Frédéric Lajoux : le bolide chevillé au cœur

Parmi la foule des "vieilles dames" qui se faisaient bichonner sur le quai Antoine-1er, il y en a une qui a attiré notre attention. C'est plutôt le pilote de la Formule 3 Chevron B43 (Toyota) dont l'aura nous a séduits. Le Monégasque Frédéric Lajoux courait son deuxième Grand prix historique. Il a dû regagner les stands dès le deuxième tour pour cause de problème mécanique.

La compagne de Frédéric Lajoux se trouve tous cylindres dehors. Sa robe de plastique est posée là, à côté. Plusieurs mécaniciens italiens s'occupent d'elle, touchent des tuyaux et serrent des vis. Tout à coup, la voilà qui s'éveille dans un vrombissement saisissant. 
Un coup d'éclat explosif qui fige les promeneurs. Alors que l'on observe la masse vibrante, le bonhomme arrive. Frédéric Lajoux a 52 balais mais en paraît 45. Il revient tout juste du briefing des pilotes et tend une main franche.

"Ça manque de sueur"

"En tout, c'est la cinquième fois que je cours ici car j'ai couru trois fois en F3 moderne." Puis le pilote commence à raconter qu'il en a fait le tour, de la course moderne. Il débite les mots comme il passe les rapports. "J'ai eu envie de retrouver le côté humain de la course. Dans les années 70, les pilotes étaient des chevaliers, des aventuriers. Aujourd'hui, ce sont des robots. Ils rentrent au stand, branchent la voiture à un ordinateur et passent la journée enfermés avec leur ingénieur. Ça manque de sueur." Puis il remet tout dans l'ordre. "L'histoire, c'est qu'en 2012, j'ai fêté mes 50 ans dont 25 de course automobile. Je voulais vraiment marquer le coup pour ce double anniversaire. Alors j'ai décidé de participer à une course où je pouvais me montrer compétitif. 

C'est là que j'ai roulé en Formule 3 historique pour la première fois, et j'ai accroché."Il plisse un peu les yeux et se souvient. "A l'époque, quand j'avais 7-8 ans, les F1 investissaient les garages auto privés lors des Grand prix et tout le monde pouvait venir voir comment ça se passait. Dans ma rue, vers le virage du Portier, il y avait les McLaren. Pour moi, ces pilotes étaient des extraterrestres. Je me disais : "c'est ce que je veux faire plus tard".

Le lauréat de Nogaro

Mais le Monégasque a d'abord fait un IUT techniques de commercialisation "pour avoir un vrai métier", plaisante-t-il. Puis la passion le tiraillant, il s'est lancé. "J'ai réussi à passer le pas à 25 ans, c'est super tard. J'ai fait ma première course avec le couteau sous la gorge. J'avais presque la combi de mécano sous la combi de pilote. Je louais une camionette et je débranchais le compteur pour ne pas qu'on me compte le kilométrage", raconte-t-il en riant. "Je me suis débrouillé comme j'ai pu et mes parents m'ont aidé. La saison s'est bien déroulée alors je suis parti faire l'école de pilotage Motul Nogaro  dans le Gers. J'en suis sorti lauréat." 

Le Prince Albert II - qui n'était pas encore Prince en 1989 - a été sensible à la passion et à l'engagement du jeune "Fred" Lajoux. Il s'est porté garant de lui auprès de plusieurs sponsors de la Principauté. Le pilote saute à pieds joints dans l'auto et pendant 27 années, il participe à des championnats de France de Formule Ford, de Formule Renault et de Formule 3 ainsi qu'à plusieurs coupes comme l'Europa cup Renault Clio en 1995. A partir de 1998, il goûte au Grand Tourisme et prend notamment part au championnat de France au volant d'une Porsche 996 GT3. 

"Je n'ai pas un QI assez haut"

"Vous êtes donc pilote professionnel", déduisons-nous. "Un professionnel est rémunéré pour son talent de pilote. Ce n'est pas mon cas. Si je peux piloter aujourd'hui, c'est parce que j'ai créé tout un business autour de la course automobile. Je travaille dans la communication et je gère la carrière de plusieurs pilotes. J'ai amené une synergie entre le monde de la course auto et les sociétés qui communiquent dessus." Frédéric Lajoux est le président délégué de la société Miti dont le domaine est les relations publiques. "Je suis un bon pilote, mais je n'ai pas fait une grande carrière. Je n'avais pas toutes les qualités requises. J'ai un bon coup de volant et de l'expérience mais je n'ai pas un QI assez haut." 

Devant notre expression incrédule, il ajoute. "C'est vrai. Les champions dédient 90 % de leur cerveau à la course qu'il sont en train de faire. Le reste va à l'anticipation des réglages dont ils vont parler avec leurs techniciens. Sur une course, c'est important. Sur un championnat, ça fait la différence. Sur une carrière, c'est énorme. Et puis je ne sais pas faire abstraction des aspects émotifs, c'est une chose qui peut me faire perdre mes moyens. Mais attention, je préfère être comme ça", se défend-t-il. "Je sais aussi que je n'ai pas saisi toutes les opportunités qui s'offraient à moi. Mais je n'ai aucune amertume, je prends mon pied."

"Ils s'imaginaient que j'étais un Monégasque de plus"

"Vous possédez combien de voitures ?", demande-t-on. "Aucune. J'ai un budget et je fais appel à des prestataires de services. En 2012, lorsque je me suis mis à l'historique, j'ai contacté Historic Project Club, un groupe de passionnés possesseurs de voitures, tous issus de la course auto", explique le pilote. "Au départ, ils s'imaginaient que j'étais un Monégasque de plus qui voulait s'amuser. Mais ils ont compris que j'ai une carrière derrière moi et que dès que j'ai le casque sur la tête, c'est mon truc, je veux aller plus vite que le copain." 

Cela fait trois ans qu'ils travaillent ensemble. "Je participe au championnat de France de Formule 3. Je me classe toujours dans les trois premiers", précise Frédéric Lajoux. "Rouler à Monaco, c'est particulier. A l'échelle de la F3, le circuit est très rapide et la piste est large. Dans cette configuration, on ne voit pas la ville de la même manière. On a beau y rouler toute l'année, on ne reconnaît presque pas la route."

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