Le retour de la pêche sportive

Il y a un peu plus d'un an, la Fédération de Pêche en Mer de Monaco a vu le jour. Créée par deux jeunes passionnés de la Principauté, sa portée est aussi sportive qu'écologique. Un partenariat a notamment été noué avec la Fondation Albert II à propos de la sauvegarde et de l'observation du thon rouge.

Des pêcheurs au large de Monaco, s'adonnant à leur passion, sans pour autant être des professionnels. Une image que l'on pourrait de nouveau revoir régulièrement. Un concours a d'ailleurs eu lieu début août (voir p. 54-55). Chose qui n'était pas arrivée depuis plus de 20 ans. Si cela a pu se faire, c'est parce que la Fédération de Pêche en Mer de Monaco a vu le jour il y a un peu plus d'un an. Ou plutôt, a revu le jour. Au départ de l'action, deux passionnés de pêche, David Gamba (photo du haut), président, et Guillaume Benoît (photo ci-contre), vice-président. "Quand les restrictions sur le thon rouge sont tombées il y a plusieurs années, les personnes qui organisaient les concours ont décidé d'arrêter. Lorsque l'on a lancé les démarches, on nous a conseillé d'en recréer une", précise le vice-président de la FPM. 

Une histoire de passion

Tous les deux sont relativement jeunes, puisqu'ils sont âgés de moins de 30 ans. Mais pourquoi relancer une fédération de pêche à Monaco ? "Parce qu'on est deux passionnés, on voulait ramener les compétitions en Principauté. Jusqu'à présent, on allait ailleurs pour y prendre part, mais on recherche surtout la convivialité, le partage, avoir quelque chose de vivant et réunir des pêcheurs", explique Guillaume Benoît. En créant la FPM, le duo a également repris le club en main, l'Association des pêcheurs de Monaco. 

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Un bon moyen, aussi, d'œuvrer à changer l'image véhiculée par certains pratiquants. "Chaque passionné veut mettre en avant ses valeurs. On a tous des affinités avec certains sports et on n'aime pas qu'une passion soit décriée. Et il ne se passe pas une semaine sans qu'une nouvelle loufoque nous arrive. En tant que passionné, je m'offusque de certains comportements qui se répercutent sur les amoureux de la discipline, parce qu'on ne retient souvent que les mauvais. Cette passion, on la relance, on relance la Fédération et on a eu un soutien énorme", note de son côté David Gamba. 

Un partenariat avec la Fondation Albert II

En remettant la pêche, et la pêche sportive, au goût du jour, ces deux aficionados ont aussi décidé de se placer sur un créneau particulier. Et plus qu'une forme de pratique, c'est une vraie philosophie qu'ils développent et sur laquelle ils s'appuient. "On est sur un créneau de pêche en "catch and release", c'est du fun, du plaisir, on prend des poissons et on les relâche", explique Guillaume Benoît. De quoi leur ouvrir les portes d'un partenariat avec la Fondation Albert II autour du thon rouge. "On est allé les voir en leur expliquant que nous avions repris la fédération, qu'on attrapait régulièrement du thon rouge et on voulait voir si on pouvait collaborer sur quelque chose. Il leur restait un reliquat d'un projet sur la sauvegarde de cette espèce et ils nous l'ont donné." 

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Le but de tout cela est de marquer des thons rouges en posant des tags. Et notamment des tags satellites. "On en a déjà posé quelques-uns au cours des derniers mois et cela nous donne un retour dans les six mois après la pose. La balise se libère et une fois qu'on l'aura récupérée, on aura alors des informations sur les allées et venues du poisson, ce qui nous permettra de comprendre s'ils font des tours dans la zone en permanence ou s'ils vont jusqu'au Maroc et reviennent. Ça permet aussi de savoir si c'est une zone de reproduction." Mais placer des tags n'est pas de tout repos. Après avoir atteint la zone où les thons rouges sont susceptibles de se trouver, à quelques miles de Monaco, il faut encore les attraper et les marquer. 

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"Poser un tag satellite demande un peu plus de maîtrise parce qu'il faut sortir le poisson de l'eau, le poser sur un tapis pour qu'il ne se blesse pas, mettre un tuyau d'eau salée dans sa bouche pour lui permettre de respirer, on lui couvre les yeux pour qu'il ne panique pas et on lui insère le tag sur sa dorsale. On le remet ensuite à l'eau", détaille le vice-président de la FPM. Quid des blessures faites par les hameçons cependant ? "On ne peut pas parler de blesser un poisson parce qu'il n'y a pas de terminaison nerveuse dans leur bouche. Par exemple, une dorade, sa bouche écrase les oursins. Si on touche celle d'un thon, c'est aussi dur qu'une table."

Des licenciés avertis

Avec un credo porté sur la sauvegarde des espèces protégées, il peut être difficile d'attirer de nouveaux licenciés. Mais le duo a pensé à tout. Comme, d'abord, à l'édition d'un guide des bonnes pratiques qui pourrait être distribué à l'avenir. Si le thon rouge bénéficie d'une certaine immunité, ce n'est cependant pas le cas de toutes les espèces que l'on peut trouver en Méditerranée. 

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"On en relâche un maximum, mais si quelqu'un attrape un poisson sans restriction, il peut très bien le garder. Il ne faut pas oublier qu'à la base, c'est aussi un plaisir de manger sa prise. On est juste vigilant sur le thon rouge parce qu'il y a des règles et que sans cela, on n'aurait peut-être pas pu remettre la machine en marche." Avec une trentaine de licenciés depuis la création de la FPM, Guillaume Benoît et David Gamba commencent à voir leurs rangs grossir. 

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Différents types de pêche

Pour les néophytes, difficile de différencier les types de pêche qui existent. David Gamba, président de la FPM, dresse un portrait simplifié des choses. "On va dire qu'il existe 3 types de pêche. La commerciale, celle qui fait vivre et nourrit le monde. Ensuite, il y a la pêche récréative, la pêche de plaisir. Ce ne sont pas des professionnels et ils n'ont pas le droit de vendre leur poisson. Ce sont des passionnés, mais la différence avec les autres, c'est que notre activité à un impact direct sur l'environnement. Donc, à la manière de la chasse, il faut éduquer ces personnes pour qu'elles sachent ce qu'elles font. On fait cela en collaboration avec les scientifiques. Et enfin, la pêche sportive, dont l'origine se trouve en rivière. On s'y rend plus rapidement compte des dommages sur les écosystèmes. C'est comme ça qu'est né le "catch and release", pour éviter que certaines espèces disparaissent. En pêche sportive, on pêche différentes catégories de poissons, plus d'une centaine, ce sont des poissons assez puissants. Cela revient à un combat de boxeurs en fait, puisque c'est un combat entre deux, le pêcheur et le poisson."