"Un retour aux sources du rallye-raid"

Lancée en 2009, l'Africa Eco Race a pris la place laissée libre par le Paris-Dakar, parti en Amérique du Sud la même année. Depuis 4 ans, le rallye-raid prend son départ à Monaco. A sa tête, un homme bien connu, Jean-Louis Schlesser, qui fait équipe avec René Metge.

"Sur les traces de Thierry Sabine". Une inscription lourde de sens que l'on peut retrouver sur l'affiche de l'Africa Eco Race et qui tient à cœur à Jean-Louis Schlesser, l'un des hommes de base du projet. Deux fois vainqueur du Paris-Dakar (1999 et 2000), il a également remporté à six reprises (pour les six premières éditions) sa course. S'il n'y participe plus au volant de son célèbre buggy, prenant désormais place dans les airs pour veiller au bon déroulement de la course, Jean-Louis Schlesser, avec son partenaire René Metge (triple vainqueur du Dakar en 1981, 1984 et 1986), a voulu avant tout revenir aux sources du rallye-raid et proposer à ses concurrents ce qu'il a connu lors de ses années de coureur. Tout en y ajoutant une portée "éco-responsable". Interview.

Pourquoi avoir décidé d'organiser une course là où se tenait auparavant le Paris-Dakar dès 2009 ?

Tout simplement parce qu'il y avait un manque. Après le départ du Dakar vers l'Amérique du Sud, certains pays africains nous ont demandé si nous serions intéressés par l'idée de lancer une course de remplacement de chez eux. C'était donc un peu délicat au départ, il a fallu voir pas mal de choses. Il fallait bétonner la chose et tout est parti doucement. Mais c'est ce qui fait que ça a marché, parce qu'on est parti de tout en bas pour monter en puissance au fil des ans.

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Tout est donc parti d'une demande de ces pays en somme ?

Lorsqu'ils ont émis cette demande, je me suis dit qu'on allait voir ce qu'on pouvait faire. Je suis allé voir un ami, je lui ai présenté l'idée. Après mon exposé, il m'a regardé et m'a dit, "j'étais sûr que tu venais pour ça" (rires). Il était à Dakar et on a démarré comme ça. Les choses avancent tout doucement. On en est aujourd'hui à la 11e édition, la 4e avec le départ depuis Monaco et on est assez fier de ça, car finalement, on reste l'une des seules courses qui font le pont entre l'Europe et l'Afrique. Et on a aussi pas mal de choses en lien avec l'aspect humanitaire, parce que 30% de nos compétiteurs ont aussi des projets humanitaires. On essaye donc de joindre l'utile à l'agréable, avec une vraie compétition et des projets qui font plaisir aux gens sur place qui sont dans le besoin.

Quels souvenirs gardez-vous de la première édition ?

La toute première, c'était la galère parce qu'on n'avait pas certains droits vu qu'Hubert (Auriol) était avec nous. Sauf qu'en fait, on pouvait faire les choses comme on le voulait, c'est lui qui n'avait pas le droit (ancien membre de l'organisation du Paris-Dakar pour Amaury Sport Organisation, il avait signé une clause de non-concurrence qui l'empêchait d'organiser des courses de ce type pour d'autres structures), mais il n'était que participant, donc tout s'est bien passé. Et puis on n'était pas beaucoup, mais on a persévéré.

Comment la course a-t-elle évolué au cours des dix dernières années ?

On s'est amélioré un peu partout. Il a fallu aussi contenir les dépenses, parce qu'on est dans des tarifs moins importants que la concurrence. On bloque un peu sur les motos, on en a une cinquantaine, mais c'est le plus gros challenge pour nous parce que ça reste un sport où quand on tombe, on est directement en contact avec le sol, donc ça nous fout un peu la trouille. On a monté notre équipe médicale, on a une équipe formidable pour les repas, mais on a tout fait à taille humaine pour ce qui est de l'environnement de la course.

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On a le sentiment que vous avez voulu revenir aux sources du rallye-raid que vous avez pu connaître il y a quelques années ?

Tout à fait, mais en l'améliorant aussi. Par exemple, tous les gens qui ont sacrifié des choses toute l'année pour faire la course, s'ils ont un problème le premier jour, on essaie de faire en sorte qu'ils puissent revenir dans la course quelques jours après en réparant, même si au classement la personne ne sera plus là, mais l'idée est qu'elle puisse quand même aller au bout  de l'aventure.

Quelles sont les spécificités de l'Africa Eco Race ?

Il y a le dépassement de soi-même, la convivialité, mais ça reste une compétition. Le côté plus de l'Africa Eco Race, c'est que les compétiteurs partent de bivouacs en bivouacs, il n'y a pas de liaisons interminables. Quand on arrive en Mauritanie, c'est la part belle à la navigation totale et absolue. Quand il y a une petite tempête de sable, en deux jours, toutes les traces existantes disparaissent, donc où qu'on aille, c'est un nouveau terrain pour les compétiteurs. Car même si les noms des villes sont identiques, le terrain change tout le temps.

