École Bleue : J'ai plongé pour vous

Pierre Frolla : "une formation unique pour les mineurs"

En plus d'enseigner les techniques de plongée aux enfants, l'École Bleue a la particularité d'"enseigner à enseigner". Pierre Frolla en dit plus sur la formation de ces "jeunes moniteurs".

À l'École Bleue, il y a de très jeunes moniteurs. Quelle formation ont-ils?

On leur demande d'avoir suivi le cursus École Bleue. Il faut qu'ils aient obtenu les dauphins de bronze, d'argent et d'or (différents stades d'apprentissage, ndlr) ainsi que leur niveau 1, à partir de 14 ans. Ils entrent alors en stage de formation pour être aide-moniteurs. Ça se passe sur trois semaines durant lesquelles ils sont sous le couvert d'un "jeune moniteur" et apprennent à encadrer des enfants de leur âge, puis plus jeunes qu'eux, lors des disciplines de surface. Ce qu'on appelle les ateliers de surface, c'est la randonnée palmée, l'atelier bateau, les sauts, les pirates en détresse et la plongée en apnée. Une fois les trois semaines de stage écoulées, ils deviennent officiellement "jeunes moniteurs".

Cette formation pour les jeunes existe-t-elle ailleurs?

Non, elle est unique. Comme on ne peut pas les rémunérer parce qu'ils sont mineurs, on leur fait passer gratuitement leur diplôme de plongée. Ils acquièrent beaucoup d'expérience ainsi que des règles élémentaires de discipline, d'organisation, de surveillance et de mise en place d'ateliers. Ensuite, bien souvent, ils enchaînent avec un monitorat de plongée.

C'est le cas de nombreux moniteurs, comme Jimmy. Il est en train de passer son brevet d'État.

Il raconte qu'il est le plus ancien élève de l'École Bleue...

C'est le tout premier à avoir plongé, quand on a créé l'École en 2002. Il a fait partie de la génération qui a motivé ce concept de jeunes moniteurs, mis en place en 2008. Les enfants nous demandaient souvent: "Est-ce qu'on peut rester pour aider?" Et on s'est rendu compte qu'il fallait faire quelque chose pour eux parce qu'un jeune de 14 ans qui a passé son niveau 1, il est un peu bloqué. Il peut progresser en plongée mais il ne peut plus passer de diplôme. Ils étaient souvent super déçus. Voilà pourquoi on a créé cette formation gratuite via laquelle ils apprennent énormément.

J'ai entendu parler de la guerre du "Kraken". Peux-tu nous en dire plus?

L'École Bleue est une école de sensibilisation à la faune et à la flore, ainsi qu'à la protection de l'environnement. Les jeunes passent un pacte avec la nature et les moniteurs. Ils s'engagent à devenir des éco-citoyens. Alors on a matérialisé la pollution par un personnage qui est le "Kraken". C'est un monstre qui représente toutes les mauvaises actions des gens qui polluent. On doit aller le capturer le vendredi matin, dernier jour du stage. En réalité, c'est une excuse pour que les enfants mettent en pratique tout ce qu'ils ont appris du lundi au jeudi.

Hormis la technique, qu'espères-tu qu'ils retiennent à l'issue du stage?

On essaie de leur inculquer l'entraide par exemple. Les plus grands vont aider les plus petits. À l'École Bleue, on est un "merien". C'est-à-dire un terrien qui devient un homme de la mer, avec tous ses codes d'honneur. Ça passe par l'humilité, le partage, la passion, le courage et l'abnégation.

Donc les "jeunes moniteurs" apprennent des "grands moniteurs" et les petits "meriens" s'occupent les uns des autres...

Exact. Pour la guerre du "Kraken", on les balance à la mer à partir d'un bateau. Leur objectif est d'attraper un moniteur déguisé en monstre, qui se trouve à peu près à cent cinquante mètres. Ils doivent nager et s'organiser en bandes pour le capturer. Ce jour-là, nous, les grands moniteurs, sommes en bateau et on ne se met même pas en combi pour vraiment donner la notion d'autonomie aux jeunes moniteurs qui les encadrent dans l'eau. Le pouvoir de cette école, c'est de donner une vraie responsabilité aux jeunes, qu'ils soient encadrants ou stagiaires. 


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