Olivier Jenot : "J'espère revenir plus fort de cette blessure"

Le skieur monégasque, Olivier Jenot, a été victime d'une terrible chute lors des Mondiaux à Saint-Moritz. Nous l'avons rencontré quelques semaines après l'accident.

Alors qu'il les attendait avec impatience, les Mondiaux de Saint-Moritz ne se sont pas terminés comme prévu pour le Monégasque. Le rêve a tourné au cauchemar pour l'athlète, qui a perdu le contrôle de ses skis lors de l'épreuve du super-G. Son accident, sa blessure, sa rééducation et son avenir, Olivier Jenot se confie. 

Ça fait plus de trois semaines maintenant que vous avez chuté, comment vous sentez-vous ?

J'ai eu trois semaines de repos strict, car des contusions se sont formées après la chute au niveau des poumons et du foie, ainsi qu'un autre en bas du dos. Il me fallait juste du repos pour pouvoir les drainer avant de voir mon médecin. À plus de trois semaines post opératoire, je suis sur mes deux jambes et je me déplace sans béquille chez moi. Je pense que ça aurait pu être pire.

Que s'est-il passé dans votre tête au moment où vous avez compris que vous perdiez le contrôle ?

J'ai fait une petite erreur qui m'a donné l'impression d'avoir perdu de la vitesse et j'ai voulu tout de suite en reprendre. Avant la bosse, il y avait une légère compression et en prenant une trajectoire plus tendue pour reprendre de la vitesse, je me suis plus fait comprimer que ce que j'avais anticipé. Et quand je me suis présenté sur cette bosse, j'ai tout de suite compris que je n'allais pas passer la ligne d'arrivée. En l'air, j'ai juste eu le temps de bien regarder et d'essayer d'analyser comment j'allais atterrir. Ma seule préoccupation a été de ne pas taper la tête. Ce que j'ai bien réussi à faire, car je n'ai pas perdu connaissance. Je pense que je m'en tire très bien par rapport à la violence de la chute. Finalement, l'opération que j'ai subie reste une petite opération. Elle me laisse juste dans l'inconnu, car elle n'est pas courante et c'est une blessure un peu inconnue. À côté de ça, je m'en tire plutôt bien.

D'après les images, lorsque vous vous êtes stabilisés, vous avez immédiatement essayé de bouger…

Dans la chute, j'ai senti un impact lourd, mais pas forcément plus que ça. J'ai tout de suite eu la volonté de faire signe pour montrer que ça allait à peu près. J'ai fait bouger mes membres, j'ai senti mes pieds, je pouvais bouger mes orteils et mes genoux. Au niveau des hanches, j'ai senti que ça allait. J'étais juste un peu sonné par l'impact. J'ai essayé de me lever, mais j'ai senti que j'avais le souffle court, sûrement dû aux contusions pulmonaires, alors je suis resté tranquille. J'avais du mal dans un premier temps à m'exprimer, mais j'étais tout à fait conscient de ce qui m'arrivait. J'étais aussi conscient que ça ne servait à rien de gaspiller de l'énergie en voulant à tout prix se lever ou s'asseoir. De l'extérieur, je pense que c'était beaucoup plus impressionnant que mon ressenti intérieur. J'étais plutôt serein, je savais que je n'avais pas tapé la tête.

On sent que c'est encore un peu difficile d'en parler.

Je ne sais pas trop comment l'expliquer. C'est clairement la plus grosse chute que j'ai faite dans ma carrière. C'est arrivé dans un contexte un peu particulier. Quelques semaines avant, il y a eu la chute de Valentin Giraud-Moine. Il s'est vraiment bien amoché au niveau des genoux. Je suis content que ce ne soit qu'un ligament du bassin et une plaque. Ce qui est le plus embêtant, c'est de naviguer vers l'inconnu, mais les médecins ont été plutôt encourageants. J'espère revenir plus fort de cette blessure.

Les termes utilisés pour décrire votre blessure sont assez techniques, pouvez-vous nous l'expliquer ?

