La retraite dorée de Vinokourov

Le champion olympique de cyclisme, Alexandre Vinokourov, s'est offert sa dernière victoire en plein cœur de Monaco où il réside depuis douze ans. Dimanche 7 octobre, un parcours de 1,2 km avait été tracé sur le Port Hercule. Ce jubilé, Vino ne l'a pas fêté seul puisque les meilleurs coureurs d'hier et d'aujourd'hui étaient venus pédaler à ses côtés.

Des drapeaux estampillés "Vino for ever", des bonshommes du cyclisme et des flashes qui crépitent, voilà un peu le décor de ce critérium d'exception. Aux alentours de 13 heures, le public se massait près des barrières installées sur le port. Pour l'occasion, la Brasserie de Monaco s'était transformée en QG cycliste. Les uns après les autres, Richard Virenque, Jan Ullrich, Jacky Durand ou encore Eddy Merckx, le coureur historique aux 625 victoires, sont venus s'installer en terrasse devant caméras et photographes. Parmi les anciens pros, on trouvait aussi Peter Van Petegem, Jaan Kirsipuu, Fons de Wolf ainsi que les managers Vincent Lavenu et John Lelangue. En ce jour particulier et cher au cœur des Kazakhs, deux télévisions du pays retransmettaient les images en direct. Sept ministres s'étaient déplacés ainsi que l'ambassadeur de France du Kazakhstan.

"Vino a vraiment aidé à faire connaître notre pays à travers le monde", s'émeut son attachée de presse. Alors que le champion termine de déjeuner, c'est Virenque qui s'est offert en premier aux journalistes. "Alex est un ami. J'apprécie beaucoup l'homme et je suis content de retrouver d'autres coureurs encore en activité. Aujourd'hui, je trouve qu'il manque des cyclistes de son style, qui donnent du rythme à la course." L'ex-grimpeur se tenait prêt à en découdre avec Vino. Vêtu de sa tenue en lycra, il avait déjà garé sa bécane sur la pelouse synthétique de la Brasserie, prête à être enfourchée. 

Un attaquant audacieux 

Puis est arrivé celui que tous attendaient, le médaillé d'or de Londres aux 68 succès, parmi lesquels une Vuelta et trois classiques. En tenue de ville, jean et polo, lunettes de soleil plantées dans ses cheveux clairs, il a pris place sur les canapés blancs. Tantôt en français, tantôt dans sa langue natale, il nous en a dit plus sur sa fin de carrière et sa manière de la vivre. "C'est super d'être à Monaco pour faire la fête avec sa famille et ses amis", a-t-il glissé, timide et presque inaudible. "À un moment, il faut arrêter. Et je crois que c'est le bon moment. Je suis content d'être arrivé jusque-là et de terminer ma carrière sur une bonne note. Champion olympique, c'est difficile d'imaginer mieux. Douze ans après ma médaille d'argent à Sydney, c'était merveilleux de voir les drapeaux kazakhs au centre de Londres. Chaque victoire compte, et pour le Kazakhstan, c'est un immense résultat." 

Malgré ce palmarès, l'homme n'affichait pas de fierté outrancière. Et ce, même lorsque nous lui avons demandé s'il manquerait désormais des coureurs culottés capables de s'engager dans des embardées risquées. "Pas vraiment. Ça arrive encore, regardez Contador quand il a remporté la Vuelta. Mais parfois c'est vrai que les coureurs calculent trop." Il se souvient qu'en 2003, il avait "attaqué tous les jours" et pris le risque de ne pas arriver au bout de certaines étapes du Tour de France. Mais grâce à ces prises de risques, il avait tout de même fait sa place sur le podium en arrivant troisième, aux côtés de Lance Armstrong et Jan Ullrich. Après une carrière glorieuse, bien qu'entachée par le dopage en 2007, le futur s'annonce intéressant pour Vino, nouveau manager de l'équipe Astana en 2013. "Je suis content de commencer ça. Nous avons des coureurs de talent. Maintenant il va falloir les entraîner." Un team d'excellence composé du futur leader pour le Giro, Vincenzo Nibali, 3e du dernier Tour et du champion du monde espoirs, Alexey Lutsenko. 

L'écrémage à la Kazakh

Aux alentours de 14 heures, les coureurs se sont regroupés. Sur la ligne de départ se mêlaient tous les retraités cités plus haut, mais aussi Christopher Froome (2e du dernier Tour) ou encore Philippe Gilbert (champion du monde), excusez du peu ! En avant pour cinquante tours de piste monégasque. Et si Virenque est parvenu à se maintenir en tête de peloton dans les premiers tours, il a rapidement été dépassé par les coureurs Astana. Arborant leur maillot bleu et jaune, ils ont rapidement entamé un écrémage efficace. Deux clans de cyclistes se sont dessinés, les anciens et les vigoureux. Le rythme était très soutenu et les spectateurs impressionnés d'assister à cette course unique. C'est finalement sans surprise que le futur manager d'Astana s'est imposé, poings levés et glorieux, suivi par Philippe Gilbert et Vincenzo Nibali. Un podium prestigieux pour cette journée d'au revoir. "Vino est un exemple pour nous tous ! Il est tombé du vélo, mais il a su remonter. Il a fait preuve de courage durant sa carrière et fait une belle fin avec une médaille olympique !", a déclaré, ému, Umberto Langelotti, président de la Fédération monégasque de cyclisme. Et Vino de conclure cet événement en souhaitant "que les jeunes Kazakhs fassent la même chose (que lui) dans quatre ans".

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