Claude Ferraro (Monaco parachute team) : "J'ai une usine à gaz sur la tête"

Claude Ferraro, alias Charly, est le vidéoman du Monaco parachute team. Si les points marqués par la réalisation des figures peuvent être comptabilisés, c'est grâce à lui. Cela fait dix ans qu'il vit les compétitions avec le team. Portrait.

"Appelez-moi entre midi et deux, ou quand il fait nuit", indique Claude Ferraro. "Oui, parce que tant qu'il fait jour, je suis dehors et je bricole."
A 66 ans, l'ancien preneur de son et réalisateur pour RMC profite de sa retraite à Breil-sur-Roya. "On est tranquilles avec mon épouse, seuls, à vingt minute de piste", raconte le bonhomme.

Lorsqu'on réussit à l'avoir au téléphone, l'une des première questions que l'on pose c'est "Charly ou Claude ? Parce qu'il paraît qu'on vous appelle Charly..." 

"Oui, c'est vrai. Ça remonte à ma première année d'école. Il y avait deux Claude dans la classe et l'autre n'avait pas de deuxième prénom, contrairement à moi. On m'a d'abord appelé Charles. Puis c'était la fin de la guerre et on était à la mode américaine, alors ça s'est transformé en Charly et c'est resté !"

"Ça fait 46 ans que je suis frustré"

Charly remplit la mission de vidéoman pour le Monaco parachute team depuis "une bonne dizaine d'années. Depuis qu'ils ont fondé l'équipe de vol relatif à quatre. Moi je faisais un peu de vidéo mais comme tous les paras, pour débriefer mes sauts. Le parachutisme était un loisir."

"Puis un jour, Stéphane (Mattoni, capitaine du Monaco parachute team) et son équipe sautaient à huit et leur vidéoman était absent. Je leur ai rendu service. Ils ont trouvé que c'était très bien alors ils m'ont proposé de continuer. Je suis passé de la radio à la vidéo", glisse-t-il en rigolant.

De son côté, Charly avait commencé à prendre de l'altitude en 1967 (il éclate de rire lorsqu'il se souvient de la date). "Ça remonte, hein... J'avais toujours aimé plonger en bassin. Mais j'étais frustré par la brièveté du saut. Alors j'ai essayé le parachute pour chuter plus longtemps. Finalement, une fois dans l'air, on ne se rend pas du tout compte du temps que ça dure. On n'a pas de repère visuel. Alors ça fait 46 ans que je suis frustré", plaisante-t-il.

Vidéoman, c'est un peu
comme gardien de but

"Pour que ceux qui ne connaissent pas puissent se rendre compte, je comparerais ça au foot. Dix équipiers jouent, puis il y a un gardien. On fait partie de la même équipe mais on ne fait pas du tout le même travail !"

Charly explique que c'est un boulot important, mais pas très difficile. C'est le tempo du départ qui doit absolument être respecté. Au moment de la sortie de l'avion, le vidéoman doit partir un dixième de seconde avant l'équipe. "Je dois être au-dessus d'eux, sans leur tomber dessus. Leur chute crée une dépression, si je m'approche trop, je tombe dans ce trou d'air."

"Je crois que je réussis à leur inspirer confiance. Ce qu'ils aiment moins, ce sont les prises non jugées. Cela signifie que j'ai mal filmé et que la figure est sortie du champ de la caméra. Une fois à terre, les juges qui regardent la vidéo ne pourront pas juger et ça fera des points en moins à l'équipe."

Un déclencheur dans la bouche

Lorsqu'on observe comment ça se passe, notamment lors de la Coupe du monde de Dubaï où l'équipe a ramené la médaille d'argent, on a du mal à comprendre comment Charly peut savoir ce qu'il filme. Il se trouve au-dessus du groupe, quasi immobile et flanqué de deux caméras installées sur le sommet du casque.

"A l'intérieur de ma visière, j'ai un petit rectangle qui me montre le champ de la caméra. Je dois les garder dans cet espace. J'ai deux caméras en fonction, au cas où il y en une qui flanche. Mais une des deux sert aussi à prendre des photos. J'ai un déclencheur dans la bouche et j'appuie dessus avec ma langue", explique-t-il, amusé.

"Devant mon œil droit, j'ai aussi deux leds qui  m'indiquent si les caméras sont en marche. En fait, j'ai une véritable usine à gaz sur la tête !", s'esclaffe le vidéoman. 

Regardez ce que ça donne, à Dubaï, lors d'un vol relatif à huit :

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