Un esprit vif dans un corps sain

Les sapeurs-pompiers de Monaco sont un corps d'armée. Parallèlement à leur métier de soldat du feu, ils sont aussi d'émérites athlètes. Focus sur une pratique du sport au service d'une profession.

Il est encore tôt lorsque l'on met un pied à la caserne de la Condamine. 8 h 30 approche et le rassemblement avec. La vérification des engins touche à sa fin. En rangs serrés, organisés par véhicule, les soldats du feu, comme on a tendance à les appeler, donnent tour à tour les indications nécessaires concernant le check-up. Un point est rappelé par rapport à l'épidémie de coronavirus qui s'abat alors sur le monde et touche, à ce moment-là, plus durement l'Italie, la France et Monaco. Tout le monde se dirige ensuite vers la salle de sport de la caserne. Le but ? Prendre part à la séance de sport matinale. 

Img 9733

"Généralement, on met en place une séance dirigée s'il y a trop de monde en même temps. On est 35 de garde, mais il n'y a que rarement les 35 d'un coup. Là, comme ce matin, c'est une séance libre après un échauffement qui peut être collectif", glisse le sergent-chef Fabrice Gillet, chef de garde ce jour-là. Et des séances de ce genre, les pompiers en ont tous les matins. Il faut dire que, dans leur métier, être en forme et presque une obligation. Comme pour réussir l'exercice de la planche, où ils doivent, d'un saut suivi d'une traction, hisser le haut de leur corps sur une planche située à 2,40 m du sol. 

Dur dur d'être un novice

"Si une personne, pas du tout sportive, souhaite intégrer le corps des sapeurs-pompiers de Monaco, à moins d'avoir des capacités exceptionnelles, ça risque d'être très compliqué", glisse, diplomate, le capitaine Yann Payen. Lorsque l'on souhaite parler sport au sein des pompiers de Monaco, le capitaine Payen est sans doute la personne idoine. Également triathlète, il s'occupe du Bureau Formation, Instruction et Sport. 

Img 1526

"Du point de vue sportif, cela concerne l'entretien, la préparation physique et les tests." Pour intégrer le corps, un minimum au niveau physique est forcément requis, l'une des spécificités du métier de pompier étant d'avoir une condition physique supérieure à la moyenne. "Notre rythme de travail, avec le sport quotidien à la garde, nous le permet et nous l'impose", ajoute Yann Payen. Comme pour leur entrée, les pompiers sont ensuite testés, une fois par an, au travers d'épreuves physiques et sportives. Nage, course, endurance, vitesse, force, il y en a pour tous les goûts. La grille de notation est d'ailleurs évolutive en fonction des âges. "Sur ces épreuves annuelles, nous avons l'exercice de la planche, un 2 000 m, ou du foncier à partir d'un certain âge", détaille le capitaine Payen. 

Img 1382

"Nous avons un code couleur pour la notation des personnels. Bleu, vert, orange et rouge. Si quelqu'un est dans le rouge, nous ne le virons pas (sourire), mais nous le recevons et l'accompagnons, le conseillons. Il y a des choses que nous ne pourrons pas faire à sa place, mais nous allons fixer des objectifs sur un mois, deux mois et à l'issue de cela nous rendons compte au chef de corps." Si le physique est important, il n'est pas non plus question d'être des athlètes de haut niveau. "Nous ne sommes pas le bataillon de Joinville. J'aime à reprendre cette expression d'un ami, 'Un bon pompier est un bon sportif, mais un bon sportif ne fait pas forcément un bon pompier'. Et on s'entretient tous les jours pour ça." 

Img 1520

Page 1/2

Vous aimez cet article, partagez-le :

   
Photos

Fabien Ray - 28 ans AS Monaco triathlon

Il a rejoint le corps des sapeurs-pompiers de Monaco il y a six ans. "Le 3 mars 2014 exactement", précise-t-il fièrement. Déjà pompier avant d'intégrer la Principauté, Fabien Ray a rapidement choisi sa voie. Footballeur chez les jeunes, il a ensuite tout arrêté pour porter l'uniforme. D'abord en tant que pompier volontaire, puis en tant que pompier. "Je faisais du sport, mais en vue du concours d'entrée et pour l'exercice de mon activité", glisse celui qui est arrivé au triathlon un peu par hasard. "Je courrais avec des collègues, d'autres roulaient. L'un d'eux vendait son vélo, alors je l'ai acheté et j'ai commencé le cyclisme. Ça m'a bien plu. Deux amis faisaient l'Embrunman, qui tombait cette année-là le jour de mon anniversaire. Je me suis dit 'pourquoi pas', et j'y suis allé." Et ça a été le déclic pour Fabien. "J'ai adoré l'ambiance, du coup j'ai pris une licence ici." Résultat, des triathlons, et une pratique assidue, souvent en compagnie des collègues. "On a un groupe whatsapp intitulé 'nager/rouler/courir', donc ça permet de se retrouver." Qui a dit que le triathlon était un sport individuel ?


Franck Giusta - 40 ans Union Cycliste de Monaco

Sans doute un des plus beaux palmarès des pompiers de Monaco. Champion de France et vice-champion de France de contre-la-montre pompiers, Franck Giusta a également été vice-champion du monde pompier de la discipline. De belles performances auxquelles il faut ajouter ses trois participations aux Jeux des Petits Etats d'Europe (2011, 2013 et 2017), pour deux 7e places en 2011 (Liechtenstein) et 2013 (Luxembourg). Cycliste depuis plus de 25 ans, il est aussi désormais le président de l'Union Cycliste de Monaco. "J'ai pris la présidence en janvier dernier, en accord avec Umberto Langellotti, le président de la Fédération", précise Franck. Très enthousiaste à l'idée de développer ''son'' club, le néo-président débord d'idées. "J'ai des idées pour le club, je sais qu'Umberto me suivra. On aimerait faire venir plus de jeunes et mettre en place une école de cyclisme. On a aussi la section VTT qui bouge pas mal. Les U23 sont notre vitrine, mais je veux de tout. Il faut de tout pour faire un monde et il faut de tout pour faire un club. Nos U23 sont notre point fort, mais je veux aussi qu'on garde le monsieur tout le monde."


Sébastien Boulanger - 28 ans AS Monaco athlétisme

Spécialisé sur les courses de demi-fond, Sébastien Boulanger est rentré chez les pompiers de Monaco il y a trois ans, où il a rejoint son frère, Damien. Tous deux fils de pompier, Sébastien a d'abord choisi l'armée, où il a débuté comme sous-officier en combat d'infanterie. Notamment déployé au Liban, celui qui a longtemps évolué comme footballeur - "j'ai d'ailleurs fini ma carrière à 15 ans à l'AS Monaco (rires)" - s'est rapidement tourné vers le demi-fond. "A l'armée, courir, c'est le plus simple, et c'est même le sport numéro un, notamment à l'infanterie. J'ai découvert pas mal de choses, après c'est un cercle, tu t'y intéresses un peu, ton frère court aussi, donc on échange aussi et on devient rapidement des passionnés", explique Sébastien Boulanger. Ce dernier a d'ailleurs réussi à battre tous ses records en 2019. "En janvier, à la Prom'Classic, j'ai battu mon record sur 10 km (34'16), puis lors du semi-marathon de Barcelone (1h16'30). Ma préparation était orientée sur le marathon de Paris, que j'ai réussi à finir en 2h40. Je ne pensais pas que je serais allé aussi vite".