Arthur Leclerc : "Je veux gagner le championnat"

Arthur Leclerc commence à se faire un prénom. Vice-champion de F3 Régionale Europe en 2020, il s'apprête à découvrir la F3 dans un peu plus de deux mois. Un nouveau pas en avant pour le membre de la Ferrari Driver Academy.

Troisième de la fratrie Leclerc derrière Lorenzo et Charles, Arthur a lui aussi attrapé le virus du sport auto. Un virus transmis par son regretté papa, Hervé, ancien pilote de F3. Sa passion, ses ambitions, sa relation avec ses frangins, Arthur se confie et se dévoile un peu plus au cours de cet entretien.

La naissance d'une passion

Comment est née votre passion pour le sport auto ? 

Je pense qu'elle est née grâce à mon père. Il était lui-même passionné, il a fait de la F3 il y a longtemps et maintenant on est un peu tous dans le bain. Lorenzo a fait du kart quand il était petit, moi aussi, Charles est là où il est. A mes 8 ans, on n'avait plus trop de budget pour que je continue, mais à mes 18 ans j'ai pu reprendre le sport auto.

Petit, comment cela se passait avec les deux grands frères sur les pistes ?

Honnêtement, j'étais très petit, j'avais 3 ans, je ne me rappelle pas de tout, mais je me souviens que mon père était très ami de la famille Bianchi, avec Philippe, Lorenzo était très proche de Jules et ils faisaient des courses ensemble. A chaque fin de journée, on prenait des karts de location pour faire des courses entre nous et on ne se faisait pas de cadeaux.

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Qu'avez-vous ressenti la première fois que vous vous êtes assis derrière un volant ?

J'étais tout petit, je m'en rappelle encore, il y avait un kart qu'on m'avait acheté et le moteur n'était pas assez puissant, donc je râlais parce que je trouvais qu'il n'allait pas assez vite. En plus, mes frères se moquaient un peu de moi (Il se met à rire). Mais je voulais plus de puissance pour aller plus vite. Donc, de temps en temps, alors qu'on n'avait pas le droit, on me faisait un peu rouler sur les kartings de location.

Qu'est-ce qui vous plaît le plus dans le sport auto et la monoplace ?

La compétition. C'est quelque chose que j'aime beaucoup, même au-delà du sport auto, ça peut être sur le tennis, le squash, le padel... Du moment qu'il y a de la compétition, ça me plaît. Après, le sport auto est spécial. Une fois dans la voiture, avec l'adrénaline, la sensation de vitesse, tout arrive très vite et puis à chaque fois, chaque année on monte d'une catégorie, ça amène plus de sensations, plus de choses à apprendre, il y a beaucoup d'éléments extérieurs (la piste, les pneus, etc).

Pourquoi avoir voulu en faire votre vie ?

Ce plaisir que je prends au volant d'une voiture, même en karting, je ne le retrouve pas ailleurs. Je suis seul, livré à moi-même. Il n'y a personne autour. Je découvre à chaque fois beaucoup de choses sur moi-même, sur la voiture. Il y a toujours beaucoup de choses à apprendre. C'est une vraie passion.

Un parcours non linéaire jusqu'en F3

Quel a été votre parcours jusqu'à atteindre la monoplace ?

J'ai débuté très tôt, à l'âge de 3 ans, sur la piste de kart de Brignoles. La compétition n'a débuté qu'à mes 7 ans, car on ne peut pas en faire avant. Je m'entraînais beaucoup, j'étais un peu dans mon coin vu que j'étais le plus petit (Il rit). On n'a pas pu faire de courses ensuite, faute de budget, sauf en 2014. Je disais chaque année à mon père que je voulais revenir et cette année-là, il a réussi à trouver les budgets nécessaires pour que je m'aligne sur la Kart Racing Academy, que j'ai gagnée, avant de m'arrêter de nouveau en 2015. J'ai ensuite eu l'opportunité de revenir en 2018. C'était l'époque où mon père était en train de partir et grâce à l'aide de mon oncle, de mon frère et de quelques sponsors, on a pu trouver un arrangement pour que je parte en F4 française. Me voir rouler à nouveau était un rêve pour mon père et on a pu lui annoncer avant son décès. En 2019, je suis passé en F4 en Allemagne, où j'ai fini 3e et cette année donc, où je termine vice-champion de F3 régionale Europe.

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Contrairement à la majorité des pilotes, vous n'avez pas évolué en piste chaque année depuis vos débuts en karting. Cela a-t-il une influence sur votre manière de piloter ?

Je paie encore, par moments, ce manque d'expérience. Mais ça a surtout été dur la première année. Je savais que je devais bien faire, car je n'avais pas les budgets, je me mettais donc énormément de pression. La F4 France m'a beaucoup appris d'un point de vue mental, et ce de la première à la dernière course. Après chacune d'elles, je prenais un peu de recul pour voir ce que je pouvais améliorer. Je me fixais des objectifs course après course. Je pense que cette année, j'ai beaucoup progressé et je peux dire que je ne suis plus du tout le même pilote qu'il y a trois ans. Je le dois aussi à la Ferrari Driver Academy qui m'a beaucoup apporté.

Sur quels points ?

Il y a beaucoup de suivi, de support, avec des gens qui te suivent, comme des psychologues par exemple. J'y vais souvent pour m'entraîner, aussi bien physiquement que mentalement. Ils sont vraiment présents. Sur chaque week-end de course, il y a quelqu'un de chez eux qui vient récupérer les datas et ensuite on les analyse avec eux. Ils cherchent à construire et améliorer le pilote.

