David Casteu (1/2) : "On risque notre vie à chaque départ"

David Casteu, le pilote niçois, s’en va participer à son douzième Dakar (5 en Afrique et 6 en Amérique du sud). Avant de s’envoler pour Buenos Aires, ville de départ et d’arrivée, nous l’avons rencontré dans son atelier à Montauroux. Amérique du Sud, Afrique, organisation, motivations, avenir, le vainqueur du dernier Dakar Series évoque tout sans langue de bois. Interview.

Comment abordez-vous cette édition 2015 ?

Je l’aborde avec des objectifs très particuliers. J’emmène 5 pilotes avec moi, dans mon Team, ce qui fait un groupe de six. J’ai beaucoup moins de pression qu’avant, parce que j’ai ma structure, avec des engagements, des pilotes que je dois amener au bout, mais aussi avec la hargne de pouvoir rouler devant. J’ai une super machine, une super équipe, des mécaniciens d’expérience, un manager d’expérience, une équipe bien préparée. L’an dernier, le Dakar nous a montré un parcours très difficile. Mais il ne faut pas rêver, cette année encore ce sera très dur. C’est pour moi une opportunité, parce que plus c’est dur, plus je suis là, plus je suis prêt. Je peux mettre en avant mon expérience, comme en navigation. On a vu l’an dernier qu’il y avait de la navigation très délicate. Et je pense que je n’ai jamais été aussi prêt, que ce soit physiquement ou mentalement avant un Dakar.

Qu’est-ce qui rend le Dakar si difficile et la navigation si compliquée en Amérique du Sud ?

Le problème qu’il y a, c’est qu’en Afrique, en dehors des charrettes et des ânes qui se baladent sur les chemins, il n’y a pas grand monde. Alors que là, il y a beaucoup de personnes. On voit même des gens qui partent une semaine avant pour se mettre en place sur des points stratégiques, des milliers de personnes sur la piste. Il faut être très vigilant. On rentre parfois dans des cordons de dunes, et il y a des traces de partout. Donc si on ne sait pas naviguer et qu’on suit la trace, on peut vite se retrouver perdu. Il y a aussi ce phénomène de températures, "haut-bas haut-bas" qui nous fatigue énormément. Dès qu’on est fatigué, on navigue moins bien. Il faut vraiment se connaître sur cette épreuve. 

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Ressentez-vous une excitation ou une appréhension particulière avant le départ ?

L’an dernier, on a vu un Dakar très dur. Je suis sorti d’une spéciale, j’ai fini 4e moto, j’ai dit "les gars vous allez perdre la moitié du Dakar, c’est vraiment trop dur." Et le soir ça n’a pas loupé, 80 pilotes ne sont pas rentrés. C’était très difficile. Je pense que le Dakar est devenu une épreuve où il faut vraiment bien se connaître physiquement. L’aventurier qui part au Dakar, c’est fini. Maintenant les mecs qui le font sont bien préparés, que ce soit physiquement ou au niveau du matériel. Beaucoup de pilotes sud-américains sont très performants, donc ça roule très fort et très vite tout de suite. C’est devenu une épreuve très difficile.

La course s’oriente-t-elle de plus en plus vers les professionnels ?

Le Dakar doit garder son image, mais c’est vrai qu’aujourd’hui c’est long, ça roule vite. Et la critique des pilotes qui décèdent sur l’épreuve est très difficile pour les organisateurs. Maintenant, ça passe par des sélections, d’où les Dakar Series. Ils ne veulent plus de pilotes qui arrivent comme ça de n’importe où, qui, parce qu’ils ont de l’argent, font le Dakar. Ils veulent des gens préparés et prêts. Mais pas forcément des pros. 

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Comment se passent les qualifications ?

Ce ne sont pas vraiment des qualifications. Là on a plus à faire à des sélections, au sein de A.S.O. (Amaury Sport Organisation, l’organisateur du Dakar). Je suis régulièrement consulté, parce que j’étais un pilote amateur et je suis passé pro. Ils me demandent mon avis sur tel ou tel pilote pour savoir s’il est apte à le faire. Et les Dakar Series, qui sont un peu partout dans le monde, servent aussi à ce que ces pilotes puissent se tester, qu’ils apprennent comment marche un roadbook, un dérouleur, un GPS. Pour que quand ils arrivent sur le Dakar, ils n’abandonnent pas au bout de deux jours, qu’ils ne se mettent pas en danger, ni eux ni la course. Ils veulent rassembler un peu plus le Dakar.

Ces sélections éliminent beaucoup de candidats ?

Oui. Cette année, je crois que A.S.O. a reçu près de 400 dossiers. Il n’y en a que 180-200 qui ont été choisis. Ils veulent des gens qui soient motivés et prêts pour cette course. Peu importe qu’ils soient ou non des professionnels. Ils veulent des gens prêts. 

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