J'ai été opéré d'un ligament qui s'est déchiré au niveau de la symphyse pubienne. Ce ligament est l'attache frontale du bassin. Cette déchirure aurait pu entraîner une fracture du bassin, donc les médecins m'ont posé une plaque en carbone pour le stabiliser. C'est une blessure moins grave qu'un ligament croisé (genou) par exemple, qui demande généralement 6 mois d'arrêt. Je pensais seulement m'en tirer avec des contusions et que j'allais mettre plusieurs semaines à m'en remettre. Mais je pensais passer à travers l'opération. D'ailleurs après les premières radios, les médecins m'ont dit que tout allait globalement bien. Ils avaient un petit doute sur le bassin, mais ils ne pensaient pas forcément à l'opération. Ç'a été après l'examen complémentaire avec une IRM qu'ils ont vu qu'il fallait stabiliser le bassin. D'après les informations que j'ai eues, il me faudra attendre au moins quatre mois avant de remonter sur des skis. Le temps de guérison pour ce type de blessure varie selon les personnes.

Cette plaque que l'on vous a posée, combien de temps allez-vous la garder ? Sera-t-elle gênante dans la pratique du ski ?

D'après le chirurgien, je vais devoir attendre six mois pour l'enlever, le temps que le ligament se répare. Je ne pourrai pas la faire retirer avant. Je ne sais pas encore si je la ferai enlever quand la consolidation sera validée, ou si je vais me lancer dans la saison prochaine avec. Je ne sais pas non plus si ce sera gênant ou pas. Encore une fois, c'est très personnel, il y a des gens à qui ça ne posera aucun problème, chez d'autres si. Certaines personnes gardent les plaques à vie. Le chirurgien m'a quand même précisé qu'au vu de mon activité physique, je risquerai d'être peut-être un peu gêné. Et il faut savoir aussi que si je la fait enlever, il va falloir du temps d'arrêt en plus pour la cicatrisation. Mon but est de faire les choses bien, en perdant le moins de temps possible.

Comment va se dérouler votre période de rééducation ?

J'ai commencé depuis ce lundi la rééducation à Albertville, où je suis encadré par le staff médical de l'Équipe de France. Pendant trois semaines, je vais donc faire de la rééducation pure (kiné, balnéothérapie, renforcement musculaire sans sollicitation du bassin, vélo home-trainer). J'ai des séances de deux à trois heures par jour.

Au terme de la rééducation, quel sera le programme ?

J'en ai déjà pour trois semaines de rééducation, après je vais entamer une phase de réathlétisation. Ça va commencer à plus ressembler à du sport. On peut assimiler ça à un échauffement d'athlétisme, avec des footings, des montées de genoux et des flexions par exemple. La réathlétisation va permettre à mon corps de se réadapter à la pratique d'une activité physique et du ski en l'occurrence.

Même si c'est difficile pour vous de le savoir… Vos objectifs pour la saison prochaine sont-ils toujours les mêmes qu'avant la chute ?

Les Jeux olympiques à Pyeongchang restent mon principal objectif. Je vais me donner à fond dans toute cette phase de rééducation et de réathlétisation. Je ne vais rien lâcher. Il va falloir que je sois dans les 500 premiers mondiaux. Au début de la saison, j'étais dans les 250 dans quatre disciplines sur cinq. Avec cette chute, je vais rater la fin de saison, donc je vais reculer dans quelques disciplines et sortir des critères olympiques. Le calcul de point s'arrête un mois avant le début des épreuves. J'aurai donc quelques mois pour reprendre des points. Si tout se passe bien, j'espère aller faire quelques courses dans l'hémisphère sud fin août, pour reprendre des points. Je garde ça dans un coin de ma tête. Si je peux assurer une qualification dès la saison hémisphère sud, ce serait génial. Ça me permettrait de me vider la tête et d'aller sur des circuits Coupe du Monde ou Coupe d'Europe pour bien me préparer pour les Jeux.


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