"Les lions ont été mes professeurs"

Le photographe animalier était en Principauté à l’invitation de Monacology et MC.5 Communication pour parler de son engagement écologique. L'occasion d'échanger avec celui qui a photographié pendant de nombreuses années le Paris-Dakar et le tournoi Roland-Garros.

Dsc 0520Son célèbre Cœur de Voh et ses paysages immortalisés en hélicoptère ont fait le tour du monde. Mais tel un chat, Yann Arthus-Bertrand a vécu plusieurs vies. Assistant réalisateur et acteur de cinéma dans sa jeunesse, c'est vers l'âge de 30 ans que sa vie prend un tournant inattendu avec son départ au Kenya. Photographe animalier, de sport mais aussi réalisateur, l'écologiste français a fait de la planète son terrain de jeu et surtout sa grande cause.

Comment êtes-vous venu à la photographie ?

Je voulais devenir scientifique. En France, même sans diplôme, on peut passer une thèse, à condition de trouver un directeur et un projet intéressant... Nous, on était parti en Afrique faire une étude sur les lions. Ma femme écrivait et moi je faisais les images. J'ai vraiment découvert la photographie en étudiant les lions. Pendant trois ans, je les ai immortalisés tous les jours, ils ont été mes professeurs. Je me suis pris au jeu. 

Et la photographie de sport ?

Un jour, mon cousin, qui s'occupait de Porsche, me dit : "est-ce que tu ne voudrais pas photographier le Safari Rally au Kenya ?" J'y ai fait des photos très connues. Comme je venais de la photographie animalière, je travaillais au gros téléobjectif, ce que mes confrères n'utilisaient pas du tout à cette époque. J'ai été l'un des premiers à travailler avec ce matériel et je l'ai amené, avec d'autres, dans la photo de sport. C'est lors du Safari Rally que j'ai rencontré Jacky Ickx, un pilote mythique, qui vit aujourd'hui à Monaco, qui m'a incité à faire le Paris-Dakar. Je l'ai fait, par hasard, plus pour photographier l'Afrique. D'ailleurs, dans mes clichés, la bagnole était vraiment très petite, il y avait toujours le paysage autour. Je vivais une aventure.

Ep P082g   Pascal Maitre

Le sport était votre première passion ?

Le sport ne m'intéresse pas vraiment en tant que sport. Ce qui m'intéressait, c'était surtout de traverser l'Afrique, de voir les beaux paysages et l'aventure humaine que cela représentait. A l'époque, le Paris-Dakar, c'était vraiment une aventure. Pareil pour Roland-Garros, dont j'ai également réalisé le livre pendant très longtemps. C'était plus pour l'aventure humaine des sportifs. Je me souviens très bien des matches mythiques, comme Lendl –Mc Enroe, de ce côté humain, où l'on est un peu comme dans l'arène du cirque à voir deux hommes se battre l'un contre l'autre. C'était assez fascinant.

Ep P080   Pascal Maitre

Une bonne photo de sport, c’est quoi ?

Il n'y a pas de bonne ou de pas bonne photo de sport. Ce qui est intéressant, c'est une bonne image tout court, celle qui amène de l'émotion. Et c'est ce qu'il y a de plus difficile à faire. Et en même temps, c'est très subjectif. Il y a des photos que tu peux adorer et que d'autres détestent. La bonne photo, c'est saisir cet instant incroyable au millième de seconde, cet instant de vie formidable. Ce sont les fameuses photos de Mohammed Ali, toutes ces photos-là sont mythiques.Certains événements sportifs entraînent le grand public à travers de somptueux paysages. 

Le sport peut-il aider à prendre conscience de ces richesses à protéger ?

Je suis atterré que les grands clubs de football ne parlent pas plus d'écologie. Il n'y a rien de moins écolo que ces clubs. Ils voyagent en jet, ne compensent pas leur carbone. Quand tu imagines l'argent dépensé dans le football, la caisse de résonance que c'est… s'ils portaient un message, ce serait génial. Je pense qu'il y a un énorme truc à faire. Le sport ne joue pas assez le jeu sur la prise de conscience écologique. Tous les jours, on parle d'écologie et d'environnement, de la fin du monde. Et on vit dans un déni complet. Quand je suis né, on était 2 milliards, aujourd'hui on est 7,4. Notre croissance est en train d'épuiser les ressources de la Terre. Aujourd'hui, le confort c'est la richesse, on veut tous plus. Mais il faut peut-être y réfléchir. Et le football, qui est peut-être le sport le plus regardé au monde, ne joue pas sa responsabilité. Ce sport a une image de marque inouïe. Dommage que les grands footballeurs ne s'engagent pas plus. On a essayé d'en approcher pour la Fondation (GoodPlanet), mais ça ne les intéresse pas. Ils sont dans un autre monde. C'est dommage.

Votre plus beau cliché de sport ?

Le match McEnroe-Lendl durant mon premier Roland-Garros m'a beaucoup marqué. J'ai été également touché, en Afrique, par ces jeunes motards qui partaient et mettaient toutes leurs économies dans leurs bécanes, qui ensuite tombaient en panne ou se cassaient, et qu'on allait ramasser. Tous ces types perdus, après 10 jours de désert, complètement épuisés et qui parlaient de leur rêve… Nous les photographes, on en ramassait énormément, on donnait un coup de main avec les blessés, il y avait une humanité à cette époque-là sur le Dakar que j'ai adorée. Ce ne sont peut-être pas des photos, mais des moments d'émotions et d'humanité.

Ep P086   Marc Lavaud

Quel sport auriez-vous aimé couvrir ?

J'ai raté la coupe du monde de foot en 1998 car je réalisais "La Terre vue du ciel". J'étais comme tous les Français à regarder avec passion les gens qui se battaient. Je regrette de ne pas l'avoir fait parce que c'était une grande aventure humaine.

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