Tiphanie Beltrandi : "La rage de vaincre ensemble"

Tiphanie Beltrandi gère la carrière de Daniel Elena, ex-copilote de Sébastien Lœb, ainsi que son entreprise d'événementiel All Sports Management. Mais surtout, elle officie en tant que team manager sur les rallyes. Pas froid au yeux, la demoiselle.

On ne l'imagine pas comme ça, mais Tiphanie Beltrandi passe la moitié de son temps sur des rallyes. Aux côtés de Daniel Elena depuis 2006, la jeune femme de 29 ans développe le métier de team manager. "Nous travaillons pour des teams privés. Les constructeurs, eux, ont leur propre team manager. Mais les privés maîtrisent souvent parfaitement la technique, et pas du tout le côté managérial. Daniel est parti de ce constat-là et aujourd'hui, j'ai envie de dire qu'on ne peut plus se passer de nous !", plaisante-t-elle. 

"Ils ont besoin d'une personne qui se charge de la gestion logistique et réglementaire. Dans le championnat du monde des rallyes (WRC), le règlement, c'est 500 pages. En collaboration avec les ingénieurs et les pilotes, on établit une stratégie de course. Mon rôle consiste à la faire appliquer et à la diffuser. Il s'agit de coordonner toutes les parties prenantes et de faire qu'il y ait une symbiose. Tout le monde doit être réuni autour de l'objectif, qui est généralement de gagner." Chemisier, longue crinière brune, regard bleu et sourire ravageur, on tente de l'imaginer en combinaison. "C'est super confortable, comme un pyjama", déclare-t-elle.

Coup de foudre

Elle nous explique qu'un bon team manager doit être multitâches, "quelqu'un qui n'a pas peur de l'affront, du combat, qui n'a pas peur d'aller gagner, de faire des heures et de mettre les mains dans la mécanique s'il le faut." Les qualités d'une véritable guerrière de la bagnole en somme. Pourtant, cela ne correspond pas exactement à sa formation initiale. "Je suis issue d'un master en management du sport, que j'ai fait à Lyon. J'ai rencontré Daniel sur un rallye. Il a lourdement insisté pour que je vienne travailler avec lui. (Elle éclate de rire)

On a eu l'occasion de travailler ensemble alors que je faisais un stage. Quand je suis arrivée chez All Sports, il n'y avait rien. Cette entreprise avait pour but de gérer la carrière de Daniel, mais il se la gérait tout seul. Il m'a demandé de la prendre en main et de la développer, et j'ai adoré ce projet, alors je l'ai suivi." Pourquoi choisir une femme qui ne connaissait rien en sport auto ? "Ça a été un coup de foudre amical et professionnel. On s'est tout de suite fait confiance dans le travail. Daniel, c'est un homme de défi et de pari. Et je pense qu'il m'a prise pour un défi à ce moment-là."

Pas machiste, masculin

Les débuts de Tiphanie dans le milieu n'ont pas été simples. Les femmes, ça ne court pas les paddocks. "Elles étaient plus dans la communication et le marketing que dans le cadre managérial et sportif. Ce n'est pas un milieu forcément machiste, mais masculin. C'est très viril la mécanique et la conduite. Je n'ai jamais essayé d'être comme eux. J'ai voulu bosser avec eux et apporter ma touche. Mais laisser le sport auto se féminiser, c'était ouvrir une porte à ce qui n'existait pas encore."

Alors, il a fallu montrer patte blanche et s'intégrer à "la meute", sans faire de remous. Pas de maquillage, pas de tenue féminine, pas de posture ou de regard qui laisse penser qu'un quelconque rapport de séduction peut exister. Juste le travail. "Dès que la confiance est instaurée, ça va mieux. Je ne dirais pas que c'est acquis, parce que ce n'est pas vrai. Mais ça se diffuse vite parce qu'ils parlent beaucoup entre eux." 

"J'aime voir mes gars bosser"

Ce qui l'a rendue addicte d'entrée, "c'est la rage de vaincre ensemble. J'aime voir mes gars bosser avec l'envie de gagner dans les yeux. J'aime notre phase de déprime quand on perd aussi."

Le travail s'est transformé en passion. Tiphanie l'avoue, elle a désormais du mal à se tenir éloignée d'une voiture de course. "Je ne peux pas pratiquer et travailler dans ce sport parce que le calendrier ne me le permet pas. Mais quand je peux, je suis la copilote de Daniel." L'ancien champion du monde aux côtés de Sébastien Loeb a même été le témoin de mariage de la demoiselle. "Un jour se posera la question d'avoir des enfants. 

S'il doit y avoir une vraie difficulté pour une femme, elle se trouve là. Ce métier n'est pas vraiment compatible avec une vie de famille. Faudra que je me calme.", annonce-t-elle, précisant qu'elle a déjà une future team manager en vue.

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