De grâce et de maîtrise

Le club Monaco Gymnastique Rythmique, présidé par Hélène Boinier, continue son bonhomme de chemin. Entre loisir et performance, les jeunes gymnastes travaillent d'arrache-pied, avec, bien souvent, de beaux résultats à la clé.

2003. Une nouvelle entité sportive voit le jour à Monaco. 16 ans plus tard, nombreuses sont les gymnastes à y avoir été formées. Leur point commun ? Elles en ont plusieurs. Tout d'abord, un club. Le Monaco Gymnastique Rythmique. Puis leur coach, qui est également directrice technique de l'association. Corinne Grison. Entraîneure depuis plus de 30 ans en Principauté, elle a connu l'aventure depuis son point de départ. "Nous étions une section du Fémina Sports de Monaco. Nous sommes devenus indépendants en 2003 car le Fémina est une grosse machine et notre discipline se retrouvait un peu noyée au milieu de tout le monde." 

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Depuis, le club a bien grandi et compte aujourd'hui un peu plus de 150 licenciées. Avec une particularité. Ses membres ne sont que des filles. Il faut dire que la discipline est considérée comme la plus féminine au sein de la Fédération Française de Gymnastique (gym artistique, gym acrobatique, trampoline, tumbling et gym aérobic). Parmi les gymnastes présentes, certaines ont aussi connu le début de l'aventure avec leur coach de toujours. "Nous les prenons dès l'âge de 4 ans et mes plus vieilles ont 20 ans. Ce sont des gymnastes que j'ai eues depuis toutes petites, présentes depuis 10-15 ans et dont certaines avaient commencé par le baby-gym". 

Du loisir à la performance

Lorsque l'on débute, pas question de penser tout de suite au grand écart ou à la maîtrise des engins, ces éléments avec lesquels les gymnastes réalisent leurs figures tout en effectuant pas de danse et chorégraphie en musique. "On a créé deux sections. Une loisir, pour les enfants qui viennent pratiquer la GR, sans sélection, répartis sur différents groupes d'âges (4/6, 6/8, 8/10 et 11 ans et plus). Les filles viennent une fois par semaine et on travaille en vue du gala de fin d'année." 

Le loisir est d'ailleurs le contingent principal de licenciées puisqu'il représente environ 70 % des inscrites. Les 30 % restantes étant celles qui s'orientent sur une pratique tournée vers la performance. "Je fais des détections en début d'année et ce sont des enfants répondant corporellement et techniquement aux besoins de la GR (souplesse, coordination, détente)." 

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S'il est un point qui fait la différence, c'est bien entendu la souplesse, élément indispensable pour atteindre un bon niveau de performance. "C'est ce que je regarde ainsi que la capacité à assurer un grand écart. Toutes ne l'ont pas forcément au départ, mais on sait qu'on peut travailler dessus. Car une enfant un peu trop fermée aura des problèmes à un moment donné. On peut faire illusion chez les plus jeunes, mais pour accéder à certaines difficultés par la suite, il faut une certaine souplesse."

Préservation de l'enfant

Le passage dans le groupe performance ne s'opère pas avant 7 ou 8 ans. C'est là que débute le travail de base, sans pour autant forcer sur l'amplitude et la souplesse. Si, dans certains pays, l'accent est mis très tôt sur ce point, Corinne Grison préfère, elle, prendre son temps et ne pas brusquer ses apprenties. "Je suis dans le respect de l'enfant. Je tends vers la performance, bien-sûr, mais il y a aussi le bien-être des filles. Il faut que ce soit un engagement volontaire de leur part et que ça reste un plaisir." 

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Si la directrice technique du club prend soin du physique de ses apprenties, elle n'oublie pas non plus l'aspect mental, usant du dialogue pour faire preuve de psychologie et de pédagogie avec ses gymnastes en herbe. "Je leur parle beaucoup. Si je vois qu'elles ont mal, surtout chez les plus petites, on arrête et je leur explique pourquoi. Quand elles sont un peu plus grandes, elles voient aussi celles qui ont quelques années de plus et veulent réussir à faire pareil. C'est alors leur propre motivation, leur envie de se dépasser et de se faire mal, entre guillemets, qui leur permet d'aller plus loin." 

Une pratique assidue

Si les jeunes filles de la classe loisir s'entraînent une heure par semaine, leurs homologues du groupe performance ont un rythme bien plus soutenu. A raison de 2 h 30 par jours, six jours sur sept, leur travail se découpe toujours en deux parties. Une, axée sur le physique et la danse, l'autre, focalisée sur le travail gymnique avec les engins. "Il y a aussi tout un apprentissage à faire pour le travail en musique, savoir taper la musique. Il y a tout un travail rythmique avec les engins. Savoir reproduire avec son corps le rythme, trouver le caractère de la musique, mais aussi beaucoup d'impro." 

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Et pour ce faire, ainsi que pour le travail de préparation physique, les demoiselles peuvent compter sur les préceptes de Masha Vorobieva, ancienne danseuse au Bolchoï. "Son apport est important car en GR, il y a les bases de la danse classique à maîtriser et beaucoup de travail de danse", glisse Corinne Grison. Pour le travail gymnique, c'est la directrice technique du MGR qui prend le relais. Les filles travaillent alors en suivant un programme défini en début d'année, basé sur les maîtrises et difficultés qu'elles auront à réussir en compétition (chorégraphie d'une minute trente en solo, deux minutes en groupe). "Il y a tout un temps de préparation pour chaque élément, des répétitions puis on termine toujours par un exercice complet, à l'identique de ce qu'elles feront sur la compétition."

Dompter les engins

En GR, l'un des points essentiels réside dans la réussite des maîtrises, à savoir les figures réalisées avec les engins. Pas une mince affaire lorsqu'on les observe à l'entraînement, que ce soit avec le ballon, le cerceau, la corde, le ruban ou les massues. "Les filles ne travaillent pas sur les 5. La fédération nous propose un programme et en fonction des qualités de mes gymnastes, je vois qui fait quoi."  D'autant que chaque élément a ses spécificités. "Le ballon et le ruban sont les plus difficiles à maîtriser et sont la base intrinsèque de la discipline. Sur le cerceau et les massues, on peut réussir à faire illusion, car les engins sont en bout de main. Mais le ballon, par exemple, si vous le tenez ou le rattrapez mal, il part tout de suite." 

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Travaillant 2 à 3 engins par année, les gyms du groupe performance de Corinne Grison ont montré que cela portait ses fruits lors des derniers mois. Notamment les quatre évoluant au niveau national, Alisija Velickaite, Masha Borzenko, Océane Willemez et Marta Gartello, qui ont récemment découvert les compétitions internationales. "Alisija et Masha se sont qualifiées pour les championnats de France cette année et Alisija a remporté le tournoi de Budapest dans sa catégorie. Ces tournois sont une belle opportunité pour nous comme pour les filles car ils nous permettent de voir aussi ce qui se fait ailleurs et de sortir de notre zone fédérale." Après Budapest, le Luxembourg et l'Espagne, c'est en Russie, fin mai, que se rendront ces demoiselles. Avec, à la clé, encore une belle aventure. 

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