Béhourd : Aux armes !

Le retour de la chevalerie

Le combat médiéval est récemment arrivé en force à Monaco. Une discipline qui trouve son essence, comme son nom l'indique, à une époque où la chevalerie tenait une place prépondérante.

Héros des anciens temps rendus populaires par les récits arthuriens de Chrétien de Troyes, les chevaliers jouissent d'une certaine notoriété depuis de longues années. Idolâtrés par les enfants, enviés par certains adultes, les combattants en armure de l'époque médiévale sont entourés d'un certain mythe leur conférant une aura quasi-divine. Soyons honnêtes. Qui n'a pas un jour rêvé de porter armure, épée, bouclier et s'en aller guerroyer ? Défendre la veuve et l'orphelin, devenir un redoutable guerrier dont la renommée dépasserait les frontières de toutes contrées ? Tous les petits garçons ou presque. Et ce rêve peut aujourd'hui, en partie, devenir réalité. Comment ? Grâce au combat médiéval. "La pratique du béhourd comme on la voit aujourd'hui remonte vraiment au début des années 2000", glisse Edouard Eme, président de la Fédération Française de Béhourd. Une pratique calquée sur ce que l'on pouvait voir il y a quelques siècles.

Aux origines

Béhourd. Un mot inconnu ou presque pour une grande majorité de la population française. Buhurt en anglais. Pas sûr qu'il soit plus connu sous cette forme. Si sa définition précise reste difficile à établir, le terme renvoie inéluctablement aux pratiques des tournois et des joutes. Là même où, à l'époque médiévale, les chevaliers s'affrontaient sans relâche afin de prouver leur valeur. Car c'est bel et bien de chevalerie dont il est question dans le combat médiéval, autre nom que l'on peut donner au béhourd. Et pour trouver trace des premiers tournois, il faut remonter aux alentours du XIe siècle, comme l'explique Edouard Eme, également président de l'Historical Medieval Battle International Association (HMBIA). "Au Moyen Âge, il y a cette caste de chevaliers qui s'est créée au XIe siècle et on a commencé ces tournois pour qu'ils s'entraînent. D'immenses armées se rencontraient dans un champ et ils étaient des milliers à s'entraîner aux manœuvres guerrières. Les nobles se regroupant quelques jours, c'était également l'occasion pour eux de montrer qu'ils étaient de bons combattants." 

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Si les chevaliers sont légion, pas ou peu de morts cependant, même si les armes utilisées sont vraies. Faire tomber l'adversaire et le capturer, tels sont les buts des chevaliers, dont les affrontements ont parfois lieu dans des villages avoisinants les champs de bataille. "C'est encore assez chaotique à cette période-là. Le but est de garder l'autre prisonnier jusqu'au bout et obtenir ainsi une rançon ou une promesse de don pour une croisade par exemple." Il faut dire qu'à cette période, gagner de l'argent pour un chevalier est assez mal vu. S'ils pouvaient remporter des chevaux ou de l'équipement, ils n'accumulaient cependant pas de richesses et faisaient régulièrement don des deniers glanés aux œuvres chrétiennes (église, croisade, abbaye, etc). Sans réelles règles écrites jusqu'alors, la codification du combat médiéval n'apparaît qu'au XVe siècle, sous la plume de René d'Anjou, aussi appelé "le bon roi René". "Il a constaté que la pratique (du tournoi) tendait alors à disparaître. Il considérait également que les nobles français perdaient de leur esprit guerrier et que certains n'étaient pas capables d'expliquer leur héraldique (généalogie) et que cela pouvait être lié à la disparition des tournois (avant un combat, les hérauts criaient l'héraldique des combattants)." 

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Pour contrer la tournure prise par son temps, René d'Anjou écrit alors un ouvrage aujourd'hui appelé "Le livre des tournois du roi René", dans lequel il explique comment faire un tournoi avec quelques dizaines de chevaliers. "C'est d'ailleurs à cette époque que la lice (arène) apparaît, même si les combats d'alors se disputent toujours à cheval. Il est précisé que les armes ne peuvent être que des épées, mais qu'elles ne doivent être ni aiguisées ni pointues, ou des gourdins. Il y explique également quels coups sont interdits, les armures que l'on doit porter ainsi que tout le cérémoniel à mettre en place." Ces tournois vont perdurer une centaine d'années durant avant de voir les joutes (duel à cheval et armé d'une lance) prendre leur place, ces dernières finissant également par disparaître en fin de XVIe siècle.

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La tenue du combattant

Le guerrier de combat médiéval se doit de porter une armure complète afin de pouvoir prendre part à la compétition. Équipé de la tête aux pieds, le "chevalier" doit d'abord enfiler son gambison, un vêtement de tissu matelassé en laine permettant d'amortir les chocs. Il faut ensuite passer les différentes parties de l'armure : brigantine (qui protège le buste, faite avec des plaques rivetées sur du tissu), heaume (casque en acier, élément le plus lourd de l'armure, allant de 6 à 7 kilos), spallières (pour protéger les épaules), brassards (vont du coude jusqu'au poignet), gants, cuissots (partie supérieure des jambières pour protéger la cuisse), grèves (mollets et tibias), solerets (pour les pieds) ainsi qu'un colletin (renforcement du casque qui couvre le cou, la nuque et les épaules). En fonction de l'arme choisie (fauchon, hache, épée à deux mains, hallebarde), le combattant porte ou non un bouclier.


Les formes de combat

1 vs 1 : Un duel où les touches comptent, un peu comme on peut le voir en escrime. Le combat se déroule sur 3 rounds chronométrés. Pour marquer des points, le combattant doit assurer des frappes appuyées afin qu'elles soient comptabilisées.
5 vs 5 : Deux équipes de 5 combattants s'affrontent, où chacun a un rôle précis. Certaines équipes privilégient la polyvalence et cherchent des pratiquants capables de tenir différents rôles (tank, runner, hastiers…) tandis que les autres choisissent d'aligner des spécialistes. Chaque équipe compte également 3 remplaçants. Le combat se déroule sur deux rounds de 5 minutes et le but est de mettre à terre ses adversaires.
12 vs 12 et 30 vs 30 : Le placement de départ y est important et les combattants cherchent à préserver une ligne afin de ne pas être attaqué par derrière. Le but est alors d'ouvrir une brèche sur les flancs afin de pouvoir se replier en étau autour de l'équipe adverse et isoler les combattants pour les mettre à terre.