"Peu importe la destination seul le voyage compte"

Président des Aéronautes de Monaco, Alain Cruteanschii n'est pas facile à voir. La faute à de nombreux déplacements pour ses vols en ballon. Mais aussi aux développements perpétuels qu'il apporte à sa discipline.

Le projet d'un ballon écologique ne date pas d'hier. Après plus de 3 ans de tractations, Alain Cruteanschii et son club ont finalement réussi à mener à bien leur projet, et ce malgré une période de doute. Et grâce à ce nouveau support, de nouvelles compétitions et de nouvelles activités pour le club vont prochainement voir le jour.

Mener à bien un projet de si longue date a dû vous procurer une grande satisfaction ?

Oui, totalement. Au départ, nous voulions offrir un ballon à Monaco avec ses couleurs. Le seul soutien que nous avons trouvé a été la SBM. Notre collaboration a duré 8 ans et s'est très bien passée. Puis tout s'est arrêté lors d'un changement de direction. On s'est alors retrouvé un peu démuni et on a vainement essayé de trouver des financements avec Monaco pour un ballon écologique. Au bout de trois ans, l'Etat monégasque nous a dit non. Et au moment où j'ai eu ce non définitif, il nous a fallu seulement 14 jours pour dénicher un sponsor privé, le champagne Jeeper, qui a trouvé notre démarche intéressante et qui correspond aussi à leur philosophie. 

Qu'est-ce que ce ballon écologique apporte aux Aéronautes de Monaco ?

Déjà, une renommée mondiale. Être l'équipe nationale monégasque, c'est quelque chose. Être soutenus par une marque de champagne haut de gamme, c'est un vrai plus pour nous, d'autant qu'il y a une vraie histoire entre le champagne et la montgolfière (voir encadré). 

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Pourquoi avoir choisi de présenter cette montgolfière écologique au Grimaldi Forum en janvier dernier ?

Dès que la montgolfière est sortie d'usine, on s'est aperçu qu'à Monaco, il n'y avait pas que des gens qui voulaient nous bloquer, mais qu'il y en avait aussi des supers, comme Sylvie Biancheri, qui nous a accueilli à bras ouverts pour la présentation de notre ballon. Elle a mis à notre disposition la verrière du Grimaldi Forum et on a pu montrer au monde ce qu'on faisait, quelle était l'évolution de la montgolfière, son passé mais aussi son futur. Ils nous ont aidés pour la scénographie, ça a été un très grand succès. Ils ont une vision très différente de la nôtre parce que nous avons un œil très technique tandis qu'eux voient les choses de façon plus artistique. On a aussi eu la chance d'avoir la météo avec nous, ce qui nous a permis de gonfler le ballon sur l'esplanade à deux reprises. 

Comment s'est mis en place le décollage depuis la place du Palais ?

Depuis le début, Monseigneur nous soutient. Il nous a donné l'autorisation de décoller devant le Palais, donc on a attendu, car la montgolfière, c'est l'école de la patience. On avait un créneau de six semaines pour décoller et on a pu le faire l'avant-dernier jour. La chance qu'on a, c'est que, comme pour le Grimaldi Forum, on a été super bien accueilli par les carabiniers, les pompiers, le Colonel Fringuant. Quinze jours avant le grand vol, on a eu une journée sans vent et on a fait une répétition générale de nuit, parce qu'il était important que toutes les personnes qui n'avaient jamais vu de montgolfière voient comment ça fonctionne, le volume que ça représente, la façon dont c'est attaché, etc. Et nous avons eu une petite surprise. 

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C'est-à-dire ?

On a eu le privilège de voir arriver Monseigneur, et on a passé une quinzaine de minutes ensemble. On est monté à 15-20 mètres d'altitude, c'était un moment très agréable. Et lorsqu'il nous a demandé où est-ce qu'on prévoyait d'aller, on lui a dit que la destination importait peu, parce que seul le voyage compte. C'est une philosophie qui nous correspond bien. On a une vague idée d'où on va, mais l'important, c'est la découverte du voyage.

Qu'est-ce que ce décollage et le vol qui a suivi, depuis le place du Palais, vous a apporté ?

Une aura internationale. On est connu et invité dans le monde entier. Tout le monde veut nous voir, veut savoir ce qu'on fait. Beaucoup de pilotes s'interrogent. Notre philosophie est de nous dire qu'on est des bêta-testeurs, on investit, on mouille la chemise pour montrer que ça marche. On est parti du principe simple que si le double-vitrage marche chez vous, il marchera aussi pour la toile du ballon. L'exemple qu'on montre est applicable dans plein de domaines. Mais notre objectif est clair. Le but est de faire passer l'idée aux pilotes que lorsque leur ballon arrive en fin de vie, ils vont peut-être payer l'enveloppe un peu plus cher en passant au ballon écolo, mais ils vont participer à la préservation de la planète, réduire leur consommation de gaz de 60 à 70%, donc l'argent investi à l'achat sera retrouvé par la suite et ils vont aussi augmenter la sécurité aérienne.

