"Pour nous un meeting d'athlétisme, c'est 200 personnes et non pas un seul nom"

Jean-Pierre Schoebel est le directeur du meeting Herculis. Et ce depuis sa création. Une longévité qui fait de lui la mémoire vivante de la manifestation. Entouré de ses collaborateurs, il prend toujours autant de plaisir à l'organiser, même s'il avoue essayer de leur céder le "maximum de choses de manière à pouvoir arrêter un jour."

Membre de la Fédération Monégasque d'Athlétisme, Jean-Pierre Schoebel est aussi un ancien professeur d'éducation physique et sportive. Surtout, il était décathlonien et a notamment participé à une olympiade et un championnat d'Europe. Entre l'histoire d'Herculis et son passé sportif, plongée dans une histoire d'athlétisme.

Comment le meeting a-t-il évolué depuis son lancement en 1987 ?

Il y a eu des étapes. Au départ, on était un meeting de niveau européen. En 1989, on a organisé la finale du Grand Prix Mobile (ancienne compétition de l'IAAF). On a appris le métier sur le tas et cet évènement nous a donné un coup d'accélérateur. Ensuite il y a eu la Golden League, qui reçoit les 5 meilleurs meetings du monde, et là aussi pour nous ça a donné un boost très important. Nous avions aussi accueilli la finale mondiale de l'athlétisme (qui a remplacé le Grand Prix Mobile), mais cela n'a pas été très bon pour nous car elle était placée vers le 10 septembre. Au niveau sport et résultats, c'était bien, mais en terme de public, c'était plus compliqué. On est ensuite retourné au niveau meeting IAAF, on a bataillé pour refaire notre place au niveau du public et en 2010, on est rentré dans la Diamond League. En 2011, il y a eu Bolt et depuis on fait le plein. 

Qu'est-ce qui fait l'essence du meeting Herculis ?

Il a évolué au fil de sa carrière. A un moment on était connu pour être un meeting d'obstacles, avec les haies, le steeple. Et progressivement, on a glissé vers le demi-fond. Quand on fait notre plateau, on fait des sacrifices sur les épreuves du 800, 1 500, 3 000 et 3 000 steeple. Je ne dis pas qu'on fait des impasses, mais on ne peut pas mettre le financement à 100% partout. On ne délaisse pas pour autant les autres disciplines, parce qu'on a toujours considéré le meeting avec 16 épreuves importantes et les participants sont tous importants. Pour nous un meeting d'athlétisme, c'est 200 personnes et non pas un seul nom.

Votre passé de sportif vous-a-t-il aidé au départ ?

Oui parce que toutes les expériences sont bonnes à prendre. Ça favorise au départ sur les contacts, après les gens l'apprennent rapidement. J'ai eu deux avantages au début : je connaissais ce milieu et le meeting pour lequel je travaillais, c'était à Monaco. 

Vous étiez décathlonien et vous pratiquiez donc 10 disciplines d'athlétisme. Qu'est-ce qui vous avez poussé à choisir le décathlon ?

Ça a été  un coup de cœur de gamin. J'étais plus sprinter et lanceur de poids. Un jour, au club,  est arrivé l'entraîneur national des épreuves combinées et il m'a convaincu. J'en suis arrivé à rentrer dans les épreuves combinées chez les cadets et juniors pour ensuite faire carrière. Ça correspondait à ce que j'aimais bien, un mélange de tout et à la fois une spécialité. Il faut savoir enchaîner les dix épreuves entre elles. C'était difficile, mais j'étais laborieux, je me qualifiais toujours d'athlète travailleur. 

Quatre de vos performances sont parmi le top 50 du décathlon. Quel sentiment cela vous procure ?

Ça fait toujours plaisir. Quand je reçois les statistiques sur les épreuves combinées, j'ai toujours la curiosité de regarder. J'y ai été sensibilisé avant d'être à l'AS Monaco. Je n'ai connu que deux clubs d'athlétisme, l'AS Monaco et le GUC, Grenoble Université Club (il est originaire de Grenoble). Au GUC, ils font une plaquette chaque année dans laquelle ils notent les records du club. Et quand je vois que certains des miens y sont encore, je me dis "pétard, j'ai les records du club qui sont encore valables" (rires). Et il y en a encore aujourd'hui, dont certains datent des années 60, et pourtant c'est un grand club. 

Quels sont vos plus grands souvenirs ?

Tes meilleurs souvenirs sont toujours les grands évènements sportifs. On faisait à l'époque la coupe d'Europe par équipe et une fois on avait fait 4e en battant la RFA (République Fédérale d'Allemagne). Pour nous, ça avait été un évènement de battre les meilleurs décathloniens, chez eux, puisque c'était à Bonn. Ensuite bien entendu ma sélection pour les JO de Munich (1972) a été une consécration. Même si je n'ai pas fait mon meilleur parcours à ce moment-là, ça a été quelque chose d'exceptionnel. J'ai aussi beaucoup aimé les championnats d'Europe à Rome en 1975. 

Les Jeux Olympiques de Munich ont été marqués par un évènement tragique (prise d'otage et meurtre de onze athlètes israéliens).Comment avez-vous vécu cela ?

Avec du recul, quand on l'a vécu de l'intérieur… A un moment, on a eu une partie du village qui a été fermée, on devait contourner pour aller manger, on voyait les hélicoptères passer au-dessus de nos têtes. Les épreuves ont été déplacées d'un jour. On a appris ce qu'il s'était passé et aujourd'hui, quand on dit qu'on a fait les Jeux de 72, c'est la première chose dont on nous parle.

En étant sélectionné pour les JO, mais aussi pour les championnats d'Europe ou les matches internationaux, vous avez fait partie du groupe France. Cet aspect d'équipe dans un sport qui se veut individuel est important, notamment sur le décathlon ?

Oui, la vie du décathlon à l'international c'étaient les coupes d'Europe tous les deux ans, et les grands rendez-vous et les matches internationaux. Même si après c'est le couteau entre les deux aux championnats de France et ton grand copain, tu essayes de le battre (rires). L'esprit d'équipe, c'est quelque chose de bien dans le groupe France.

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