Repousser pour mieux glisser

La Monaco Bobsleigh Team a connu une saison 2019/20 des plus frustrantes. Si les blessures se sont enchaînées dans les rangs monégasques, Rudy Rinaldi et son coach, Bruno Mingeon, ont su tirer profit de ces mésaventures physiques en enchaînant les tests machines en fin de saison. 

On les avait quittés l'an dernier sur une 9e place aux championnats du monde de Whistler en bob à 2. Une belle performance, leur meilleure à ce jour, après la 10e place obtenue en 2017. La confirmation d'une saison aboutie, aussi bien en bob à 2 que sur un équipage à 4 (avec notamment une 4e place à Saint-Moritz en coupe du monde). Cette saison devait donc permettre à Rudy Rinaldi et sa bande de franchir un nouveau palier, avec, comme toujours, les prochains Jeux Olympiques de Pékin (2022) en ligne de mire. 

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Mais tout ne s'est pas passé comme ils l'espéraient. Méformes, blessures, mauvaises performances, frustration… Autant de mots aptes à résumer l'exercice 2019/20 de la Monaco Bobsleigh Team. "On peut reparler de la saison précédente, ça ne me dérange pas", glisse d'ailleurs, taquin, le pilote monégasque. "Malgré tout, dans cet amas de choses négatives issues de cette saison, il y a quand même eu quelques points positifs à en retirer", relativise Rudy Rinaldi. 

Des corps meurtris

Pourtant, dès le départ, les voyants n'étaient pas au vert. Lors du stage d'avant-saison, les pépins ont débuté. Gêné depuis pas mal de temps par une blessure au pied, Rudy Rinaldi a eu très peur alors que l'hiver n'avais pas encore commencé. "L'été dernier, après une semaine sur la glace, je ne pouvais plus poser le pied par terre." Un problème finalement résolu et qui s'est avéré être le moins important au fil des semaines. "En faisant modifier une paire de basket, sur laquelle on a fait installer des pointes, ça m'a permis de ne plus ressentir de douleurs", confie le pilote monégasque. Si son physique a tenu bon, celui de ses coéquipiers a flanché. 

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Les ischios et le dos de Boris Vain se sont rapidement réveillés, tandis que les soucis musculaires sont venus perturber la montée en puissance de Steven Borges et Antoine Riou. "Avec tout ça et des résultats décevants, on avait décidé de ne miser que sur le bob à 2. En arrivant en Autriche (13-19 janvier), Boris avait déjà bien tiré sur la machine et on fait 13e sur la manche de coupe du monde. Il sort du bob avec le dos tordu, il n'arrivait même plus à marcher. On a donc dit stop." Si les corps ont été mis à rude épreuve, les esprits ont eux aussi été heurtés cette saison, la faute à des résultats en deçà des attentes des Monégasques. 

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"Après notre belle année sur le bob à 4, on misait énormément dessus. Mais on a vite déchanté. On a pris une claque d'entrée sur le B4, où il nous a tout manqué, que ce soit la vitesse, la poussée ou la glisse. Et même à deux, si la poussée était bonne, on a eu des problèmes de vitesse."  Face à ces mauvais résultats et aux multiples blessures, la décision a été prise de mettre un terme prématurément à la saison. Mais pas question pour autant de partir en vacances. "Cela va nous permettre à tous de soigner nos bobos pour revenir en forme. Personnellement, je me suis arrêté sans pépin et ça faisait longtemps que ça ne m'était pas arrivé. Et on a aussi décidé d'user de ce temps entre la fin de saison et la préparation de la prochaine pour faire des tests."

A la recherche du bonheur

Là où les autres équipes se permettent d'essayer de nouvelles choses sur les manches de coupe d'Europe ou de coupe du monde, les Monégasques, eux, préfèrent généralement ne pas s'y risquer. "On en a discuté avec Bruno et j'ai insisté auprès de lui pour que l'on rentabilise ce temps (en cas d'arrêt de la saison en avance) en faisant des tests. Le but est d'arriver à l'orée de la prochaine saison avec des corps bien retapés et du matériel au top", confie Rudy. Une nouveauté pour le crew monégasque. Au programme donc, trois semaines de stage durant lesquelles les essais ont été nombreux (Allemagne, Autriche et France, à La Plagne, pour finir). 

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A raison de 4 à 5 descentes par jour (soit une vingtaine par semaine), de quoi prendre le temps de noter ce qui marche, ne marche pas mais aussi d'affiner les réglages. En compagnie de Bruno Mingeon, le coach des bobeurs de la Principauté (ancien pilote médaillé olympique avec l'Équipe de France), Rudy Rinaldi a ainsi tenté de nouvelles choses. A commencer par un bob. "C'est une copie de celui utilisé par les Suisses. Il est différent du mien, notamment au niveau de la direction, car celle-là est reliée directement aux patins et je sens beaucoup plus de choses. L'angle est aussi différent. Comme en F1, on peut le modifier pour avoir un bob penché vers l'avant ou l'arrière. Le mien est orienté vers l'arrière, celui des Suisses est à zéro. Ce qui a pour effet d'avoir une entrée en virage moins agressive par exemple", détaille le pilote monégasque. 

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Et cette machine semble plutôt bien correspondre aux qualités naturelles de Rudy. "Il y a plus de retours, je me suis vraiment éclaté avec celui-là, je me suis senti plus libre". De quoi faire naître quelques envies, même si les tests se sont ensuite poursuivis jusque'à La Plagne, où le duo s'est essayé sur la création de Bruno Mingeon. Mais l'histoire ne s'arrête pas là. Si les essais ont pris fin aux alentours de la mi-mars, restait ensuite à analyser le tout. Voir dans quelles conditions tel ou tel bob peut leur permettre de grappiller ces millièmes, centièmes ou dixièmes de secondes qui pourront faire basculer l'équipage monégasque là où ils aspirent à être.

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 "Sur les trois pistes où nous sommes allées, on sait que le nouveau bob suisse semble aller plus vite. Bruno a déjà pris sa décision, mais c'est vrai que j'ai du mal à me faire à l'idée de me séparer de mon bob. On a réussi à faire de très belles choses avec, même si rien ne s'est réellement concrétisé. Mais je pense qu'il va falloir prendre le risque de changer. Après 5 ans passés sur le même bob, c'est sans doute le bon moment, d'autant plus que c'est deux ans avant les Jeux. Si jamais ça venait à ne pas marcher, ça nous laisserait encore un an avant les JO pour trouver la bonne formule.

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Un nouveau bob devrait donc venir renforcer l'équipe, ainsi que de nouveaux patins, comme l'explique Rudy Rinaldi. "On part sur deux nouvelles sortes, l'idée étant de trouver le juste milieu entre des gros et fins, afin de gagner sur la poussée et en stabilité sur la piste." De nouveaux éléments qui pourraient permettre à Rudy et sa bande d'atteindre leurs prochains objectifs. "Je veux qu'on fasse quelque chose aux championnats du monde à Lake Placid. Si on réussit à tout régler par rapport à ce qu'il s'est passé ces quatre dernières années, à garder ce qui allait, à enlever ce qui n'a pas marché, on peut faire un gros truc."

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