"Pour performer, nous avons besoin d'investisseurs étrangers"

C'est dans son bureau du Conseil National que Stéphane Valeri nous a chaleureusement accueillis pour se prêter à notre interview 100% sport. A sa façon de nous remercier de lui offrir cette parenthèse dans un planning professionnel chargé, nous avons tout de suite compris que le sport fait partie intégrante de sa vie. D'ailleurs, dès qu'il le peut, il ne manque pas une occasion de venir soutenir les sportifs de la Principauté. Rencontre.

Que représente le sport pour vous ?

Le sport a toujours été important dans ma vie. Jeune, j'ai joué deux ans au football en pupilles à l'AS Monaco, où j'étais inter droit, avant de faire quelques années du tennis au country club. Mais c'est dans le tennis de table que je me suis vraiment investi. J'ai pratiqué ici en terminale, avec l'Omnium Sports, puis à l'Ecole Européenne des Affaires (ESCP Europe), à l'université d'Oxford et de Berlin. J'étais dans les classements départementaux. Je n'ai jamais été un grand sportif dans le sens où je n'ai jamais eu de résultats exceptionnels, mais je me suis investi dans ce sport rapide et très intéressant, qui nécessite une intelligence de jeu… Le sport est également important pour moi en tant que supporter. 

Comme tous les Monégasques, j'ai baigné dans le football. J'en ai passé des soirées dans le kop monégasque ! Je me rappelle notre retour en coupe d'Europe en 1978, contre Malmö, dans notre ancien stade Louis-II. Il y avait une marée de drapeaux rouge et blanc, en-dessous de l’éléphant ! Dans les années 80, le basket était également performant, avant de décliner. On a vécu de belles choses comme la Coupe Korac (ancêtre de l'Eurocup). Par la suite, j'ai d'ailleurs été le vice-président du club amateur, dirigé alors par Roland Biancheri, lorsque nous étions en nationale 4. J'ai été bercé aussi par le rugby, et la grande équipe de France de Jean-Pierre Rive qui gagnait tout, par des moments inoubliables de télévision sportive avec Roger Couderc. Sans oublier, le Grand Prix bien sûr ! 

Je trouve par ailleurs intéressante la montée en puissance actuelle du foot et du rugby féminins. Cela prend aussi en Principauté. Le football féminin est en troisième division et a de très bons résultats. A l'AS Monaco rugby aussi ça pousse. Sous l'impulsion de S.A.S. la Princesse Charlène, il y a la volonté de structurer un beau club de rugby, avec une école de jeunes. On va monter en Fédérale 3, on sent que le club se construit et a de l'ambition. On n'a jamais eu à Monaco une grande équipe de rugby, mais il semble que nous soyons partis dans les prochaines années pour en avoir une.

Y a-t-il de la place pour d'autres équipes professionnelles ? 

Nous sommes une ville de dimension relativement modeste comparée aux grandes capitales européennes. Nos infrastructures ne sont pas infinies. Nous devons donc avoir une vision extra-muros. L'État monégasque a investi dans le stade du Devens, en plein accord avec la mairie de Beausoleil à qui on paie un loyer. Il y a La Turbie, et on partage aussi parfois le stade de Cap d'Ail. Le stade de Moneghetti appartient à Monaco. On est d'ailleurs en pleine restructuration de ce stade. Nous avons rencontré récemment le conseiller pour l'Intérieur Patrice Cellario, en charge de cette réhabilitation, car nous trouvons que le programme du gouvernement manque un peu d'ambition. Nous souhaitons que la surélévation, qui n'était pas prévue initialement sur toute la surface du stade, soit uniforme afin de permettre la création d'un gymnase supplémentaire. 

A Monaco, le bien le plus précieux, c'est l'espace. Quand on a une reconstruction, il faut vraiment tirer le maximum du potentiel. C'est ce qu'on a demandé au gouvernement, qui est d'ailleurs en négociation pour un deuxième terrain au Devens. Après soyons francs, nous n'avons pas non plus le potentiel public pour avoir des équipes professionnelles au sommet, dans toutes les disciplines. Historiquement, c'est le football et le basket. Je pense qu'on a les moyens d'avoir de belles équipes féminines en basket. 

Il faut d'ailleurs dire un mot du Monaco Basket Association d'Éric Elena, qui fait encore un très beau parcours cette année en nationale 1. On est au troisième niveau, pourquoi pas un jour espérer monter en deuxième, en Pro B. Le football féminin peut aller aussi au-delà et arriver à un bon niveau. Peut-être le rugby. Mais, avec tout le respect que j’ai pour ces sports et leurs pratiquants, la sincérité me conduit à dire que je ne crois pas qu'on puisse avoir aussi des équipes professionnelles en handball et en volley. On n'arrivera pas à tout accueillir à Monaco. Il faut être raisonnable et réaliste. Nous n'avons ni les structures d'accueil, ni le potentiel public. 

