Laurent Soler : "La théorie du thé"

Le Colonel Laurent Soler est un militaire de coeur et de carrière. De coeur, parce qu'il a très jeune voulu épouser cette voie, en s'engageant dès l'obtention de son baccalauréat dans un régiment de parachutistes de l'est de la France. Trente ans de carrière au cours de laquelle il a gravi les échelons un à un pour atteindre celui de commandant, passant également quelque temps dans le renseignement militaire.

La vie de l'homme dépend de sa volonté; sans volonté, elle serait abandonnée au hasard. Cette citation de Confucius conviendrait parfaitement à Laurent Soler promu colonel par le Souverain. De par ses choix professionnels au sein de l'armée jusqu'à ses fonctions actuelles, en passant par ses sports de prédilection, le pourcentage laissé au hasard est inversement proportionnel à sa volonté de bien faire. Prendre de la hauteur afin d'avoir une vue globale de la situation (parachutisme), respecter les courbes de la route afin d'en éviter les sorties (rallye automobile) jusqu'à appréhender l'inconnu dans un élément qui n'est pas nôtre (plongée sous-marine), telles sont les principales vertus (et bien d'autres) nécessaires au rôle du Chambellan. Ca tombe bien, le Colonel Soler les possède toutes avec un petit plus qui font les grandes personnes : l'humilité. 

Comment êtes-vous arrivé à Monaco ?

Je suis arrivé à Monaco, il y a 3 ans exactement, le 1er septembre 2012. Pendant les deux premières années, j'ai été aide de camp de Monseigneur, et depuis septembre dernier (2014), je suis Chambellan. J'ai toujours été passionné et très intéressé par la Principauté, par les Princes de Monaco, c'est un univers qui me faisait rêver. Après deux tentatives avortées concernant des projets professionnels, le Colonel Lebegue m'a appelé il y a 3 ans et demi pour me proposer d'être aide de camp de Monseigneur. 

Que représente le sport pour vous ? 

Pour moi, c'est la vie. Je pense que lorsque l'on est capable de faire des efforts, qu'on est capable d'aller au delà de soi-même, on a un meilleur équilibre, une meilleure confiance en soi. Une des clés du succès c'est d'avoir confiance en soi, et il faut être capable de se préparer, et un sportif se prépare et c'est pour cela qu'il passe mieux. On gagne avec le coeur, avec la volonté, et on gagne en étant sûr de soi. Et c'est ça que véhicule le sport. Je pense que les gens qui vont très mal, quelques fois, on leur demande de faire du sport, c'est une des thérapies qui peut permettre d'aller mieux. 

Au quotidien, je travaille beaucoup, et avec plaisir, mais quand je commence à être fatigué, à avoir l'esprit un peu embrumé, ma soupape c'est le sport. J'en fais évidemment moins que lorsque j'étais dans les forces spéciales. J'essaie de courir, de faire un petit peu de musculation, mais surtout je fais de la plongée. J'ai commencé à en faire ici, avec Pierre Frolla, à l'Ecole Bleue. Je continue aujourd'hui avec le C.E.S.M.M. à Fontvieille où il y a une très belle équipe, familiale et très sympathique. La plongée me permet paradoxalement de me vider la tête sous l'eau. 

Vous êtes-vous déjà trouvé au bord de la rupture ? 

Oui bien sûr, dans les forces spéciales, lorsque j'étais dans des pays difficiles. Il y a des moments de doutes, des moments où il a fallu vraiment prendre sur soi, dans des embuscades ou dans des moments difficiles avec des camarades qui furent touchés. En plongée, j'ai eu la chance d'être toujours bien encadré. Pierre Frolla a toujours été là pour me tenir la main, si je puis dire, et puis je n'ai pas un grand niveau en plongée. Auprès du Prince, il y a eu également des situations difficiles. Cette année le fut plus particulièrement, ce qui correspond à ma prise de fonction comme Chambellan. 

