Usine à champions

En accueillant les danseurs dès leur plus jeune âge, l'AS Monaco danse sportive et Monaco Rock & Danse ont vu leurs efforts payer avec de très bons résultats dernièrement, notamment lors de championnats du monde. Plongée au cœur de la formation des petits danseurs.

Il est 17 h 30 à l'Escorial et l'entraînement des débutants commence. Une quinzaine de danseurs en herbe, âgés de 9 à 10 ans, discutent et rigolent entre eux. C'est un jour important car c'est la dernière répétition avant le spectacle du week-end. Au milieu du brouhaha, Mirella Piano, la présidente, tente de se faire entendre. "Concentrez-vous !", crie-t-elle à plusieurs reprises. Une fois tout ce petit monde attentif, la musique démarre, et la coach enchaîne les conseils. Il faut dire que les "petitous", comme elle les appelle affectueusement, sont encore débutant et multiplient les petites erreurs. 

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Et pour que tout finisse par être parfait, Mirella règle les détails au fur et à mesure. Et ça marche. Il faut dire qu'elle commence à être habituée à ce genre de moments, elle qui s'est lancée dans l'aventure dès 1996. D'abord, avec Monaco Rock & Danse, où elle a d'abord donné des cours aux adultes, puis en créant une section danse sportive au sein de l'AS Monaco omnisports, en 2009. "L'idée était de mettre en avant la compétition et la danse de couple", glisse-t-elle alors que des jeunes ont pris le relais pour le cours suivant. C'est d'ailleurs lors de la création de l'ASM danse sportive que les premiers jeunes arrivent. Ceux-là même que l'on retrouve pour le cours "confirmés", et aujourd'hui âgés de 16 à 17 ans.

Latines, standard et SBK

A l'ASM danse sportive, les plus jeunes débutent généralement vers 6-7 ans. Et pour les voir rapidement enchaîner les "steps" dans le bon tempo, il y a certains éléments de base à acquérir. "Quand on commence, il faut déjà être en rythme avec la musique. On attaque avec du "cha cha" et du "jive" car ce sont les plus simples. Elles sont plus rythmées, donc plus faciles pour l'oreille", explique Mirella Piano. Les bases acquises, les apprentis danseurs peuvent ensuite s'orienter vers d'autres chorégraphies plus complexes. 

Plusieurs options s'offrent alors à eux. Pour la danse sportive, soit les latines (cha cha, rumba, samba, jive, paso doble), soit les standards valse lente et viennoise, tango, quick step et slow fox trot). D'un autre côté, il y a une nouvelle discipline, la SBK (Salsa, Bachata, Kizomba). Ils peuvent aussi tout faire à la fois. Avec toute la complexité que cela suppose. "Évidemment, plus ils en choisissent, plus cela demande du travail. Comme ils sont à l'école, ce n'est pas évident de tout gérer. Au début, j'insiste pour qu'ils fassent tout pour avoir des bases dans chacunes (latines, standard et SBK). Généralement, les jeunes s'orientent plus facilement vers les latines, même si nous avons Sofia De Freitas et Anthony Marquez qui ont terminé champions de France juniors (11-15 ans) en standard et en 10 danses en 2015." 

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Une fois le choix fait, ils ont minimum 5 danses à travailler lors des entraînements. Et selon le niveau, le nombre d'heures de pratique diffère. Quand les débutants font 1 à 2 heures par semaine "parce qu'il faut leur donner le goût et ne pas leur faire peur", les confirmés, eux, ont un minimum de 6 heures hebdomadaires à effectuer. Cela sans compter les cours particuliers mis en place le week-end pour chaque couple. "Pour cela, je fais venir des professeurs extérieurs, à raison d'une fois tous les mois et demi en moyenne, où les couples ont des cours particuliers", précise Mirella Piano, qui use ainsi de l'aide d'enseignants encore en activité dans le milieu de la danse sportive. 

"Ils sont jeunes et leur apport permet d'avancer dans le bon sens. Je continue de me former et d'apprendre des choses, mais la chorégraphie n'est pas vraiment mon domaine." S'ils sont trois à se relayer pour assurer ces leçons, en fonction de leurs disponibilités, les couples ont généralement un à deux cours particuliers durant le week-end prévu.

Champions du monde

Des leçons épisodiques qui viennent compléter le travail effectué tout au long de la semaine. Bénéficiant de 2 heures par session, les danseurs débutent, comme à l'accoutumée, par un échauffement, surtout d'un point de vue articulaire. "On court un peu aussi histoire de chauffer les muscles, mais on attaque rapidement. Généralement, on approfondit les choses sur une ou deux danses et on essaie quand même de travailler les cinq danses en fin de séance, histoire de ne pas accumuler de retard sur l'une ou l'autre", détaille la coach, alors que ses élèves "confirmés", répètent leurs gammes à quelques pas de là. 

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Des séances intenses puisqu'elles doivent aussi préparer les jeunes à ce qui les attend en compétition, à savoir un enchaînement de cinq danses en 7 minutes (à raison d'1 minute 30 par danse). Des séances durant lesquelles certains danseurs viennent aussi prêter main forte à Mirella pour le cours. "C'est compliqué de tout gérer en même temps, et si je prends un couple à part, ça ne dure pas 3 secondes, il faut au moins 5 minutes. Pendant ce temps-là, les autres peuvent facilement se déconcentrer et on n'avance plus." Du coup, 3 adolescents lui donnent régulièrement un coup de main, notamment les champions de France 2015. Car le but de tout ça est bel et bien de briller sur les planchers de compétition. 

A chaque catégorie son concours et son degré de difficulté. Si les juvéniles (6-10 ans) ont généralement trois sorties dans l'année, et principalement dans la région, les plus aguerris prennent généralement part à 5 compétitions par saison, avec des championnats régionaux et nationaux au menu. Des épreuves où le club a d'ailleurs pris l'habitude de briller lors des dernières années. Outre le titre national 2015, Sofia De Freitas et Anthony Marquez ont été sacrés champions de France en SBK l'an dernier. Et c'est tout un groupe qui s'est récemment envolé vers Orlando en compagnie de Marion Pontal, la coach de SBK, pour prendre part aux championnats du monde de la discipline après avoir glané le titre européen quelques semaines plus tôt en Espagne. 

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Délia Peccoux, Esteban Vinceslas Gaglio, Sofia De Freitas, Anthony Marquez, Laura Ledoux, Valentin Scarlot, Lola Palmaro, Orian Quere, Marie-Joséphine Leporati et Ismaël Jaen-Sanchez, ont ainsi ramené la médaille d'or en Bachata junior Team et la 2e place en Salsa Junior Trio. Présents au club depuis 2009, les 5 couples reviennent grandis de cette expérience : "on a pu découvrir le niveau mondial car on s'était arrêté au niveau européen en Espagne. On voit un peu ce qu'il faut travailler par rapport aux autres. Au niveau européen, on fait attention à la technique alors qu'à l'international, on travaille plus sur l'artistique" expliquent-ils d'une seule voix. Après les médailles mondiales, les jeunes n'ont qu'un seul objectif : briller lors des championnats de France de salsa à Lyon le 11 mai. 

De quoi donner des idées à leurs successeurs, même si Mirella Piano aimerait garder plus de monde en danse sportive. "C'est plus amusant d'évoluer en salsa, car cela est moins rébarbatif que la danse sportive. Mes tout-petits y sont encore, j'espère qu'ils vont continuer et briller comme leurs aînés."

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