Le showman prend de la hauteur

Blessé il y a deux ans lors du meeting Herculis EBS, Gianmarco Tamberi a traversé une période compliquée avant de retrouver le sourire qui le caractérise. Et d'entrevoir aujourd'hui à nouveau la lumière dans un sport qu'il aspire à dominer de nouveau.

"Gianmarco is a crazy man who likes enjoying life". C'est par ces mots, en anglais, que notre entretien avec Gianmarco Tamberi a débuté. Nous lui demandions alors qui était ce garçon qui parait parfois un peu fou, avec la suggestion dans la question que sa réponse se fasse à la troisième personne. Ce sera la seule utilisation de cette forme locutive. Car s'il y a bien une chose que Tamberi n'est pas, c'est imbu de lui-même. C'est plutôt l'inverse. D'une simplicité absolue, c'est casquette à l'envers et en tenue décontractée qu'il nous a rejoint dans la Salle de la Mer de l'hôtel Fairmont, lieu de notre rendez-vous.

La hauteur par hasard

S'il est aujourd'hui sur la voie du retour après sa grave blessure (lésion partielle de la cheville gauche), contractée il y a deux ans à Monaco, Gianmarco Tamberi n'a pas toujours été le talentueux sauteur en hauteur que l'on connaît. Il y est même plutôt venu sur le tard. "J'ai débuté le basket-ball à l'âge de 4 ans et j'y ai joué jusqu'à mes 17 ans. Ce n'est qu'à ce moment-là que j'ai commencé à faire du saut en hauteur. J'ai participé au championnat scolaire italien et je l'ai remporté alors que je n'avais jamais sauté. J'étais juste un joueur de basket", s'amuse-t-il encore aujourd'hui. 

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Pris en main par son père, qui devient alors son entraîneur, c'est le début de l'ascension pour Gianmarco. Ancien de la discipline, Marco, son père, est toujours son entraîneur. Mais la cohabitation entre les deux hommes n'a pas toujours été facile, surtout au départ. Difficile en effet de faire la part des choses à 17 ans, lorsque l'on vit encore sous le même toit. "Il connaît mon caractère, il connaît mon sport et il me connaît moi. Mais au départ, c'était très difficile de trouver le point d'équilibre entre le père et l'entraîneur et nous étions toujours en conflit. Tout a commencé à aller mieux quand j'ai décidé de prendre mon propre appartement et que j'ai quitté la maison.

Passionné de basket... et de sports extrêmes

Gianmarco Tamberi est un sportif accompli, qui aime d'ailleurs aller s'essayer à d'autres disciplines, même si elles peuvent parfois s'avérer dangereuses. "J'adore faire différents sports, comme le wake-board, le surf, la moto-cross. J'aime bien les sports un peu dangereux qui ne vont pas forcément avec le saut en hauteur en fait (rires). C'est pour ça que 11 mois sur 12, je ne fais que de la hauteur, et un peu de basket, avec des tournois en 3x3 l'été, et en septembre j'en profite pour faire les autres." Mais il est aussi un personnage sur le tartan, où il veut montrer au public que l'homme n'est pas différent du sportif. Quitte à emmener sa passion du basket jusqu'au-dessus de la barre à franchir. "J'adore montrer mon caractère. Porter un short de basket sur des sauts est une manière de le faire. Avant ma blessure, j'étais serein au niveau de ma technique et je savais ce que je pouvais faire ou ne pas faire sur les barres faciles.

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Que ce soit en portant un short de basket, ou en se rasant la barbe d'un côté, sa marque de fabrique, les facéties du jeune homme sont nombreuses. Et contribuent à sa popularité auprès du public, et pas seulement chez les Transalpins. "C'est un jeu ! Sur la piste, je veux juste être le même qu'en-dehors. Je veux que les personnes qui viennent au stade et qui payent un ticket pour leur place profitent du spectacle. Ils sont là pour nous, alors leur sourire, leur parler, crier avec eux, c'est normal de  les faire participer. Il y a tellement d'athlètes qui sont dans leur truc (il mime un visage fermé, regardant vers le bas), je ne suis pas comme ça. Pour sauter haut, j'ai besoin de communier avec le public." Toujours souriant, il lui arrive cependant de porter lui aussi le masque. "Si tout ne se passe pas comme je veux, je deviens fou, je m'énerve contre moi-même, je ne peux pas accepter l'échec. Et là, je deviens triste, comme les autres athlètes", lâche-t-il dans un éclat de rire. 

Retour vers les sommets

A Monaco, pour le 31e meeting Herculis EBS, le public a retrouvé un Gianmarco souriant, qui joue avec lui et n'hésite pas à aller les saluer après un saut. Des moments de communion que le jeune homme avait perdu de vue pendant un temps, suite à sa grave blessure, il y a tout juste deux ans, au même endroit. "Ce fut une période incroyablement frustrante. Je ne suis pas du genre à abandonner, mais à chaque fois que je faisais un pas en avant, je me rappelais toujours le niveau auquel j'étais avant ma blessure, et je voyais que je n'y étais pas. Pour mon retour, j'ai fait un saut à 1,80 m. C'était génial, je pouvais à nouveau sauter. Deux jours après, je passe 1,85 m, mais j'étais dépité. Parce que je voulais tout de suite repasser les 2,30 (rires).

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Revenir au plus haut niveau, après deux opérations, lui a donc demandé du temps. Il s'était fixé comme objectif de prendre part aux mondiaux de Londres l'an dernier. Un an après sa fracture. Ce qu'il a fait, sans pouvoir cependant entrer en finale. "2017 a vraiment été une année noire. Après les mondiaux, pendant 10 jours, j'étais en dessous de tout. Puis j'ai réfléchi et j'ai compris que mon objectif était peut-être un peu trop élevé. Mais pour avancer, pour être au top, il faut toujours se fixer des objectifs importants, voire trop, parce que tout le monde s'entraîne dur. Il faut une chose en plus, qui vienne du cœur." Et du cœur, Gianmarco Tamberi en a. Il suffisait de le voir avec le public massé dans le virage derrière lui au moment de sauter. Alors, Gianmarco is back ? "Physiquement, je suis à 100%. Maintenant, il faut que je retrouve ma technique. Il faut que je retrouve ma confiance. Et alors on pourra dire que Gianmarco is back."

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Les sommets sont proches

De retour à Monaco deux ans après sa grave blessure à la cheville, Gianmarco Tamberi est sur la route des sommets. Il nous l'avait confié la veille, son physique est bon, c'est sa technique qui lui pose encore problème. Après avoir établi le record national à 2,39 m en 2016, le jeune homme de 26 ans n'a pas réussi à aller au-delà des 2,27 m, échouant trois fois à la barre de 2,30 m. Après des passages sans encombre à 2,15 puis 2,20, il est passé au deuxième saut à 2,24 puis au troisième à 2,27, avant, donc, de se casser les dents sur celle à 2,30. De quoi cependant réaliser sa meilleure performance de la saison et finir en 5e position d'un concours remporté par Danil Lysenko (2,40 m, meilleure performance mondiale de l'année, record personnel et nouveau record du meeting).