Sv Profil

Quelle est d'ailleurs votre vision du sport professionnel ?

Il y a toujours cette nostalgie, moi qui aie connu la grande équipe des années 1978 avec le président Campora, d’avoir un club à 100 % monégasque. Mais, à l'époque, on pouvait encore avoir des subventions publiques. Aujourd'hui, les règles ont changé. On n'a pas d'autres solutions, si on veut un modèle performant, que d'ouvrir le capital à des investisseurs. Rappelons-nous d’où on vient. En 2011, on était dernier de Ligue 2. Même si tout n'a pas été parfait, on peut globalement être satisfait : un titre de champion de France, un quart et une demi-finale de champions League. Je crois que le club a tiré les leçons de ce début de saison catastrophique, et j'invite les dirigeants à s'en rappeler. On ne peut pas réussir, sauf miracle, en vendant 6 ou 7 titulaires par an. S'il faut 60 millions de recettes extérieures pour équilibrer le budget, ce n'est pas nécessaire de vendre six joueurs pour 200 millions. Je peux dire de même pour le basket. 

Je suis heureux de voir que les investisseurs ukrainiens ont amené l'équipe - avec le soutien de l'Etat, car on donne 1,5 millions d'euros – à la première place du championnat régulier l'an dernier. On a une grande équipe. Soyons réalistes, nous avons besoin de ces investisseurs étrangers si l'on veut performer à ce niveau-là. 

Et celle du sport amateur ?

C'est très important pour la jeunesse, et toutes les générations d'ailleurs qui pratiquent à Monaco. Pendant la dernière campagne électorale, on me disait parfois que, dans des équipes de 7 / 8 ans, on cherchait déjà la performance absolue et le joueur extérieur au détriment du local. Je ne le comprends pas. Il faut au contraire, au début, favoriser d'abord l'accès des Monégasques et des résidents. On n'a pas besoin d'être premier en pupilles ou en poussins… par contre c'est bien qu'il y ait après une sélection en amateur et particulièrement dans les sports olympiques. On a une élite qui nous représente aux Jeux Olympiques, aux Jeux des Petits États, aux Jeux Méditerranéens... Les classes sport-étude nous y aident. 

Un effort important que l'on doit faire et auquel le Conseil National veut contribuer, c'est de développer les infrastructures qui font défaut aujourd'hui. Le collège Charles-III et l’ancien lycée technique vont bientôt être rasés. Il n'y aura plus qu'un gymnase, quand le nouveau collège sera livré, contre deux actuellement. La piscine sera un peu basse, avec apparemment seulement quatre mètres de plafond. Donc on a demandé au gouvernement s'il ne pouvait pas faire une piscine plus vaste. 

Je suis également déçu que le gouvernement n'ait pas prévu un gymnase dans le nouveau bâtiment de FANB. On m'a dit qu'il n'y avait pas la place, mais il suffisait de faire un étage de plus. Si c'est possible pour des promotions privées, je ne vois pas pourquoi ça ne l'est pas pour l'État. On a raté une occasion. Maintenant, il ne faut pas rater les Moneghetti et mettre plus de places de parkings en sous-sol et un gymnase de plus que prévu. Au Devens, le maire de Beausoleil est ouvert à la négociation, pour un stade supplémentaire pour Monaco, allons-y ! 

Quels sont les trois événements sportifs qui vont ont le plus marqué ?

Je ne peux me limiter à trois ! Il y a mon premier match de coupe d'Europe, auquel j’ai assisté contre Malmö, que j'ai déjà évoqué. Il y aussi avril 2004 et le match retour contre le Real de Madrid du grand Zidane, de Roberto Carlos (4-2 à l'aller, 3-1 à Monaco). C'est un souvenir inoubliable. Il y a eu également le titre de champion de France 2017, avec ce dernier match à domicile et la grande fête après. 

La Coupe du Monde 98 m'a également marqué, parce qu'on avait énormément de joueurs formés et/ou passés par l'AS Monaco dans l'équipe de France : Trézéguet, Henri, Barthès, Petit, Djorkaeff, Thuram. Et aussi, Jean-Pierre Rive, le tournoi des 5 nations, fin des années 70 - début 80 ou encore le 25e anniversaire des Ultras récemment. Bravo à eux, ils ont mis une super ambiance !

Et les trois grands sportifs ?

Roger Federer est incontestablement un grand champion, et un grand monsieur aussi dans la vie. Sa longévité et régularité sont exceptionnelles. Jean-Pierre Rive, aussi, était extraordinaire. Il a entraîné derrière lui cette grande équipe de France par son charisme et son leadership. Et aujourd'hui parce qu'il est monégasque et qu'il incarne l'avenir : Charles Leclerc. Son parcours est incroyable. On rêve tous pour lui, même s'il faut lui laisser le temps, d'une victoire à Monaco et dans le championnat du monde.

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