Au commencement

Monaco regorge d'histoires dans l'Histoire. Et le sport n'est pas mis au ban de ce point de vue-là. Dans ce numéro, nous reviendrons sur quelques grandes premières ayant eu lieu sur les mois de février et mars au cours des décennies précédentes.

Sport et histoire sont deux "disciplines" intimement liées. Elles se nourrissent même l'une de l'autre. L'histoire sportive monégasque est elle aussi riche de grands moments. C'est la raison pour laquelle nous avons décidé de lui consacrer une rubrique dédiée où, dans chaque numéro, nous reviendrons sur des instants clés de l'Histoire sportive de la Principauté. 

Ces épisodes relateront systématiquement des événements, performances, ou personnages ayant marqué de leur empreinte le sport monégasque. Non exhaustifs, ces articles aborderont des moments ayant eu lieu sur nos mois de parution, raison pour laquelle, dans ce numéro, nous n'évoquerons que des événements s'étant déroulés sur les mois de février et mars. Une façon de démarrer cette épopée qui nous mènera au mont Olympe et aux confins du monde, avec, comme point de départ, l'éternelle Principauté.

Carpentier VS Sullivan

1912. La boxe est en plein essor et l'Europe au bord de son premier conflit mondial. Un des futurs héros français des deux grandes guerres émerge dans le noble art. Il s'appelle Georges Carpentier. Camille Blanc, directeur de la Société des Bains de Mer et du Casino, décide d'organiser, via l'International Sporting Club de Monaco, une réunion de boxe à la Condamine. Elle aura lieu le 29 février. Quatre combats sont à l'affiche, le plus important étant le championnat d'Europe entre Carpentier et Jim Sullivan, tout jeune champion d'Angleterre grâce à sa victoire sur Tom Thomas, jusque-là invincible boxeur de la Perfide.

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Et le combat entre les deux hommes fut aussi beau que bref, comme le relate Victor Breyer, dans "La revue de la Riviera illustrée". "Carpentier arrive le premier sur le ring; il est l'objet d'une véritable ovation. La musique joue La Marseillaise. Le jeune champion français paraît en superbe condition, bien qu'un peu pâle...pâle d'émotion, certes, mais point de peur." Si le "God Save the Queen" retentit à l'entrée de Sullivan sur le ring, le boxeur anglais n'entendra bientôt plus grand chose. Avant que le premier round ne débute, le clan français a un problème. Les gants de Carpentier sont trop petits. Une autre paire rapidement apportée corrige le tir, le combat peut débuter. "Merveilleux combat dès le début, à la fois vif, animé et scientifique", écrit Victor Breyer. "Sullivan encaisse bien, mais la vitesse et la précision de Carpentier semblent le dérouter un peu. Le vainqueur d'Harry Lewis (Carpentier donc), au contraire, est merveilleux d'entrain et de sang-froid". 

Mairie De Monaco  Mediatheque Communale   Cliche Enrietti  Revue De La Riviera Illustree  3 Mars 1912

Le combat reprendra pour une deuxième et ultime reprise (alors qu'il pouvait aller jusqu'à 20 rounds), mais Carpentier aura raison de son adversaire. Breyer toujours, "le jeune Français, profitant de la minute de désarroi produit par ses feintes sur Sullivan, place un violent swing du droit dans l'oreille gauche, suivi aussitôt d'un formidable crochet du gauche à la mâchoire et le champion anglais va à terre. Il est knocked-out !" A l'issue de sa carrière Georges Carpenter aura été titré dans toutes les catégories, à l'exception de la ceinture mondial poids-lourd, la catégorie reine s'étant toujours refusée à lui. Mais il aura contribué à lancer une tradition de noble art en Principauté.

Des Jeux Olympiques féminins

S'il est régulièrement cité en exemple, notamment à travers la célèbre maxime, "l'important est de participer", bien qu'il n'ait jamais prononcé cette phrase telle quelle, le Baron Pierre de Coubertin ne voyait pas d'un bon œil la participation des femmes aux Jeux Olympiques. Celui qui est à l'origine du retour de cette pratique antique avait déclaré, dans l'ouvrage "Pédagogie sportive (1922)", "Une olympiade femelle est impensable : elle est impraticable, inesthétique et incorrecte." Une forme de pensée courante à son époque, inconcevable aujourd'hui, même si les femmes ont pu concourir aux JO dès 1900 (Paris). 

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Alice Milliat, l'une des ferventes militantes pour le sport féminin de ce début de siècle, demanda au Comité International Olympique d'inclure des épreuves d'athlétisme féminin aux Jeux d'Anvers (1920). Devant le refus de ces derniers, elle entreprend alors d'organiser les premiers Jeux Mondiaux féminins. Et trouve de l'aide en Principauté. Camille Blanc et l'International Sporting Club de Monaco l'accompagnent ainsi dans sa démarche et, du 25 au 31 mars 1921, se tiennent les premiers "Jeux féminins". Au programme, environ 300 athlètes (selon certaines sources) issues de 5 pays (France, Angleterre, Italie, Suisse et Norvège) s'affrontent sur des épreuves d'athlétisme (60m, 250m, 800m, 74m haies, deux relais 4x75m et 4x175m, saut en hauteur et longueur, lancer de poids et de javelot). 