C'est sur ce genre de points que votre course se différencie de ce qu'a pu devenir le  Dakar ?

Oui ! Pour nous, la course, ce n'est pas du WRC, il faut sans arrêt chercher sa route. Nos compétiteurs ont une carte générale, et je voulais qu'ils aient la même trouille que je pouvais avoir à chaque fois que je partais dans une épreuve, en me demandant si j'allais ou pas y arriver. Un vrai retour aux sources du rallye-raid.

Comment est née l'idée de greffer des projets humanitaires à un rallye-raid ?

On s'était dit, de notre côté, en tant qu'organisateurs, qu'on pourrait essayer de mettre quelque chose en place. Et chez nos concurrents, certains nous en ont fait la demande aussi. Le "éco" dans le nom de notre course, ce n'est pas "économique" mais "éco-responsable", ce qui veut dire qu'on essaye de faire des choses, comme en Mauritanie par exemple, où l'on vient de renouveler cela pour 5 ans, 10 000 arbres ont été plantés. Avec l'Amade Monaco, on apporte des lampes à des enfants qui pourront ainsi étudier, lire, s'éclairer et ces lampes chargées avec des panneaux solaires vont remplacer les lampes à pétrole utilisées dans ces régions. Et pour renforcer cet aspect "éco-responsable", il faut savoir qu'un pilote qui achète quelques lampes pour les donner aux enfants compense ses émissions de CO2 sur sa participation, de Monaco à Dakar.

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Lancer un rallye-raid éco-responsable, l'idée peut sembler paradoxale non ?

On est vraiment dans cette démarche. Si un concurrent vient avec un projet fou, on va créer une règle pour lui. Dès le départ, quand j'ai décidé de faire cette course, je me suis dit que j'allais la faire de manière différente de ce qui avait déjà été fait. Il faut aussi savoir faire les choses en accord avec notre bonne conscience. Par exemple, on ne passe jamais dans un village durant la compétition. Ça a pu arriver une ou deux fois, mais on fait tout ce qui est en notre pouvoir pour ne pas y passer, pour éviter au maximum les risques que cela peut représenter. En 10 ans, 11 si on compte cette année, on n'a pas eu de souci important à ce niveau-là. Et ça compte parce qu'on ne peut pas arriver en conquérant et faire n'importe quoi. En Mauritanie, on contribue aussi à retrouver des pistes qui avaient complètement disparu. Sur nos bivouacs, on vit à l'ancienne, même si on a des moyens de communication modernes.

A l'ancienne ?

On ne va pas dans des hôtels ou sur un aérodrome pour poser nos installations. Tout le monde est sous la tente, tout est mis en place dans le désert, dans des zones définies avec les dirigeants des pays que l'on traverse, et on est tous ensemble, c'est très convivial.

Vous avez remporté votre course à six reprises. Ça doit être un sentiment particulier ?

Oui complètement. A l'époque, je courais un peu partout, je faisais la coupe du monde des rallye-raids, et je gagnais des épreuves ailleurs. Donc ça apportait une certaine légitimité encore à ce moment-là, parce que si je n'avais gagné que ma course, ça aurait été un peu emmerdant (rires). Mais cela faisait aussi partie de la condition car je ne voulais pas ne faire qu'une course dans l'année. Et cela apportait aussi un plus aux compétiteurs, car ils avaient quelqu'un avec eux qui était sur le circuit, qui gagnait des courses ailleurs, donc cela renforçait aussi le challenge.

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Pourquoi avoir œuvré pour partir depuis Monaco ?

On travaille ici, et puis c'est un endroit mythique. Toutes les grandes épreuves sont ici. Le rallye WRC, le Grand Prix, on est un peu dans le temple de la compétition automobile. Donc pouvoir prendre le départ depuis Monaco revêt un côté mythique pour nous. Et puis on a découvert que quelques opérations se font ici et peuvent se marier avec notre projet.

Un mot sur votre partenariat avec l'Amade ?

On essaie de le faire grossir au fur et à mesure. C'est une initiative qui avait été lancée par la Princesse Grace à l'époque, pour venir en aide aux enfants dans le besoin.On s'est associé à cela et lors du contrôle technique et sportif à Menton, deux jours avant le départ, on sensibilise les compétiteurs à cette aide qu'ils peuvent apporter aux enfants en achetant des lampes. Mais on ne prend pas un centime sur cette opération.

On voit sur vos affiches l'inscription, "Sur les traces de Thierry Sabine". Était-ce important pour vous de glisser ce clin d'œil ?

Oui, car c'est lui qui était à la base de tout, en compagnie de Jean-Claude Bertrand. Ce sont eux qui ont eu l'idée de créer cette aventure qui perdure et qui est quelque chose de formidable. Ils ont eu une super idée et je tenais à lui rendre un petit hommage sur notre course.

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