Béhourd : Aux armes !

Buhurt Prime : Sans peur et sans reproche

Pour sa première année, la Buhurt League a choisi Monaco afin d'y organiser sa grande finale, le Buhurt Prime. Un tournoi ultime devant sacrer la meilleure équipe du monde de béhourd. Et, à la surprise générale, ce sont les Russes et Moldaves du club de Bayard qui l'ont emporté.

Boucliers et gantelets tombent à terre. Les armes s'échappent des mains robustes des combattants. Des chevaliers levant les poings vers le ciel. Un dernier effort après une lutte acharnée. Les tuniques blanches frappées d'un sceau rouge représentant une maison, un club. Celui des vainqueurs. Une victoire acquise à l'issue d'une journée où les membres de l'équipe Bayard ont mené de rudes combats. Des combats grâce auxquels ils sont les premiers à inscrire leur nom au palmarès du "Buhurt Prime", la finale de la Buhurt League. Même si cela est arrivé un peu à la surprise générale.

Village médiéval

"International tournament for best of the best". C'est ainsi qu'est défini le Buhurt Prime qui s'est tenu le 16 février dernier à Monaco. Au menu, les dix meilleures équipes de club de béhourd du monde, réunies sous le chapiteau de Fontvieille pour un affrontement sans précédent. Et tout a été pensé afin de plonger les curieux et fans de béhourd dans une ambiance médiévale. Sous le chapiteau, les gradins entourent une arène inédite en Principauté. Ce coup-ci, c'est une lice ovale (habituellement rectangulaire) qui a été pensée. Un bon moyen de changer les habitudes des combattants et "de voir leur capacité d'adaptation", glisse Edouard Eme, président de l'HMBIA (Historical Medieval Battle International Association). 

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Tandis qu'un écran géant positionné derrière la lice diffuse des images de précédents tournois, d'étranges personnages se baladent aux abords de l'aire de combat. Déambulant dans des accoutrements d'époque, souvent par paire, ils miment parfois des affrontements, bien que désarmés. Masqués, on ne distingue pas leur visage. Logique, ce sont les bouffons, ou fous, comme ils étaient aussi appelés au Moyen Âge. Leur but ? Faire rire. Et à voir certaines bouilles de petites têtes blondes venues garnir les tribunes, le travail semble plutôt bien fait. Tout comme celui des ménestrels. On y est pleinement. À l'intérieur comme à l'extérieur, où un réel village a été mis en place. Échoppes où l'on peut trouver vin, bijoux et sandwich (version ancêtre du pan bagnat), mais aussi un forgeron, souvent mis à contribution par les combattants installés non loin de là. Les plus jeunes peuvent également s'essayer au combat à l'épée ou au tir à l'arc sur les stands prévus à cet effet. Histoire de reproduire les gestes des chevaliers observés précédemment.

Retour dans l'arène

Car c'est bel et bien au centre de la lice que le spectacle principal a eu lieu. Dix équipes donc, venues de toute l'Europe (Royaume-Uni, Pologne, Danemark, Allemagne, Moldavie, Russie, Ukraine, France, République Tchèque) et réparties en deux poules de cinq. Dès midi, le coup d'envoi est donné. Autour de la lice, les arbitres, en jaune et noir, prennent place (certains sont à l'intérieur). L'un d'eux est d'ailleurs chargé de vérifier que les équipements sont bien attachés, sous peine de ne pas laisser pénétrer les hommes en armure sur l'aire de combat (si un combattant perd un bout d'armure pendant l'opposition, il est automatiquement disqualifié). Deux groupes de 5 entrent systématiquement dans la lice, tandis que le capitaine et les remplaçants s'installent derrière. Et lorsque le gong retentit, les politesses sont terminées. Les coups pleuvent dans tous les sens. De longues haches viennent se fracasser sur des casques tandis que certains arrivent lancés, genou en avant, pour faire chuter l'adversaire. Malgré l'apparente violence des échanges, le but n'est pas de faire du mal à l'autre. Mais simplement de mettre son adversaire au sol. 

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Pour cela, différentes techniques. On balaye, à la manière de judokas, on essaie aussi de faire sortir son opposant de la lice. On frappe. Fort. Très fort même, certains impacts provoquant des étincelles. Les combats sont souvent rapides, et rares sont ceux qui nécessitent les deux rounds de 5 minutes prévus dans le règlement, même si quelques-uns ont eu besoin d'un petit rab de temps supplémentaire. Il faut dire qu'il y avait du lourd. A force d'observation, différentes tactiques se lisent. Les plus mobiles parcourent la lice, cherchant à déstabiliser l'adversaire, tandis que les plus costauds, solidement accrochés aux rambardes, essaient de faire perdre l'équilibre à l'autre. Le tout, toujours, sous une pluie battante de coups.

Finale attendue, épilogue surprise

De midi à un peu plus de 15 heures, les combats s'enchaînent, sans relâche. Chaque équipe doit affronter les quatre autres composant son groupe. De quoi mettre les qualités physiques des chevaliers à rude épreuve. A mesure que les combats passent, la fatigue se fait sentir. Certains combattants marquent même des pauses, comme si un accord tacite était passé, avant de repartir de plus belle. Deux équipes, les dernières de chaque poule, s'arrêteraient après cette phase de poule. Mais ces équipes ne seraient pas les Bear Paw et les Bayard. Ni les Knyaz, d'ailleurs, eux aussi très solides lors de la première phase. Et nos yeux de néophytes ne nous ont pas trahis. 

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Car la finale a mis aux prises les Bayard et les Bear Paw, deux équipes russes, dont une (Bear Paw) est considérée comme la meilleure du monde. Invaincus jusque-là, ils n'ont cependant pas réussi à prendre le meilleur sur les Bayard, auteurs d'un superbe combat pour remporter les deux rounds et donc le premier Buhurt Prime ! "Ça a été une grosse surprise de voir Bayard s'imposer car Bear Paw était invaincue avant de venir ici, rien ne disait donc que Bayard allait gagner en deux rounds, même si le combat n'a pas été simple. On a vraiment eu de très beaux affrontements et tout s'est très bien passé. C'était une bonne première", glisse Edouard Eme, alors que la nuit était déjà tombée sur Monaco. Une belle première qui en appellera vraisemblablement d'autres, à commencer par l'année prochaine. 

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