Masters de pétanque : carreau sur la place

Dylan Rocher, La relève assure

Une heure avant la première demi-finale, on extrait Dylan Rocher de son cercle rapproché. Le "jeune prodige", comme se plaisent à le surnommer ses pairs, a 21 ans et déjà un titre de champion du monde en poche. En 2012, le Manceau a été sacré aux côtés de quelques-uns des meilleurs : Henri Lacroix, Bruno Le Boursicaud et Philippe Suchaud.

Tu as joué aux boules dès que tu as pu tenir debout?

C'est un peu ça, oui. J'ai commencé avec mon père (Bruno Rocher, champion du monde en 2004, ndlr) vers l'âge de 4-5 ans. Puis vers 7-8 ans, j'ai été inscrit dans une école de pétanque à côté de chez moi. Vers 10 ans, je faisais déjà des compétitions seniors. Puis je jouais avec mon père et Bruno Le Boursicaud, qui étaient déjà champions de France à l'époque. Ils m'ont amené dans de gros tournois. Ça m'a permis de progresser vite.

Jouer avec son père, c'est difficile?

Disons qu'on se permet de dire des trucs qu'on ne dirait pas à d'autres… Alors on se prend souvent la tête (amusé). On est comme ça, on est des gagneurs. Mais une fois qu'on a fini la partie, c'est oublié.

À quelle fréquence t'entraînes-tu?

En été, on joue tous les jours. Le reste de l'année j'essaie de m'entraîner au moins deux fois par semaine. Mais on y joue quand même tous les week-ends, donc j'ai pas vraiment besoin de plus d'entraînement parce que le bras doit être reposé avant les compétitions. Puis il faut surtout garder l'envie de jouer et de gagner.

En parlant d'envie de gagner, comment as-tu vécu le championnat du monde 2012?

Il y avait pas mal de stress parce que c'était à Marseille et qu'il y avait un large public français. L'équipe de France était très attendue. Puis comme c'était ma première sélection au championnat du monde, j'avais la pression. Mais le stress m'aide à bien jouer. Puis on s'est mis dans le bain tout de suite et dès le départ, on sentait que le public était pour nous. C'était une expérience grandiose.

Tu pratiques d'autres sports?

Je fais du foot deux fois par semaine en club. Mais je ne fais que les entraînements parce que les matches sont toujours le week-end, donc c'est cuit pour moi. Mais j'entretiens ma condition physique. Je pratique aussi le tennis et le badminton de temps en temps.

On dit souvent que la pétanque est un sport de "vieux". C'est ton impression?

Non, parce que toute ma famille a baigné là-dedans. Tout petit, il n'y avait que la pétanque qui comptait. Tous mes amis y jouent donc ça ne m'a jamais semblé être un sport de vieux. Maintenant, c'est vrai que je remarque que ça manque un peu de jeunes, mais ça ne m'empêche pas de jouer.

Comment tu expliques qu'il n'y en ait pas plus?

Peut-être parce que ce n'est pas un sport qui bouge beaucoup. Il y a peut-être une image d'antan, avec les anciens, qui reste gravée.

C'est un phénomène que tu regrettes?

Pas tellement parce que je ne l'ai pas beaucoup ressenti. Quand j'étais à l'école de pétanque, j'étais avec une cinquantaine de jeunes. Lorsque j'ai fait les sélections en équipe de France, il y en avait une trentaine qui sont aujourd'hui des copains. Donc j'ai quand même été entouré de gens de mon âge pendant pas mal de temps.

Avec tes 21 ans, il semble que tu apportes beaucoup à la pétanque…

C'est vrai que depuis que j'y joue, on a l'impression que ce sport est un peu plus médiatisé. Donc ça, c'est vraiment bien. Pas mal de gens m'en remercient. Ça me fait très plaisir. J'ai envie de faire évoluer la discipline dans le bon sens. À haut niveau, j'ai envie qu'on gomme l'image du bob et du pastis. J'ai envie qu'on nous prenne au sérieux.

Pourquoi as-tu quitté ta Sarthe natale?

Le club de Draguignan voulait recruter de gros joueurs. Comme j'étais à la recherche d'un travail, je leur ai dit que je voulais bien venir s'ils me trouvaient un emploi. Ça va bientôt faire un an que je suis au cabinet du maire. Parce que quand on joue à la pétanque, même si on a le statut de sportif de haut niveau, on doit travailler pour vivre. On ne gagne pas assez d'argent sinon.

Combien gagne-t-on lorsqu'on devient champion du monde?

On a touché une prime de 1 500 euros chacun, donc c'est vraiment pas terrible par rapport à d'autres sports. 1 500 euros, ça mène pas loin.

Tu as eu l'opportunité de faire des compétitions à l'étranger?

Absolument. Il y a une semaine, j'étais à New York. J'ai aussi découvert la Nouvelle-Calédonie. J'ai gagné les Jeux mondiaux en Colombie et à la fin du mois je vais à La Réunion (fin septembre à l'heure où l'on parlait, ndlr). Donc je voyage pas mal. Les organisateurs veulent mettre en valeur leurs compétitions et font venir de bons joueurs à leur charge. On ne peut pas vivre de la pétanque, mais je fais des voyages que je ne pourrais pas me payer sans cela. 


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