Dossier

Jack Michel : "Le dialogue entre patient et médecin est important"

Le docteur Jack Michel est le responsable du centre médico-sportif de Monaco. Médecin du sport, il explique quelles sont les pratiques idéales pour la reprise d'activités sportives et donne quelques conseils pour éviter les blessures.

Les fortes chaleurs passées, le temps redevient idéal pour reprendre une activité physique. Mais il ne faut pas pour autant se lancer dans le sport à corps perdu, sous peine de se blesser. 

Comment s'y prendre idéalement pour se remettre au sport après une coupure ?

Il faut prendre en compte la durée et la cause de l'interruption. Il y a ceux qui ont arrêté à cause d'une blessure ou d'une maladie, par manque de temps, en raison d'obligations professionnelles ou personnelles, ou à cause d'une grossesse. L'arrêt de la pratique sportive peut être de quelques semaines ou mois à plusieurs années. Les conseils de reprises doivent tenir compte de tous ces paramètres auxquels il faut ajouter l'âge du pratiquant. 

Quels sont justement ces conseils ?

Quelle que soit la raison pour laquelle vous avez dû arrêter de faire du sport, il faut que la reprise se fasse progressivement en tenant compte de votre ressenti et du rythme de votre organisme. Il ne faut pas hésiter à se faire accompagner, en prenant conseil auprès d'un club, de ses coaches ou entraîneur et surtout prendre l'avis d'un médecin du sport ou de votre médecin traitant. Bien entendu, l'intensité de la reprise tiendra compte de l'âge et du niveau de pratique, qu'il soit débutant ou compétiteur. L'arrêt de toutes pratiques sportives engendre une perte de la condition physique (cardio-vasculaire, force, vitesse, endurance souplesse). Il faut planifier une évolution quantitative et qualitative. 

Y-a-t-il un risque avec les anciens sportifs qui y reviennent ?

Il faut absolument mettre en garde les anciens sportifs qui désirent reprendre après une longue inactivité. Ils pensent en effet pouvoir pratiquer leur sport comme à leur plus jeune âge, sans prendre en compte que leur état général s'est modifié suite à une prise de poids, la consommation de substances telles que le tabac qui expose à des risques cardiaques accrus. 

Quelles sont les pratiques idéales dans le cadre d'un retour au sport ?

Il ne faut jamais reprendre le sport par une activité que l'on ne connaît pas. A vous de choisir selon votre niveau, votre pratique antérieure, la connaissance de vos limites et votre tempérament. La reprise en groupe peut être motivante mais dangereuse si on n'a pas le niveau du groupe. Être seul présente l'avantage d'être plus à l'écoute de son corps. Il faut privilégier les sports non violents. Varier son activité est une bonne démarche. De la marche, de la course à pied, du vélo ou de la natation. Une reprise multi-activités permet de travailler l'ensemble des muscles et de bien reconditionner son système cardio-respiratoire. 

Le risque de blessure est-il très important ?

La reprise trop rapide peut entraîner des blessures. Eviter les sports de contact au profit de sports tels que la marche, la course à pied, le vélo, la natation ou la musculation avec des intensités modérées est une bonne chose. L'augmentation des charges de travail se fera sur 4 à 6 semaines. Les blessures musculaires et tendineuses sont souvent le fait d'une reprise à des intensités trop élevées. Chez les sportifs de plus de trente ans, les accidents cardio-vasculaires peuvent survenir en fonction de risques multiples comme l'hérédité, le surpoids, un désordre biologique, la consommation de toxiques (tabac, alcool, etc). Un check-up chez le médecin du sport ou familial est indispensable. Beaucoup de personnes vont courir et se rendent dans les salles de sport. 

Quels sont les risques de blessures dans ces deux pratiques ?

La course à pied est un sport excellent et facile d'accès pour tout le monde. Cependant, les chocs sont très importants et les risques de blessures tendineuses, musculaires et articulaires sont élevés. Il est important d'avoir du bon matériel, notamment au niveau des chaussures et de courir sur un sol souple de préférence. Pour les personnes en surcharge pondérale, la course n'est pas l'activité idéale et la salle de sport peut être une bonne alternative. Les activités y sont variées et permettent une reprise au cours de laquelle l'ensemble des fonctions de l'organisme est sollicité. Il ne faut pas hésiter à demander des conseils à des professionnels qui vous guideront dans l'utilisation des matériels et pourront vous suivre dans votre progression. Comme pour la course, les risques de blessures musculaires et tendineuses sont à craindre si les charges de travail sont trop importantes.

Comment préserver au mieux les articulations ?

Un matériel inapproprié et un mauvais geste peuvent être la cause de blessures. Chaque sportif a une morphologie différente. La consultation avec un médecin du sport peut permettre de déceler des défauts et de juger de l'opportunité de les corriger par un port de semelles ou un choix de matériel par exemple. Dans les magasins de sport spécialisés, de plus en plus de techniciens peuvent apporter des conseils aux pratiquants selon leur niveau et leurs caractéristiques morphologiques. 

Comment définissez-vous les conseils donnés en fonction de l'âge de votre patient ?

Avec l'âge, les performances diminuent et les capacités aussi. Mais ce n'est certainement pas une raison pour arrêter le sport qui est toujours très bénéfique. Il faut adapter sa pratique à son âge et demander conseil auprès d'un médecin. Pour faire simple, on peut distinguer 5 catégories d'âges. Avant 7 puis de 7 à 12 ans, de 13 à 17 ans, de 18 à 35 ans et après 35 ans. 

Qu'est-ce qui change d'une catégorie à l'autre ?

La consultation sera différente selon ces tranches d'âge. Chez le jeune enfant et l'adolescent, une attention particulière sera portée sur la croissance et les modifications importantes qui en résultent. Selon le niveau de pratique, des pathologies de croissance sont souvent observées avec pour conséquences des conseils d'adaptation de la pratique sportive. Chez l'adulte jeune, c'est à ce moment-là que l'on est le plus fort, le plus rapide, le plus endurant. Mais c'est aussi à cette période que commencent à venir de petites fragilités, comme les problèmes musculaires qui étaient autrefois rarissimes ou des blessures plus ou moins graves. A l'approche de la quarantaine, il faut savoir être raisonnable. La consultation prendra en compte les risques cardio-vasculaires et demandera, dans certains cas, la réalisation d'examens complémentaires. Le médecin décidera selon ces différents paramètres et en fonction de ce que lui rapporte le sportif.C'est-à-dire ?Ce qui est important, c'est le dialogue entre le patient sportif et son médecin pour la recherche de facteurs de risques, d'antécédents familiaux et personnels, de contre-indication ou de limitation à la pratique du sport. 

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