C'est-à-dire ? 

J'ai eu la chance que les événements se sont multipliés, la chance d'avoir deux petits Princes qui sont nés, ça veut dire qu'il faut les présenter à la population, les baptiser, les entourer. Notre Prince Albert a fêté ses dix ans de règne, il fallait donc organiser toutes ces festivités, et dans tout ça, la vie continue. Au palais, notre Souverain part beaucoup, et tout ça demande beaucoup d'organisation et de déplacements et effectivement, je dois dire qu'au mois de juillet, juste avant de partir en vacances, je me suis dis "bon sang, il est temps que je parte en vacances." D'ailleurs, le Souverain m'a dit, "vous partez en vacances ?" Je lui ai demandé si j'avais une mauvaise mine, il m'a dit, "pas du tout, mais il faut partir en vacances de temps en temps", donc je ne sais pas ce qu'il fallait en conclure (rires). 

 Vous avez une passion pour les bateaux. Lesquels vous plaisent le plus ? 

Moi ce que je préfère finalement dans la mer, c'est l'endroit où l'eau vient embrasser la côte, le rivage. Sur le rivage, on se baigne, on fait de la plongée sous-marine, on fait du ski nautique, tous ces sports me plaisent beaucoup. J'aime les bateaux coques open, les semi-rigides, ces styles de bateaux. J'aime également les voiliers, c'est une passion aussi. Je suis en admiration devant Tuiga. A chaque fois qu'il se déplace, je descends de ma voiture quand il passe devant les côtes de Monaco. J'aime aussi les gros bateaux comme le Yersin qui est à la fois un yacht et un bateau océanographique. J'ai d'ailleurs eu la chance de partir avec le Prince Souverain pour une croisière d'exploration, qui nous a ramenés au port de Monaco fin septembre. 

 Quelle est la journée idéale pour vous ? 

La journée idéale, c'est un bon petit-déjeuner, aller vers le port de Fontvieille, prendre mon semi-rigide avec ma famille pour partir faire du snorkeling (randonnée sous-marine). C'est aussi faire un pique-nique dans une jolie crique de nos côtes, me retrouver avec ma famille et mes amis le soir autour d'un dîner pour débriefer la journée. Je crois que ce qui est important c'est de faire les choses et de les faire également avec des gens que l'on aime. Je me remémore souvent l'histoire de l'homme du désert qui m'expliquait comment faire un bon thé. Pour un bon thé, il faut de l'eau bouillante, du sucre, de la menthe mais surtout il faut des amis. Je crois en ça, c'est une vertu qui pour moi est importante.

Vous pouvez nous parler de votre famille ?

Je suis séparé, j'ai une grande fille, Caroline, qui travaille en Suisse aujourd'hui, qui est une passionnée de ski nautique, de wake-board, de tous les sports marins. Elle est tombée dedans lorsqu'elle était petite. Et puis j'ai un garçon qui s'appelle Thomas, qui est avec sa maman en Lorraine, là où était mon régiment entre Strasbourg et Nancy, qui est également un passionné de ski nautique, de bateaux. Il a d'ailleurs passé son permis bateau l'année dernière au Yacht Club. J'ai deux beaux enfants qui sont ce que j'ai fait de mieux dans ma vie et qui comme moi sont passionnés de mer, de bateaux et de plongée. Vous venez de la même région que le Colonel Fringant. 

Si Luc Fringant et Laurent Soler se retrouvaient dans quelques années, que pourraient-ils se raconter ? 

Ils se raconteraient sûrement des histoires de vieux soldats ayant servi sur le lac de Constance ( en Allemagne) durant de nombreuses années ou d'aide de camp et de chambellans peut-être. Ils se diront qu'ils ont eu beaucoup de chance dans leur vie professionnelle de servir un beau régiment ainsi qu'une famille princière magnifique, et qu'ils en ont eu aussi dans leur vie familiale.

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