Comment avez-vous intégré la Ferrari Driver Academy ?

Lors de ma deuxième année en sport auto, j'étais entré dans la Sauber Academy, ce qui représentait déjà un gros pas en avant pour moi. Le plateau était très relevé en Allemagne et Ferrari est entré en contact avec moi (Il a fini 3e cette année-là, NDLR). Ils m'ont fait passer des tests en piste, physiques, mentaux et ils ont ensuite décidé de me faire signer. J'étais comme un fou à ce moment-là car je ne m'y attendais pas du tout et c'est un réel honneur de faire partie de l'académie de cette équipe mythique.

Qu'avez-vous retiré de vos deux premières années en monoplace ?

L'an dernier, je pouvais être très bon en course, mais il me manquait des choses en qualification, en vitesse pure, un point sur lequel j'ai énormément travaillé, l'année dernière (2019) comme cette année (2020). D'ailleurs, les qualifications ont été un de mes points forts cette année (6 poles positions, 5 fois 2e sur 18 séances de qualifications).

Sur quels autres points vous-êtes vous également amélioré ?

Chaque fin de week-end, j'avais des points sur lesquels travailler. Je visualise alors de nouveau le week-end écoulé et je cherche ce qu'il faut changer, améliorer et j'essaie ensuite de le mettre en application lors du week-end suivant. Même si ça ne marche pas à tous les coups, il faut savoir se relever après un échec et j'ai énormément appris cette année. Il me manquait notamment des choses sur mes départs en début de saison, et je pense que c'est devenu un de mes points forts au fil des courses. J'ai aussi remarqué une chose sur la dernière de la saison. Je ne m'étais jamais retrouvé à me battre pour remporter un championnat, et, sous cette pression, j'ai fait quelques erreurs. C'était une première pour moi et je sais maintenant sur quoi travailler en vue de la saison prochaine.

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Quel bilan faites-vous de cette année en F3 régionale ?

Je suis assez content de moi. Je sais qu'il y a eu des erreurs, mais pas une seule fois je n'ai été concentré sur d'autres choses que moi, sur l'idée de prendre le plus de points possible à chaque course. Chacune comptait, je ne réfléchissais pas vraiment au championnat, j'étais surtout dans une démarche de m'améliorer sur tous ces points, de me pousser un maximum pour arriver au meilleur résultat possible. J'ai beaucoup appris et entre la première et la dernière course, il y a eu un changement, je suis content du step qu'on a fait.

Et l'an prochain, c'est un nouveau championnat qui vous attend ?

Pour 2021, c'est la F3 FIA, c'est top ! D'autant que je reste avec le même team, Prema Racing, ce qui me permet de rester dans le même environnement, comme pour la Ferrari Driver Academy. Je me sens bien, il y aura beaucoup de redoublants l'an prochain, avec du monde sur la grille de départ, puisqu'on sera 30 pilotes. Il y a énormément à apprendre, je suis très content.

Quels seront vos objectifs ?

Je veux gagner (Il sourit). Depuis tout petit, je veux gagner. Je ne peux pas aller sur une course en me disant que je ne vais pas la remporter. Je veux gagner le championnat, me dire que je peux le faire. Il y a encore beaucoup de choses à découvrir, c'est une voiture très différente de la F3 Régionale, avec beaucoup plus d'aéro, d'appuis, de poids, les pneus sont plus compliqués à comprendre, il y a moins de marge à l'erreur. Et les formats sont différents (voir encadré).

Aventure familiale

Quel genre de personne êtes-vous ?

Je pense être quelqu'un de vrai. C'est compliqué de me décrire, mais j'essaie toujours d'être quelqu'un d'honnête, je ne vais pas me cacher. Mon père était comme ça avec moi, si je faisais de la m…., il me le disait, donc je pense être un peu pareil. Il faut toujours être honnête avec soi-même et les gens qui nous entourent.

Quelle relation entretenez-vous avec vos frères ?

On est très proches tous les trois. Lorenzo m'accompagne sur les courses, on parle souvent avec Charles même si on se voit moins facilement, mais dès qu'on a une occasion de se réunir, on le fait avec ma mère. On est une famille très soudée.

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Qu'est-ce que cela représente pour vous de vivre cette aventure "en famille" ?

C'est important. Après, sur la piste, j'aime bien être dans ma bulle, avec moi-même. La seule communication que j'ai, c'est avec mon ingénieur, avec l'équipe. J'aime bien rester dans ma bulle, mais c'est toujours vraiment bien d'avoir Lorenzo qui me suit. Il est toujours là pour me changer les idées quand il y a un mauvais moment, et c'est important de les avoir tous les deux à mes côtés.

Charles vous donne-t-il beaucoup de conseils ?

Pas vraiment, parce que déjà il a énormément de boulot. En plus, le travail sur piste se fait avec les ingénieurs. En dehors des week-end de course, on parle un peu de sport auto, mais pas trop, on essaie de laisser ça un peu de côté parce qu'on est tellement à fond dedans, on travaille tellement que réussir à prendre un peu de recul, sortir un peu de ce monde-là, ça fait du bien. Surtout sur une année comme ça, ça fait du bien de prendre un peu de recul pour revenir plus fort.

Vous vous affrontez souvent virtuellement ?

On s'affronte pas mal, virtuellement comme réellement. On est trois compétiteurs, dès qu'on peut se battre on le fait parce qu'on veut tous les trois arriver premiers, quel que soit le sport ou le jeu. On prend tout le temps du plaisir à le faire. C'est souvent très serré (Il se met à rire).

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