Les Echecs, un sport comme les autres

A l'occasion du Grand Prix féminin d'échecs, qui s'est tenu du 3 au 15 octobre dernier au Casino de Monte-Carlo, nous nous sommes intéressés de plus près à cette discipline qui, depuis près de vingt ans, est reconnue comme un sport.

Des échecs dans le magazine de sport de la Principauté ? Ne cherchez pas l'erreur. Les échecs sont considérés comme un sport, au même titre que le football, le basket ou la natation. Reconnue depuis 1999 par le Comité International Olympique comme un "mind sports" (sport de l’esprit), même si elle ne figure pas au planning des compétitions olympiques, la discipline est même dotée de fédérations nationales et internationale. 

"C’est vrai que ce n’est pas évident. Dès qu'on parle des échecs, on pense à un jeu en famille, il y a souvent des gens qui jouaient avec leur grand-père...", concède Almira Skripchenko (n°39 Mondiale), capitaine du Cercle d’Echecs de Monte-Carlo (CEMC), avec qui elle a remporté à cinq reprises la coupe d’Europe des clubs. "Alors lorsque l'on fait des recherches, on s'aperçoit qu'il y a tout un monde, un championnat du monde, un classement des meilleurs joueuses et joueurs. On réalise également que l'effort physique, signe du sport, est nécessaire pour jouer des tournois d'échecs qui sont très éprouvants".

Un rythme cardiaque de sports extrêmes

Et si la discipline n'est pas une "activité physique" au sens propre du terme, l'endurance, la concentration, la réactivité et la technicité, que l'on retrouve dans toutes les disciplines sportives, sont, elles, bel et bien au rendez-vous. Malgré le calme qui se dégage des joueurs devant leur échiquier, les apparences sont trompeuses. "Le rythme cardiaque, notamment au moment crucial de la partie, correspond à celui des sports extrêmes. C'est une discipline qui engendre tellement d'adrénaline. Les joueurs d'échecs passent leur temps en silence, toutes les émotions sont comprimées. C'est une forme de concentration comparable à ces pratiques", explique Almira, qui est également sextuple championne de France et championne d’Europe 2001. 

Et avant chaque partie, c'est toute une préparation en amont qui s'élabore et se peaufine. "C'est une recherche scientifique : il faut analyser les parties, travailler avec l'ordinateur et regarder la base de données accessible à tous afin de mieux comprendre l'adversaire et d'avoir un avantage sur lui. On essaie de pousser la recherche des meilleurs coups dans la position la plus loin possible", confie Almira qui, en amont du Grand Prix féminin de la FIDE (Fédération Internationale des Échecs), a suivi un stage de préparation, avec un entraîneur. "Nous avons travaillé de 6 à 8h par jour. C'est important de remettre le cerveau en route, il faut faire des exercices, comme dans les autres domaines sportifs"

Une véritable gymnastique du cerveau donc, auquel les joueurs doivent inévitablement combiner le travail du corps. Car l'endurance est bien le maître-mot de cette discipline dont les compétitions sont généralement très étalées. "Les tournois d'échecs sont longs, de 9 jours à 2 semaines. Nous faisons des parties tous les jours. Il faut être très performants physiquement, c’est pourquoi on court, on fait de la natation, de la marche. Cela fait partie des éléments nécessaires pour être un bon joueur d'échecs", souligne la championne. 

Et ces parties quotidiennes peuvent durer jusqu'à six heures, à raison d'un minimum de 40 coups en deux heures pour chaque joueuse. "En moyenne, une partie comprend entre 40 et 55 coups. Dès que l'on dépasse les 50 coups, cela représente déjà quelques belles heures de jeu puisque pour arriver aux 40 coups, elles épuisent déjà 4h de jeu", souligne Jean-Michel Rapaire, président de la Fédération Monégasque des Echecs. Ensuite, chaque joueuse ne bénéficie plus que de trente secondes par coup, le temps devenant un facteur de stress supplémentaire. "Tout le corps est mobilisé. Vous avez déjà joué pendant des heures. Il y a la pression du temps, parfois le cerveau se déconnecte, mais il faut continuer et garder tous ses réflexes et ses aptitudes pour ne pas perdre. C'est là où on voit les meilleures".

D'autant qu'une fois la partie terminée, le travail des joueuses est lui loin d'être fini. Il faut analyser la partie, mais surtout faire descendre la pression et préparer la rencontre du lendemain. Et pour cela, "à chacun son modus operandi. Certains marchent, font du yoga, des exercices respiratoires. Je me suis beaucoup intéressée aux techniques des sportifs des autres disciplines afin de pouvoir les appliquer et les adapter aux jeux d'échecs", souligne la capitaine de l'équipe monégasque qui, elle, s'est dans un premier temps tournée vers le footing avant de s'orienter vers la marche à pied.

Face au Top 10 du circuit mondial

Côté longévité, les joueurs d’échecs ne sont pas des athlètes comme les autres. "On peut jouer autant qu'on veut. Comme dans les autres sports, cela dépend beaucoup du capital énergie. Certes, on ne court pas mais la préparation, les parties et les a-côtés nécessitent une grande force physique. Après, le regard que l'on pose sur le jeu peut évoluer. Mais il y a des grands joueurs qui continuent jusqu'à 80 ans", explique Almira. "Généralement, c'est plutôt entre 15 et 35 ans", tempère toutefois Jean-Michel Rapaire. Lors de cette première manche du Grand Prix féminin de la FIDE, la moyenne d'âge se situait d'ailleurs aux alentours de 30 ans, avec aux extrémités la jeune Iranienne de 18 ans Sarasadat Khademalsharieh et la Suèdoise Pia Cramling, 52 ans. "Dans le circuit féminin, cette dernière est encore dans les dix premières mondiales, c'est exceptionnel", souligne Jean-Michel Rapaire.

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