Plus libre sera la chute

Pour la première fois de son histoire, la principauté était représentée lors des championnats du monde de parachutisme. cinq spécialistes du vol relatif ont pris la direction de Dubaï, où les organisateurs avaient fait les choses en grand. Un moment particulier dans la carrière des Monégasques, qui font le maximum pour vivre leur passion à fond depuis plusieurs années. Le capitaine Stéphane Mattoni est revenu sur cette aventure hors du commun.

Soixante nations en lice, 1 500 concurrents sur le pied de guerre, un budget de 50 millions de dollars… Coutumiers des organisations hors normes et hors de prix, les Émirats arabes unis n'avaient aucune raison d'agir autrement à l'occasion des championnats du monde de parachute, qui se sont déroulés à Dubaï, du 28  novembre au 9 décembre. Dans cet univers où les équipages professionnels surentraînés sont légion, le quatuor de Monaco détonnait quelque peu. Stéphane Mattoni, Didier Boignon, Jean-François Ronzevalle, Franck Vazille et leur "vidéo man" Claude Ferraro pratiquent le vol relatif par passion tout en ayant un métier. 

Dans ces conditions, pas facile de rivaliser avec des formations qui peuvent multiplier les stages de préparation et les séances en soufflerie. Autant dire qu'une place dans les profondeurs du classement n'aurait rien eu d'infamant. Sauf que les membres du Monaco parachute team (MPT) ne l'entendaient pas de cette oreille. "On doit faire environ 200 sauts par an, quand les autres en sont à 1 000 ou 1 300. Mais avant de porter les couleurs de Monaco, on a tous fait partie de l'équipe de France. On voulait faire un résultat honorable, on visait la 15ou 16place." 

35 secondes d'adrénaline pure

Au final, les rouge et blanc ont atterri au 21e rang, sur 38 engagés. Une performance évidemment très respectable lorsque l'on jauge les forces en présence. Et que l'on prend conscience de la difficulté de l'exercice auquel s'adonnent les inconditionnels de vol relatif. Lâchés d'un avion à 3 000 mètres d'altitude, partis pour 35 secondes de chute libre à 200 km/h, les concurrents doivent réussir un maximum de figures. À quatre ou à huit, c'est la discipline reine du parachutisme, la plus emblématique. Une épreuve dont la réussite dépend "à 50 % du mental", selon le capitaine Stéphane Mattoni. "Il est très important de ne pas avoir de trou de mémoire, c'est un peu notre hantise. On appelle ça le brain lock. Tout va très vite, s'il y a une hésitation d'un dixième de seconde, ça casse tout. A haut niveau, c'est l'expérience qui fait souvent la différence." 

Le cinquième homme, le vidéo man, est considéré comme un membre à part entière de l'équipe. Ce sont ses images qui permettront aux officiels de noter les différents enchaînements. Une figure hors cadre ? Elle est déclarée "non jugeable" et les "relativeurs" laissent filer des points… La dangerosité de la pratique, qui vient immédiatement à l'esprit du non-initié, ne semble pas effleurer ceux qui sont du milieu. "Le premier saut, tout le monde le fait. C'est la suite qui est plus dure, c'est lorsqu'on prend conscience du fait que sauter d'un avion en marche, c'est une "bêtise". Mais pour moi, le parachute est sûr à 100 %. Je fais beaucoup de plongée et j'ai le sentiment que c'est beaucoup plus dangereux", poursuit Stéphane.

Usher et Katy Perry en clôture

À Dubaï, la sécurité était assurée. Comme tout le reste, d'ailleurs. Pour le logement des concurrents, les Émirats ont fait dans l'extra-large. Les cinq Monégasques ont ainsi pu se remettre de leurs émotions dans un appartement de 200 m2 situé au 27e étage d'un building rutilant. "De l'avis de tous, ces championnats du monde ont été les plus grandioses de l'histoire. Tout était gigantesque. Pendant la cérémonie de clôture, Usher et Katy Perry ont chanté. Un bâtiment a été construit pour accueillir les équipes et ils ont gagné 800 mètres sur la mer pour faire une piste d'atterrissage. L'événement s'est fait à fonds perdu, je crois qu'il n'a généré qu'un million et demi de dollars. Mais pour le parachutisme, c'est un énorme éclairage."

Un coup de projecteur dont le prince héritier de Dubaï, Hamdan Bin Mohammed Bin Rashid Al Maktoum, est l'initiateur. Véritable fondu de la discipline, il a fait en sorte de déplacer le centre de gravité de la planète "para" vers le Moyen-Orient depuis quelques années. Après avoir mis sur pied trois coupes internationales entre 2009 et 2011, le cheik est donc passé à la vitesse supérieure en obtenant l'organisation des Mondiaux.

Mouvements codifiés et millimétrés 

Du prestige, de la démesure, du clinquant… Et pourtant, rien ne changeait dans les airs. Abonnés aux aérodromes anonymes, les parachutistes ont rapidement réussi à se remobiliser à l'approche des épreuves. Huit sauts étaient au programme (dix pour les finalistes). Dans cet exercice, les meilleurs sont capables d'enchaîner plus d'un saut à la seconde, maîtrisant avec une dextérité et une coordination étonnantes une kyrielle de figures. "Au sol, sur des planches, on essaye de travailler les enchaînements les plus rapides. À quatre, il faut être super synchro. Les juges effectuent un tirage au sort la veille de l'épreuve. On sait quelles figures on va devoir réaliser parmi les 42 listées par la Fédération internationale", détaille le capitaine monégasque.

Les figures dites libres sont représentées par des lettres, tandis que les "blocs", un enchaînement plus complexe de figures, sont symbolisés par des chiffres. Pour nous, et certainement pour vous, cela donne une liste beaucoup moins fun que ce que l'on peut observer dans les airs.

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