Thierry Aymes, entraîneur général de l'Etoile : une question de feeling

Le cheveu ras et le regard droit, Thierry Aymes a le parler franc. Entraîneur général de l'Étoile de Monaco depuis 2005, il n'a pas l'habitude de perdre son temps pendant les entraînements. Alors c'est tout en suivant ses gymnastes à l'œuvre que nous discutons.

S'il a la rigueur dans la peau et le cœur sur la main avec ses élèves, c'est parce qu'il est lui-même un ancien gym de haut niveau. Formé à Antibes, l'homme musculeux de 41 ans compte parmi ses plus beaux résultats une 4e place au sol aux Jeux olympiques d'Atlanta, en 1996, mais aussi un titre européen par équipe à Saint-Pétersbourg, en 1998. Devenir coach par la suite, cela coulait de source.

Vous envisagiez de devenir entraîneur ?

Oui, absolument. Le rapport avec les coaches est quelque chose que j'ai très bien vécu. Dans ma carrière, il y a eu des hauts et des bas, des choses bien et des choses dures, mais je ne regrette rien. Si c'était à refaire, je le referais.

Est-ce qu'un coach vous a particulièrement marqué ?

Oui. Marcus (Marc) Touchais, l'entraîneur national de l'époque. Ça a toujours été mon coach, depuis la catégorie junior. Il a su me pousser et se comporter de la bonne manière avec moi.
Le pôle France d'Antibes,à l'époque, c'était quelque chose…
C'était la base de la gymnastique artistique européenne. Des gyms venaient de l'étranger pour s'y entraîner. Je crois que j'ai vécu, en quelque sorte, les dernières belles années du pôle. Il y avait une super mentalité et les gyms de ma génération font partie des mecs qui ont créé cette émulation. Sur les 7 Français qui partaient aux JO en 1996, 6 venaient d'Antibes.

Comment vous expliquez cela ?

C'était grâce à la force du groupe. Il y avait une vraie bataille des pôles, par exemple entre Antibes et Montceau-les-Mines. Maintenant, on ne trouve plus cette concurrence-là, qui était très saine.

Antibes est-il toujours le meilleur pôle de France ?

Non, on ne peut plus dire ça car les meilleurs gymnastes de chaque centre partent s'entraîner à l'Insep. Pourtant, ce n'est pas évident parce que c'est un système professionnel et il faut être fort mentalement. C'est à toi seul de te débrouiller.

Le relationnel est-il délicat lorsqu'on est entraîneur ?

La technique pure, plus ou moins tout le monde sait comment ça fonctionne. Mais ce qu'il faut bien comprendre avant tout, c'est que chaque gym est différent. Donc il faut arriver à bien cerner comment il fonctionne. Kevin, par exemple, il faut que je lui "rentre dedans" pour le motiver. Il le sait, on en discute assez.

Vous avez des rapports francs ?

Je ne lui mens pas. Je sais que parfois la gym fait mal, je sais aussi que la vie n'est pas facile tous les jours. Mais quand tu arrives à la salle, tu oublies tous tes problèmes, c'est comme ça.

Êtes-vous à cheval sur l'hygiène de vie des gyms ?

Si tu respectes ta part de travail, il n'y a aucun problème. Je leur dis tout le temps que s'ils sont capables de rentrer à 4 heures du matin et de me faire un programme complet, c'est bingo ! À long terme, c'est sûr que c'est pas bon. Mais ils sont grands, ils ont 20 ans, je ne vais pas dormir à côté d'eux. Puis ce ne sont pas des professionnels, ils ne sont pas payés pour s'entraîner. Même si c'était ma méthode, je ne pourrais pas les forcer.
Après, ils ne mentent pas parce qu'ils savent très bien que ça ne sert à rien. Et je préfère qu'ils me disent qu'ils ne sont pas en forme plutôt que de les laisser prendre des risques en faisant leurs exercices. 

Y a-t-il le Thierry pote et le Thierry entraîneur ?

Je ne suis pas leur copain. Ils me respectent parce que j'ai mis des barrières. Après, je sais faire la part des choses. Quand c'est la compét', on est sérieux. Quand ils ont bien travaillé ou que c'est les vacances, on peut s'amuser, c'est normal.

Vous suivez aussi Julien Gobaux, licencié à l'Étoile et membre du pôle France d'Antibes, qualifié lui aussi pour les "monde". Quel tempérament a-t-il ?

C'est un garçon super affectif, comme Kevin. Lorsque je l'ai rencontré, il n'avait que 14 ans. Il avait un potentiel et un gabarit intéressants, mais il fallait s'occuper de lui. C'était un caractériel. Il a fallu le gérer différemment des autres. Mais de toute façon, chaque petit est unique. Tu as une trame de travail, mais il faut l'adapter. Tu dois en secouer certains et d'autres, surtout pas, au risque de les effrayer.

Vous forme-t-on au relationnel lorsque vous passez votre brevet d'État ?

Oui, il y a une grande partie sur la psychologie. C'est l'un des trois grands domaines que l'on étudie avec l'anatomie/physiologie et l'entraînement. D'ailleurs, j'étais bien dans cette matière parce que ça me plaisait. J'adore analyser le comportement des gens.

Connaître les méthodes sur le bout des doigts, c'est une chose…

Apprendre dans les livres, c'est bien. Mais après, il faut réussir à l'appliquer. Pour ça, il faut aimer les gens. Il faut aimer donner surtout. Et tu reçois en retour quand tes gyms reviennent te voir des années après avec leurs gamins, par exemple. S'ils reviennent, c'est que tu as compté pour eux.


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