Béhourd : Aux armes !

Chevaliers des Grimaldi

Dans le milieu du béhourd, et comme dans quasiment tous les sports, Monaco est aussi représenté. Un groupe de copains, réunis autour d'un leader à l'origine de l'idée de créer une équipe de combat médiéval. Mais de solides combattants dont la progression rapide a déjà permis d'engranger de bons résultats.

Difficile de trouver la salle d'entraînement de cette équipe pas comme les autres. Ce soir là, c'est une bonne partie du groupe qui s'est réunie pour l'un des trois entraînements de la semaine. Armure sur le dos, casque sur la tête, quatre d'entre eux enchaînent les mouvements au milieu de la lice qu'ils ont à disposition. "Elle nous a été offerte par les Carabiniers", glisse Philippe Rebaudengo, secrétaire général de l'Association Sportive Monégasque de Combat Médiéval. D'un côté, donc, des combattants, lestés de leur peau métallique. De l'autre, un des membres de l'équipe, lui aussi vêtu de tout son attirail, en plein travail physique. A côté, masse en main, frappant de toutes ses forces sur un pneu qui n'en demandait pas tant, Eugene, le coach. Pas le plus grand des gaillards, mais un physique solide et le regard du combattant. "Il a fait partie de la meilleure équipe de club pendant de nombreuses années et était l'un des meilleurs hallebardiers du monde", nous glisse-t-on dans l'oreillette. Ce dernier vient d'ailleurs nous demander de nous décaler, histoire d'éviter tout risque. Pas de problème monsieur.

Une bande de copains

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Pour trouver trace officielle des "Grimaldi Milites", comme ils s'appellent, il faut remonter aux alentours de février 2017, période à laquelle le groupe s'est formé. Tout est parti d'une démonstration au cours d'un mariage de la famille princière. La discipline marque les esprits et la machine se lance alors assez rapidement. Mais sans pour autant faire de bruit. Car l'équipe n'a pas vocation à voir ses rangs se garnir. Au contraire. "On ne cherche pas à faire venir trop de monde, ni avoir plusieurs équipes, comme cela peut être le cas dans d'autres clubs. Le but est de partager ça entre nous, de progresser à notre rythme, tout en donnant notre meilleur à chaque fois", glisse Geoffrey, l'un des Grimaldi Milites, qui comptent une quinzaine de membres. 

Entraînements solides

Le béhourd n'étant pas une discipline facile, notamment d'un point de vue physique, le programme d'entraînement est assez spécifique. "La semaine se découpe généralement sur trois séances de deux heures, avec une plutôt axée sur le physique, la seconde plus portée sur la technique et la troisième est une mise en condition." Et à voir les exercices pratiqués, on comprend plus facilement comment ces grands costauds tiennent le choc sous leurs armures durant les combats. Un chevalier enchaîne les allers-retours tout en poussant un chariot sans roue, chargé de quelques dizaines de kilos de poids. Le tout, bien sûr, en armure. Il n'est d'ailleurs pas rare de voir ces chevaliers pratiquer le crossfit. 

Pendant ce temps-là, trois de ses partenaires enchaînent des assauts dans la lice. L'un d'eux est attaqué par les autres, chacun à son tour, et doit les faire chuter, un peu à la façon des judokas, tout en s'aidant, parfois, de la lice. Les exercices se succèdent, dans et hors de l'aire de combat, tandis que le coach ne faiblit pas, masse en main, face à un pneu de tracteur faisant preuve d'une belle résistance. "Pour la frappe, on travaille sur des exercices en fractionné, avec un maximum d'intensité, pour gagner en résistance et travailler aussi le rapport œil-main. On bosse aussi sur du grappling, pour travailler les prises avec la lice", nous explique-t-on alors qu'un temps de pause est marqué. Si le travail de frappe peut se faire sans armure, certaines séances sont faites avec, ou au minimum avec le casque. Car il faut habituer le corps à la présence de cette partie, souvent la plus lourde, de l'équipement du chevalier. D'autant que le champ de vision et la perception de l'environnement s'en retrouvent perturbés. "Il y a ce qu'on appelle l'effet tunnel, où on ne voit que ce qu'il y a devant nous et le but est de réussir à prendre conscience de l'espace autour de nous", explique le combattant. 

Progression rapide

Et ces techniques d'entraînement ont rapidement eu un effet bénéfique sur les troupes monégasques. Car dès leur première sortie en tournoi officiel, les Grimaldi Milites en ont surpris plus d'un. Dans des tenues rappelant celles portées par les ancêtres des Monégasques lors de la Guerre de Cent Ans, armoiries sur le bouclier, la troupe de guerriers a su déjouer les pronostics. "Notre premier tournoi était en novembre 2017, soit quelques mois après la création de l'équipe. Beaucoup de gens dans le milieu diraient que c'est très rapide, mais on a la chance d'avoir des infrastructures qui nous ont permis d'être prêts rapidement. Contrairement à la majorité des équipes en France, nos membres se connaissaient déjà, ce qui facilite aussi les choses." 

Grimaldi Milites  Laon 56

Face à une vingtaine d'équipes sur le Tournoi des Flandres, à Tourcoing, tout le monde pensait que les Grimaldi Milites finiraient bons derniers. "Comme pour tout groupe qui débute en fait, mais on a réussi à battre des équipes meilleures que nous sur le papier, ce qui nous a aussi motivé à travailler encore plus pour revenir plus forts", glisse Geoffrey. Quart de finaliste du championnat de France 2018, le groupe monégasque continue de grandir et de s'améliorer. Et prend part à quelques tournois dans l'année, en fonction des disponibilités de chacun. Après une première à domicile l'an dernier pour la journée des fiefs, ils devraient à nouveau enfiler casque et armure pour une nouvelle édition cette année. Alors, soyez attentifs…

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