Sabot-Aymes, Regards croisés sur les agrès

Retour sur la "planète" Chèvre d'or. À la suite de l'entraînement en plein soleil, rythmé par le médaillé de bronze, les jeunes s'offrent un moment de répit entre sauna, jacuzzi et piscine. Nous prenons le parti de tester les transats au soleil, en compagnie de Thierry et Hamilton. Les deux athlètes se connaissent depuis une dizaine d'années, ils ont eu un parcours similaire et sont très complices. Entretien.

Quelles valeurs véhicule la gymnastique ?

Thierry Aymes : "Dans le sport, ce qui est fantastique, c'est le côté humain. La gym permet d'acquérir des valeurs fondamentales comme la rigueur et le goût du travail. Aussi, ça apprend à ne pas lâcher. C'est une école de vie. Il y a d'excellents moments et aussi de très mauvais à encaisser. Mais bon, quand on a été athlète de haut niveau, et même si on est passé par ces moments-là soi-même, je remarque qu'on ne se souvient que des bons moments."

Hamilton Sabot : "C'est vrai que les compètes sont plaisantes, mais au quotidien ça demande beaucoup de discipline et de rigueur. Je suis d'accord avec Thierry, on ne se souvient que des meilleurs moments. Mais ça reste difficile et ceux qui arrivent au haut niveau sont forcément des passionnés. Il n'y a pas de hasard. Aujourd'hui, je suis heureux de pouvoir transmettre cette passion. Je me souviens quand j'étais petit à la salle d'Antibes et que je regardais les grands s'entraîner... Ça me faisait envie." 

Vous ne vous êtes jamais perdus de vue ?

H : "Ben non. Puis je connais ses poulains ! J'ai eu l'occasion de m'entraîner avec Julien Gobaux à Antibes. J'ai aussi participé aux championnats d'Europe et du monde avec Kevin, et Thierry était son entraîneur. C'était drôle comme situation. Du coup, nous avons une relation riche. C'est mon collègue maintenant, et ça reste mon entraîneur."

T : "Entraîneur, pour moi, c'est une vocation."

Comment avez-vous fait vos premiers pas dans cette discipline, l'un et l'autre ?

T : "J'avais neuf ans lorsque mes parents se sont séparés. À cette époque, j'étais souvent chez mon cousin et il faisait de la gym. Ça m'a attiré alors ma mère m'y a inscrit, mais aussi au rugby et au foot. La mentalité du foot ne me plaisait pas du tout. Puis généralement, je préférais les sports individuels. Alors, j'ai opté pour la gym et le judo. Mais la gym, c'était plus acrobatique, plus fun."

H : "C'est dingue ! J'ai fait le même choix que toi. J'ai choisi judo et gym."

T : "Moi j'aimais bien le côté "falabraque", le côté prise de risques de la gym. J'aimais avoir peur."

H : "Je suis peut-être un peu plus douillet que toi..."

T : "Ah c'est sûr que c'est pas toujours une partie de plaisir ! On souffre souvent."

H : "Oui, on souffre. De toute façon, il n'y a pas de résultat sans investissement. De mon côté, j'ai commencé le judo en CP, au gymnase Pierre-Brochard. Et en fait, j'ai été "détecté". On m'a trouvé des aptitudes naturelles pour la gym. J'étais attaché au côté élitiste de ce sport. On était un petit groupe de cinq ou six et toute l'attention était portée sur nous. On nous préparait déjà au haut niveau, dès la première année. C'était clair dans nos têtes. Notre premier objectif à court terme, c'était de faire sport-études déjà. On avait envie de se démarquer."

T : "Mais il fait des études en même temps, encore aujourd'hui."

H : "Oui, je suis en deuxième année de kiné. Grâce à l'Insep (Institut national du sport, de l'expertise et de la performance), j'ai des aménagements d'horaires. Je dédouble les années. Comme ça je peux mener de front un double projet, ma carrière sportive et mes études... En fait, c'est un triple projet : ma copine, ma carrière et mes études ! Le plus dur, c'est la gestion du temps."

Concernant les JO, quelle vision avez-vous de vos performances respectives ?

T : "Ah ben moi en 96 à Atlanta, j'ai fait le mouvement de ma vie ! C'est-à-dire que mieux, je pouvais pas. Mais tout le monde voulait voir gagner le chouchou, Alexei Nemov. Il a fait douze médailles en deux Jeux. Si tu regardes les vidéos, même en n'étant pas un pro, tu vois qu'il fait deux fautes, alors que moi non. Pourtant, il est devant moi de cinq centièmes et monte sur la troisième marche du podium. C'est un peu politique tout ça."

H : "C'est vrai qu'à l'époque il y avait plus une appréciation globale des performances artistiques. C'était très subjectif. On voit toujours un peu ça au patinage artistique. Mais aujourd'hui, en gym, le code de pointage est révisé après chaque JO afin de le rendre plus objectif. Lorsque j'ai vu Thierry gagner, je trouvais ça génial mais je n'imaginais pas encore ce que ça représentait de terminer quatrième d'une olympiade. C'est en m'entraînant, plus tard, que j'ai réalisé la beauté de cette performance. Thierry était l'un des piliers de l'équipe de France pendant des années."

Sur le moment, que ressent-on ?

T : "Sur le moment, j'ai les boules. Tu sais que tu as fait ton travail, tu as fait tout ce qu'il fallait, et tu n'es pas récompensé. Avec le recul, je me dis que si je ne l'ai pas eue, c'est que je ne devais pas l'avoir. Mais je la méritais. Ensuite, il y a pire dans la vie. C'est que du sport et je suis en bonne santé, c'est le principal ! Concernant Hamilton, j'ai eu la chance d'être là le jour où il a eu sa médaille. C'est un mec très discret et on ne l'attendait pas. Cyril Tommasone était très attendu au cheval d'arçon par contre. Il n'a pas fait de médaille et la Fédé n'y croyait plus du coup. Avec ma femme, on est était au club France la veille et alors que tout le monde disait que ce serait dur pour Hamilton, nous on était à fond derrière lui. Bien sûr que c'est dur, mais pourquoi ne pas y croire ?!''

H : ''Moi j'ai explosé de joie. Je suis de suite allé voir mon entraîneur et je me retourné vers mes supporters pour les remercier. C'était merveilleux et ça l'est toujours. Cette médaille, au bout de 19 ans de gym, c'est une consécration, mais c'est surtout le commencement d'un beau parcours, je pense."

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