach. Car l'équipement en tir à la carabine est important et coûteux. Pas question donc d'investir à tour de bras. "En général, en moins d'un an, on sait qui ira en compétition et qui ne le fera pas. C'est surtout par rapport à leur progression, s'ils assimilent ce qu'on leur dit et s'ils le mettent ou non en place", précise le président. L'assiduité, la compréhension et la mise en application des conseils et remarques sont parmi les principaux éléments qui permettent au staff du club de savoir si ces jeunes tireurs se tourneront ou non vers la compétition. 

Entraînements et résultats scolaires

S'il n'y a pas forcément d'entraînements en groupe (malgré une session annuelle en Italie, le temps d'un week-end), les séances sont tout de même mises en place par Fabienne Pasetti. "On met les armes au point, on les règle de façon anatomique pour eux. Il faut aussi qu'ils soient autonomes sur le matériel, qu'ils sachent bricoler. Je leur montre au départ, mais ensuite ils doivent savoir monter, démonter, nettoyer, ajuster une détente. Ensuite les entraînements sont soit qualitatifs, soit quantitatifs."  Tir assis, sur plaque, sur cible blanche, avec ou sans visuel, les exercices sont nombreux. S'ils partent ensuite s'aguerrir sur des compétitions locales, les jeunes de la Carabine de Monaco peuvent aussi bénéficier des investissements faits par le club. Avec 4 cibles électroniques, comme on en voit sur toutes les compétitions internationales, notamment, mais aussi un laser posé en bout de canon, Fabienne Pasetti détient tous les outils essentiels à l'analyse du comportement de ses jeunes pour les corriger et en faire de véritables petits snipers. 

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Mais les entraînements ne comprennent pas uniquement du tir. Cette discipline étant aussi une question de concentration et d'équilibre, ces deux points sont aussi travaillés. "Ce sont les mêmes exercices qu'à la kiné, avec des plateaux ou des coussins où on reste en équilibre et on peut le faire seul ou être à deux et s'envoyer un ballon, ou jongler ou fermer les yeux. C'est un petit programme que j'insère en même temps, sinon c'est trop fastidieux pour eux." 

D'autant que pour venir s'entraîner, tout le monde doit répondre à un même critère, la réussite scolaire. "Ils ont leurs études. La petite Julie, elle vient s'entraîner à condition qu'elle ait la moyenne de partout. Ils doivent étudier et on échange avec les parents pour avoir le suivi de leurs études", explique le président. Cette contrainte force donc tout le monde à bien travailler, mais le tir les aide également dans leur quotidien, comme l'expliquent Maxime et Julie.  "Je suis assez hyperactif comme garçon, mais le tir m'a aidé à me canaliser, à me concentrer", précise Maxime Bouet, qui fait des études d'ostéopathie. Pour la jeune Julie, "on en apprend sur nous, notre corps, nos limites, parce qu'il faut être concentré et c'est compliqué parce qu'un match, c'est assez long. Au début on a du mal à tenir la concentration, et plus on s'entraîne, plus on arrive à tenir. Mais c'est aussi une question de rigueur." Concentration, rigueur, équilibre, autant de choses qui sont utiles dans la vie.  

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