Le vol écolo', c'est gonflé !

L'année 2018 commence plein gaz pour les Aéronautes de Monaco. Avec leur nouvelle montgolfière écologique, le club de la Principauté entend bien montrer que le futur est à la portée de tous et tracer la voie pour les nouvelles générations.

Alain Cruteanschii est un président heureux. Le virage vers un sport plus propre qu’il ambitionnait depuis quelque temps a finalement eu lieu. Les Aéronautes de Monaco viennent en effet d’accueillir leur tout premier ballon écologique. Une arrivée qui méritait bien une présentation en grande pompe début janvier sous la coupole du Grimaldi forum. C’est le début d’une nouvelle ère qui commence enfin pour le club de la Principauté.

Bond dans le futur

Depuis la fin de la subvention de la SBM en 2016, le président monégasque était à la recherche d'un nouveau partenaire pour lui permettre d'engager son virage écologique. Et c'est finalement grâce à une marque de champagne française que le projet a pu se concrétiser. "Deux nouveaux membres sont des jeunes canadiens installés à Monaco. Ils ont créé une société de distribution d'alcool et sont dépositaires de la marque Jeeper. Ils m'ont présenté aux dirigeants, qui nous ont suivis, sans même avoir vu un ballon de leur vie, emballés par notre démarche écologique", souligne le président. Car entre le club et l'entreprise, l'engagement est le même. "C'est une belle société qui met l'écologie en avant et dont les méthodes de culture sont écologiques. Cela a du sens qu'elle devienne notre sponsor." 

Partenaire en poche, tout s'est très vite enchaîné pour les Aéronautes. Et c'est finalement en décembre dernier qu’Alain Cruteanschii a pu aller chercher son nouvel aéronef à Barcelone, où est située l'usine Ultramagic. Une entreprise pionnière dans cette technologie et qui a confectionné les neuf ballons écologiques qui existent aujourd'hui à travers le monde. Au total, deux mois de travail auront été nécessaires pour assembler la nouvelle monture de 27 mètres de haut et 20 de diamètre. "C'est très rapide", explique le président. "Il n'y a pas de robots, à part la table à découper. Tout le reste est à la main. Une couturière a cousu tout le ballon, ce qui représente 160 kg de tissus !" Et la plus grande partie de cette évolution technique réside justement dans ce tissu. Exit le nylon classique rip stop, appelé aussi toile de parachute, qui équipait jusque-là les ballons. 

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L'enveloppe de ce modèle écologique réalisée dans des matériaux d'avant-garde est doublée, et reprend le principe du double vitrage. Entre les deux épaisseurs, une couche d'air de six centimètres permet d'éviter la déperdition de chaleur, permettant ainsi d'économiser 70% de carburant. "C'est un ballon de deuxième génération. La première n'avait que quelques millimètres d'air entre l'enveloppe intérieure et extérieure. Et cela fait une grande différence", précise le pilote, qui ambitionne même "90 % d'ici à 10 ans". En clair : 6 kg de propane à l'heure contre environ 18 kg pour une montgolfière écologique et 60 kg pour les "traditionnelles". Il faut dire qu'au-delà même de la voile, les nombreuses innovations technologiques autorisent à viser toujours plus haut. 

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"Par rapport à un ballon de la même taille monocouche, ce nouveau modèle n'a pris que 20 kg, ce qui n'est pas énorme. Le surplus de poids de la voile a été compensé avec les matériaux nouveaux plus légers de la nacelle et de nouveaux brûleurs qui ne pèsent que 14 kg." La nacelle a ainsi subi une cure d'amaigrissement en troquant l'osier et le cuir pour du téflon, de l'inox aéronautique et du tissu Cordura. Par ailleurs, Ultramagic continue d'approfondir le concept, notamment avec de nouvelles bouteilles de gaz qui pèseraient trois fois moins que les 18 kg actuellement, à vide.

Pionnier

Mais le très actif président des Aéronautes de Monaco ne compte pas s'arrêter en si bon chemin. "J'ai une idée par heure, par minute. C'est vraiment excitant d'être à la tête d'un mouvement pionnier", confirme ce passionné, qui explore toutes les pistes pour réduire l'empreinte carbone de son sport. "Pour remplir d'air froid le ballon, nous utilisons des ventilateurs alimentés par des moteurs à essence. On travaille avec MC-Clic pour adapter des engins électriques à la place, qu'on pourrait recharger en tapissant la remorque de batterie solaire." Poussant plus loin la réflexion, le véhicule du club a été changé… en attendant mieux. "On est passé du 4x4 diesel à l'essence, mais qui est aux normes californiennes, avec double catalyseur. Maintenant, on met au défi les constructeurs automobiles de nous offrir un véhicule puissant, sept places, 4x4, car on a des charges à transporter, les équipiers et les passagers. On a besoin d'aller chercher le ballon quand il se pose dans un champ. Le tout électrique n'a pas assez d'autonomie. On aimerait trouver un constructeur qui nous propose un véritable véhicule hybride fonctionnel."

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Le patron des aéronautes monégasques s'est également fixé un autre défi, encore plus ambitieux. "En ce qui nous concerne, on veut continuer à montrer au monde que, premièrement, quand on veut on peut et que notre technique fonctionne. On a 50 000 pilotes de montgolfière à convaincre que l'avenir est là et pas dans les passoires thermiques que sont les ballons actuels", explique Alain Cruteanschii. "Nous sommes aux premières loges pour constater les effets du changement climatique. On traverse des fois des choses incroyables, des inversions de températures à des altitudes où il devrait faire froid, on voit les effets de la pollution sur les villes… La météo a changé en 20 ans. Avant on n'avait pas le choix. Pour moi, avec la technologie existante, il n'est plus acceptable de consommer autant de carburant pour notre activité."

Monaco point d’envol

Aujourd'hui, de nouveaux horizons s'ouvrent ainsi pour les Aéronautes. A commencer par celui de la Principauté. "En gros, pour décoller, il nous faut deux terrains de tennis, et pour atterrir, trois stades de foot. Quand on décolle, on monte tout droit, alors que quand on atterrit, nous avons une trajectoire plus horizontale, on a besoin d'avoir du dégagement devant nous. On cherche notamment des champs", explique le président du club dont la base d'entraînement est à Mondovi, en Italie. Du fait de l'autonomie de 3 heures de leur précédent dirigeable, ils ne pouvaient prendre le départ depuis Monaco. Le Jeeper peut quant à lui voler 9 heures durant, comme ils ont pu le vérifier lors de leur victoire au 1er Balloon Concept Challenge (une "Eco Race" ayant eu lieu à Neufchâtel en février 2017). 

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Du coup, Alain Cruteanschii ambitionne déjà de le faire décoller de la Principauté dans les prochaines semaines. Et pourquoi pas, s'il obtient l'autorisation, depuis la place du Palais, pour "marquer l'histoire. Ce serait le premier vol au départ de Monaco. On partirait pour un vol qui durerait entre 6 et 10 heures selon la direction des vents. Lorsqu'ils nous poussent vers l'Italie, ils pourraient nous amener vers Milan, Turin, Venise, dans un cercle de 500 km autour de la Principauté." En attendant, pourquoi pas, d'organiser ses propres compétitions. Un souhait cher au président.

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