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Ce ballon écologique peut-il ouvrir de nouvelles activités pour les Aéronautes de Monaco ?

On aimerait proposer aux membres du club un voyage extraordinaire, avec un décollage de Monaco. Mais l'argent ne suffira pas. Bien sûr, ce sera cher, parce que c'est compliqué à organiser et cela reste exceptionnel. Jeeper nous aide, mais on ne boucle pas notre budget uniquement avec eux. Il nous faut trouver des sources de revenus pour le club. Et ces vols se feront au départ de Monaco, dureront de 5 à 8 heures, essentiellement entre octobre et avril. L'idée est de monter à 6 000 mètres d'altitude et plus, où on trouvera des températures avoisinant les -30°, voire plus. Ce seront des vols extraordinaires.

Compte tenu de l'altitude, de la durée du vol et des températures, une préparation sera nécessaire pour les personnes souhaitant y prendre part ?

L'argent ne suffira pas, en effet. Il faudra remplir plusieurs conditions pour y prendre part. La première sera d'intégrer le club. Il y aura ensuite un bilan médical à faire, avec un test d'efforts, etc. Une préparation physique complète sera aussi à réaliser, au club Thirty-nine, avec lequel on a un partenariat. Les coaches feront ainsi une préparation physique et mentale à ceux qui désirent prendre part à ces vols avec, notamment, des exercices en atmosphère raréfiée, grâce aux chambres d'altitude que possède le club. Ce qui est intéressant pour augmenter la capacité à résister à l'hypoxie.

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Pourquoi ?

L'hypoxie est un mal pernicieux. En altitude, si votre système d'oxygène est défaillant, vous seul pouvez le constater. Si votre rythme cardiaque et votre fréquence respiratoire augmentent, que votre champ visuel se restreint, c'est que vous entrez en hypoxie. Et comme ces vols se feront avec un système d'oxygène pour chacun, à cause de l'altitude, il faut être capable d'identifier ces signaux pour réagir en fonction et basculer sur le masque de secours. Les vols seront réalisés à trois, avec un pilote et deux passagers. 

Combien de temps prendrait cette préparation ?

Il faudra compter environ 4 semaines à raison de 2 à 4 heures par jour. Les passagers devront aussi venir faire une initiation au pilotage. Cela simplement parce qu'un pilote peut avoir un problème, comme un AVC ou une crise cardiaque. La force de l'aéronautique, ce sont les systèmes redondants. Tout est en double, sauf le pilote. Il faut donc les former un minimum afin qu'ils soient capables d'assurer un impact au sol acceptable lors de l'atterrissage en cas de défaillance du pilote. Ce genre de vol n'est pas un tour de manège et chaque passager fait partie de la sécurité du vol. 

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En terme de compétition, comment cela se passe avec un ballon écologique ? 

Avez-vous des courses dédiées ?A l'heure actuelle, une seule compétition est réservée aux ballons écologiques, le Balloon Concept Challenge (BCC). J'ambitionne, si je trouve les financements, d'organiser une course à Monaco qui ne serait ouverte qu'aux ballons écologiques. Ce serait une course plus simple à comprendre pour le public que pour le BCC, où c'est un calcul savant entre le temps de vol, la consommation spécifique et la distance parcourue, un peu comme la course Shell où il faut faire le plus de kilomètres possible avec un litre de carburant. Alors que moi, je voudrais faire une course de vitesse écologique.

Idéalement, comment se présenterait-elle ?

Ce serait une course de 5 heures de vol et on voit où on arrive. Cela impliquerait donc de vrais choix stratégiques, à savoir monter vite et trouver rapidement une couche d'air qui va vite, s'y maintenir avec pour but de parcourir la plus grande distance possible en 5 heures. Cela en sachant qu'on partirait avec 7 à 8 heures de carburant. Mais pour la mettre en place, il va me falloir trouver des financements. On a déjà des appels du pied, compte-tenu de notre renommée, de la part de grandes villes françaises qui voudraient qu'on fasse quelque chose chez eux, mais j'aimerais que ça se passe à Monaco. 

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Un brin d'Histoire

Le champagne et le monde de la montgolfière sont tous deux très liés. Pour trouver l'origine de cela, il faut remonter aux débuts des vols en ballon. Au XVIIIe siècle, les pilotes de montgolfières avaient ainsi pris l'habitude d'embarquer avec eux une bouteille de champagne afin d'en sabler une coupe (avaler d'un trait) à l'atterrissage. Et ce que ce soit avec leurs passagers mais aussi avec les propriétaires des terrains où ils se posaient.