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Le basket-ball est aussi au programme, tout comme le "pushball" (ballon d'1,80 m et 22 kg à pousser dans le but adverse) de même que des démonstrations de gymnastique et de danses rythmées à l'issue de chaque journée. Des démonstrations de danse où ces dames sont "vêtues de tuniques flottantes, bras et jambes nus, devant une foule considérable qui avait envahi les tribunes...jusqu'aux toits du Casino et de l'Hôtel de Paris", raconte Alain Manigley dans l'ouvrage "Comité Olympique Monégasque, un siècle d'histoire (2007)". Ces Jeux se déroulant sur le terrain du Tir aux pigeons, complètement équipé pour l'occasion, tel un stade d'athlétisme. Face au succès rencontré, l'opération sera reconduite en 1922 et 1923, avec l'apparition de nouvelles disciplines, comme la natation ou le water-polo (en 1922). 

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Des épreuves se déroulant dans le stade nautique du port, où les lignes d'eau sont alors accrochées à des bateaux ! A l'occasion de ceux de 1923, les épreuves finales se déroulent sous les yeux du Prince Louis II, de la Princesse Héréditaire Charlotte et du Prince Pierre. Des Jeux féminins qui auront été les prémices des Jeux mondiaux féminins, organisés à Paris en 1922, en alternance avec les JO, et qui vivront jusqu'en 1934.

Premières Olympiques

Si la première participation de Monaco aux Jeux Olympiques remonte à 1920 à Anvers (JO d'été), il faut attendre 1984 pour voir une délégation monégasque aux Jeux d'hiver. C'était à Sarajevo. En compagnie de la Chine, du Costa Rica et des Îles Vierges, la Principauté défile pour la première fois parmi les 5 000 athlètes représentant 49 pays au sein de la "Capitale de la Paix". Du 8 au 19 février, sept disciplines sont prévues et Monaco s'aligne en ski, par l'intermédiaire de son jeune skieur David Lajoux (17 ans à l'époque). Accompagné  par Edmond Pizzi (chef de délégation), Daniel Sartore (chef de mission) ainsi que de Charly et Daniel Lajoux, le skieur se classera en 47e place en descente après une chute en slalom. 

Ski

Quatre ans plus tard, lors des Jeux Olympiques de Calgary, une des grandes pages de l'histoire olympique monégasque va s'écrire. Ces XVes Jeux marquent en effet l'entrée du Prince Albert II au panthéon des olympiens. Alors Prince Héréditaire et âgé de 29 ans, le futur Souverain conduit la délégation lors de la cérémonie d'ouverture en tant que porte-drapeau, suivi d'Edmond Pizzi (chef de délégation), Armand Forcherio (chef de mission), David Sartore (entraîneur) et des athlètes David Tomatis (bobsleigh), Gilbert Bessi (bobsleigh) et Fabrice Notari (ski). Durant une semaine, Albert Grimaldi et Gilbert Bessi s'entraînent d'arrache-pied, suivant les conseils des entraîneurs Jean Baggioni et Heinz Moeckli, ainsi que de Moreno Guidicetti et Gerhard Pliessnig (encadrement technique). 

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A l'issue de la première descente, le duo monégasque se classe en 17e position. Après la deuxième manche, l'équipage de la Principauté se classera à la 25e position (sur 41), une performance réalisée sous les yeux du Prince Rainier III, de la Princesse Caroline et de la Princesse Stéphanie. Une première qui en appellera d'autres, le Souverain s'alignant à 5 reprises en tout sur les Jeux Olympiques d'hiver, que ce soit en bob à 2 ou à 4. Sa dernière participation a eu lieu à Salt Lake City, en 2002. Cette année-là, c'est Patrice Servelle, poussé par Sébastien Gattuso, qui pilote le bob à 2 (22e/39), tandis que le Prince Albert II est aux commandes du bob 4. 

Equipe Devant Bob 2

En compagnie de son équipage, composé de Patrice Servelle, Sébastien Gattuso et Charles Oula, le chef d'État monégasque prend part aux 4 manches de l'épreuve, malgré un incident au cours de la 3e. Blessé à la cheville, Sébastien Gattuso ne pourra s'aligner lors du 4e run et sera remplacé par Jean-François Calmes. Le quatuor franchira la ligne en 28e position. Avec cette 5e participation consécutive aux Jeux Olympiques d'Hiver, le Souverain a établi un record pour la Principauté.

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Sources

Claude-Aline Encenas, Annales Monégasques, article "Honneur et persévérance, le développement sportif en Principauté de Monaco", 2004.

Alain Manigley,"Comité Olympique Monégasque, un siècle d'histoire", Comité Olympique Monégasque, 2010.

Victor Breyer, Revue de la Riviera Illustrée, 3 mars 1912 (Mairie de Monaco -Médiathèque Communale).

Jérémie Bernigole, "L'envol du sport féminin", La Gazette de Monaco, n°521, 9 mars-5 avril 2018.