J'ai testé pour vous : A mon tour de grimper

"Escalade", "Big Ben", "Tête de Chien". Si John Rieth voulait me rassurer avant de démarrer cette initiation, c’était raté. "On va marcher une vingtaine de minutes pour rejoindre le secteur du "Gentil." Ouf, me voilà apaisée. On y va !

J’emboîte le pas de mon initiateur, piquée par la curiosité. Peur, moi ? Peut-être, mais on va pas en parler tout le long, hein… Sur les petits sentiers piégeux de La Turbie, on fait connaissance. John, taquin : "J’ai 33 ans. J’espère faire plus que le Christ". Il a débuté à l’école, "comme tous les jeunes de Monaco". Une bande de potes, une passion qui naît. Pour ne plus jamais le quitter. Le garçon aux dreadlocks jusqu'aux fesses affiche une mine paisible. 

"La philosophie de l'escalade, c'est la communion avec la nature. J'ai bien accroché." Voilà Mariane Ciarlo, diplômée d'État du CAF (Club alpin français) de Cannes et son groupe de grimpeurs. On va passer la journée ensemble. "Tout à l'heure, on accrochera une corde dans Big Ben (fameux site d'escalade turbiasque). Il faudra se lâcher dans le vide. Tu essaieras toi aussi", me glisse Armelle, la mère de Mariane. Du lard ou du cochon ? On verra, trop tard pour reculer…

Danseuse étoile de la montagne

"Tiens, attrape. Ça n'a de chausson que le nom", me prévient John en me tendant deux bouts de caoutchouc très étroits. Me voilà danseuse étoile, version nature. "Les puristes te diront qu'il faut prendre deux pointures en dessous de sa taille pour plus de précision." J'espère ne jamais être une puriste, dans ce cas. J'enfile le baudrier. Un casque rose aussi. 

"Je monte en tête, je vais accrocher des dégaines aux plaquettes. Tu grimperas en second", m'informe l'initiateur. Le geste est fluide, le physique sec et léger. Il escalade et installe la corde qui m'évitera de m'écraser au sol. "Le nom et le niveau de difficulté de la voie sont inscrits sur la roche. Celui qui a ouvert la voie et mis les points d'ancrage est libre de l'appeler comme il veut." On va donc grimper sur Cathy, 5C. "Ça va de 1 à 9. Mais 1, c'est quasiment de la marche. On commence généralement à 4."

Petits pas, grosse frayeur

John noue la corde à mon pontet. "Je t'expliquerai plus tard comment on fait les nœuds. Je préfère laisser grimper les gens avant de les noyer sous les informations." Il a de la chance, j'ai laissé mon carnet de notes dans mon sac. Me voilà partie à l'assaut de Cathy, sans trop savoir comment aborder la dame. On la dit facile, mais quand on découvre tout… Mes pieds tentent, mes mains se placent. 

"Fais de petits pas pour bien prendre appui sur tes jambes. Ne tire pas avec tes mains, elles doivent surtout te servir à t'équilibrer", me conseille-t-il, patient. Autour de moi, plus rien. Juste de la roche et le poids de mon corps. Je remarque à peine Mariane qui immortalise la scène. Mon pied glisse, mon cœur se pince. Mes bras se tétanisent. "Tu as une prise à ta droite", m'indique le placide John. Dans ma tête, ça turbine. J'ai chaud et le souffle court. "Mets tes fesses en arrière et tends tes jambes. Pas besoin de tenir la corde pour descendre.

À la fois euphorique d'avoir grimpé 10 mètres et honteuse de mon non-style, j'attends déjà mon tour. 15 mètres, puis 20 mètres. Jouer à Twister dans les airs, avec une odeur terreuse dans les narines et une grosse gaine pas très "Victoria's Secret" autour des hanches, c'est pas si mal, en fait.

Big Ben time

Mariane, elle parle pas, elle grimpe. Fine comme un coton-tige, souple comme une liane. Je la vois partir à l'attaque d'un mur qui termine en toit, à l'intérieur de Big Ben. Chapeau, la miss... Elle plonge ses mains dans un petit sac de magnésie accroché dans son dos. Elle place une dernière dégaine à 30 mètres. John m'ouvre une autre voie. Bio Tope, 6A. "Ce sera un peu plus dur." 

Mes doigts brûlent sur la pierre calcaire. Mon cœur bat à nouveau la chamade. Je touche, j'essaie. Je galère. Je monte, je regarde en bas. La hauteur est grisante. L'ascension, une éternité. Au moins 30 minutes. "T'as dû en mettre 5 ou 10", lance John. La concentration avait figé le temps pendant 25 mètres. Je sors de la torpeur lorsque j'entends scander mon nom. "À ton tour de sauter !Pire qu'un manège. Impossible d'ouvrir les yeux. Mes mains tremblent. 

Si la corde semble bien accrochée, je ne peux pas en dire autant de mon estomac. Conquise. Voilà l’état dans lequel j’étais à l'issue de l'aventure. Les doigts rouges et les pointes de pieds ankylosées, j'ai salué la joyeuse troupe, me promettant de remettre ça rapido.

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